Que signifie istighfar ?
Istighfâr (استغفار, on écrit aussi istighfar ou istigfar) signifie « demande de pardon ». C'est un nom verbal de la dixième forme arabe, istaghfara, dont le préfixe ista- exprime la demande : istighfâr veut dire littéralement « chercher le pardon ».
Le mot repose sur la racine gh-f-r, qui signifie d'abord « couvrir ». Le mighfar est le casque de mailles qui protège la tête du combattant. Le pardon divin, maghfira, est compris de la même façon : Dieu couvre la faute, la soustrait au regard et en protège celui qui l'a commise. Deux noms de Dieu en dérivent, al-Ghafûr et al-Ghaffâr, « le Pardonneur » et « Celui qui pardonne sans cesse ».
La formule la plus simple est astaghfiru Allâh, « je demande pardon à Allah », que l'on entend en France sous la forme familière starfoullah, souvent employée aussi pour marquer la réprobation. On dit encore astaghfiru Allâha wa atûbu ilayh, « je demande pardon à Allah et je reviens à Lui », ou Rabbi ghfir lî, « Seigneur, pardonne-moi ».
Que dit le Coran sur l'istighfâr ?
Le Coran invite souvent à demander pardon et promet le pardon à qui le demande : « Quiconque agit mal ou fait du tort à lui-même, puis aussitôt implore d’Allah le pardon, trouvera Allah Pardonneur et Miséricordieux » (sourate 4, verset 110).
Le passage le plus cité est le discours de Noé à son peuple : « Implorez le pardon de votre Seigneur, car Il est grand Pardonneur » (sourate 71, verset 10), suivi de la promesse de pluies abondantes (verset 11), de biens, d'enfants, de jardins et de rivières (verset 12). Le prophète Houd tient un discours semblable (sourate 11, verset 52). Beaucoup de prédicateurs en tirent l'idée que l'istighfâr ouvre aussi les portes de la subsistance.
Le Coran loue enfin ceux qui demandent pardon à la fin de la nuit : ils sont « ceux qui implorent pardon juste avant l’aube » (sourate 3, verset 17). Le Prophète lui-même reçoit l'ordre d'implorer le pardon pour lui et pour les croyants (sourate 47, verset 19), et la sourate 110, l'une des dernières révélées, se termine par « implore Son pardon. Car c’est Lui le grand Accueillant au repentir » (sourate 110, verset 3).
L'istighfâr dans les hadiths
Selon un hadith rapporté par Boukhari d'après Abou Hourayra, le Prophète disait demander pardon à Dieu et revenir à Lui plus de soixante-dix fois par jour ; une version rapportée par Muslim parle de cent fois. Les savants y voient un enseignement : l'istighfâr n'est pas réservé aux grandes fautes, il accompagne toute la vie du croyant.
Boukhari rapporte aussi, d'après Shaddâd ibn Aws, une invocation que le Prophète appelle sayyid al-istighfâr, « la meilleure demande de pardon ». Celui qui y reconnaît Dieu comme son Seigneur et son Créateur, avoue ses fautes, reconnaît les bienfaits reçus et demande pardon. Le Prophète promet le paradis à celui qui la dit le matin avec conviction et meurt avant le soir, ou la dit le soir et meurt avant le matin. On en trouve une traduction dans le sermon publié par Oumma, Le repentir, Attaouba.
Selon Muslim, d'après Thawbân, le Prophète disait trois fois « astaghfiru Allâh » en terminant chaque prière. Ce geste reste l'un des plus pratiqués dans les mosquées.
Comment faire l'istighfar et quand ?
L'istighfâr ne demande ni ablution, ni orientation, ni nombre fixe : il suffit de demander pardon à Dieu, en arabe ou dans sa langue, avec sincérité. Les savants recommandent de le dire avec présence du cœur plutôt que de répéter la formule machinalement, et de nommer intérieurement ce dont on demande pardon. Beaucoup de fidèles s'en tiennent à cent répétitions par jour, à l'exemple du hadith, en s'aidant d'un chapelet.
Les moments recommandés sont la fin de la nuit, avant l'aube (sourate 51, verset 18), la fin de chaque prière, la fin d'une assemblée, la journée de 'Arafat, au terme de laquelle le Coran ordonne aux pèlerins de demander pardon (sourate 2, verset 199), ainsi que les dix premiers jours de Dhou al-Hijja.
Le sermon Le repentir, Attaouba rappelle une explication classique du verset 33 de la sourate 8 : la communauté avait deux protections contre le châtiment, la présence du Prophète et la demande de pardon ; la première a disparu à sa mort, la seconde demeure.
Quelle différence entre istighfar et tawba ?
L'istighfâr est la demande de pardon. La tawba est le retour à Dieu : les savants lui fixent trois conditions, cesser la faute, la regretter et décider de ne pas y revenir, et une quatrième quand la faute a lésé quelqu'un, réparer ou obtenir son pardon. Le Coran associe souvent les deux : « Demandez pardon à votre Seigneur; ensuite, revenez à Lui » (sourate 11, verset 3).
La plupart des savants considèrent qu'un istighfâr prononcé tout en persistant volontairement dans la faute reste incomplet. L'istighfâr est aussi une forme de dhikr et de du'â : on peut demander pardon pour soi, pour ses parents ou pour les croyants, vivants ou morts.


