Que veut dire soufisme ?
Cette entrée explique le mot. Pour l'histoire, les pratiques, les grandes figures et les débats autour du soufisme, voir la page complète sur le soufisme.
Soufisme traduit l'arabe tasawwuf (تصوف), nom verbal de la forme V de la racine s-w-f. Cette forme exprime le fait de prendre une qualité sur soi : tasawwafa, c'est « devenir soufi », ou, au sens propre, « se vêtir de laine ». Le mot désigne la dimension spirituelle de l'islam, centrée sur l'éducation de l'âme (nafs), la purification du cœur (tazkiya) et le rappel de Dieu (dhikr). Ses adeptes la définissent comme la recherche de l'ihsân, « adorer Dieu comme si tu Le voyais ».
Le terme n'existe ni dans le Coran ni dans les hadiths. Eric Geoffroy, dans Quelques repères pour l'histoire du soufisme, cite un maître du XIe siècle selon qui le soufisme était, au temps du Prophète, « une réalité sans nom », devenue ensuite « un nom sans réalité ». L'épithète sûfî est attestée pour la première fois à Koufa, en Irak, pour un certain Abû Hâshim, mort vers 777.
D'où vient le mot soufi ? Les étymologies proposées
Quatre explications circulent depuis le Moyen Âge.
La plus admise rattache sûfî à sûf, la laine. Les premiers ascètes portaient un manteau de laine grossière, signe de pauvreté et de renoncement. C'est la seule dérivation régulière du point de vue de la grammaire arabe, et c'est celle que retient Eric Geoffroy.
La deuxième, préférée par de nombreux maîtres, rapproche le mot de safâ', la pureté : le soufi serait celui que Dieu a purifié des passions de son ego, ou qu'Il a élu (istafâ). C'est un rapprochement de sens et de sonorité plus qu'une étymologie au sens strict.
La troisième évoque les ahl al-suffa, les « gens du Banc » : des Compagnons pauvres qui vivaient sous l'auvent de la mosquée du Prophète à Médine, consacrés à la prière et au Coran. Hadj Habib Hiréche, dans À propos du soufisme, cite parmi eux Bilal, Salman le Perse et Abou Dharr al-Ghifari. Les maîtres y voient le modèle de la relation entre maître et disciple.
La quatrième, proposée par des orientalistes, fait venir le mot du grec sophia, la sagesse. La plupart des linguistes la rejettent : le s grec devient en arabe un sîn, comme dans falsafa (philosophie), alors que sûfî s'écrit avec un sâd.
Soufi, mourid, derviche, marabout : les mots du soufisme
Le vocabulaire du soufisme distingue plusieurs degrés. Le sûfî, au sens strict, est celui qui a atteint le but ; celui qui est en chemin est dit mutasawwif, ou mourid, « celui qui veut », le disciple. Il suit un cheikh, maître spirituel, au sein d'une tarîqa, une voie ou confrérie, qui se réunit dans une zâwiya.
D'autres mots sont passés dans les langues voisines. Faqîr, « pauvre », désigne le soufi en arabe, et son équivalent persan darvîsh a donné derviche, comme dans « derviches tourneurs ». En Afrique du Nord et de l'Ouest, le mot marabout a désigné des hommes de religion et des saints locaux liés aux confréries.
En français, on parle aussi de « mystique musulmane » ou de « spiritualité islamique ». Ces expressions recouvrent le soufisme, mais il ne faut pas le confondre avec l'ascétisme (zuhd), le renoncement au monde, qui en fut l'une des sources sans s'y réduire.







