Que sont les adhkar du matin et du soir ?
Le mot adhkar est le pluriel de dhikr, le « rappel » ou la « mention » de Dieu. On désigne ainsi des formules courtes, tirées du Coran ou des paroles du Prophète, que le croyant répète à des moments précis de la journée. Celles du matin et du soir forment l'ensemble le plus connu, au point d'être réunies dans de petits livrets de poche ou des applications.
Leur fondement est d'abord coranique. Dieu dit : « Ô vous qui croyez ! Évoquez Allah d'une façon abondante, et glorifiez-Le à la pointe et au déclin du jour » (sourate 33, versets 41 et 42). D'autres versets invitent à célébrer Sa louange « soir et matin » (sourate 40, verset 55) ou « avant le lever du soleil et avant son coucher » (sourate 20, verset 130). Les hadiths ont ensuite précisé les formules que le Prophète récitait et enseignait à ses Compagnons.
Pour Hatim I. Belfkih, qui consacre une longue réflexion à une spiritualité musulmane effective, le dhikr est une notion clé de l'islam : à la fois un état intérieur, la présence de Dieu dans le cœur, et les moyens qui y mènent, au premier rang desquels la répétition de formules comme « lâ ilâha illa llâh ». Les adhkar du matin et du soir sont l'application la plus concrète de cette idée : deux rendez-vous quotidiens qui encadrent la journée. Notre page invocations et dhikr présente plus largement l'invocation (du'â) et le rappel de Dieu.
À quelle heure dire les invocations du matin et du soir ?
Les savants ont proposé plusieurs bornes, toutes appuyées sur les versets cités plus haut.
Le matin, le moment le plus recommandé va de la prière de l'aube (fajr) jusqu'au lever du soleil. Beaucoup étendent ce temps jusqu'au milieu de la matinée, voire jusqu'à midi, pour celui qui n'a pas pu les dire plus tôt.
Le soir, deux avis principaux existent. Pour les uns, le soir commence après la prière de l'après-midi (asr) et dure jusqu'au coucher du soleil. Pour les autres, il commence au coucher du soleil, après la prière du maghrib, et se prolonge dans la première partie de la nuit. En pratique, de nombreux fidèles récitent les adhkar du soir entre asr et maghrib, ou juste après maghrib.
Les horaires de prière de sa ville donnent donc les repères : l'heure du fajr et celle du lever du soleil pour le matin, celles d'asr et de maghrib pour le soir. Les heures changent avec les saisons, mais la règle reste simple : le matin après l'aube, le soir en fin de journée.
Certaines formules ont leur moment propre. Les deux derniers versets de la sourate al-Baqara se récitent la nuit : selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, ils suffisent à celui qui les récite. Ayat al-Kursi et les trois dernières sourates du Coran se récitent aussi au coucher.
Les invocations du matin et du soir les plus connues
Les recueils d'adhkar, comme al-Adhkâr de l'imam an-Nawawî ou le petit livret « La citadelle du musulman », en rassemblent plusieurs dizaines. Les plus récitées sont reproduites ci-dessus, en arabe, en phonétique et en français.
Ayat al-Kursi, le verset du Trône, une fois le matin et le soir. Son texte complet se trouve dans notre guide consacré à Ayat al-Kursi.
Les trois sourates protectrices : al-Ikhlâs, al-Falaq et an-Nâs, trois fois chacune. Selon un hadith rapporté par Abû Dâwûd et at-Tirmidhî, le Prophète a dit qu'elles suffisent, récitées ainsi le matin et le soir, « contre toute chose ».
Sayyid al-istighfâr, le « maître de la demande de pardon » (istighfâr). D'après Boukhari, celui qui le dit le matin avec conviction et meurt avant le soir est des gens du Paradis, et de même pour le soir.
« Bismillâhi lladhî lâ yadurru… », trois fois : d'après le hadith de 'Uthmân ibn 'Affân, rien ne nuit à celui qui la récite jusqu'au soir, ou jusqu'au matin.
« Subhâna llâhi wa bi-hamdih », cent fois : selon Muslim, nul ne viendra au Jour de la Résurrection avec mieux que celui qui l'a dite, sauf celui qui en a dit autant ou davantage.
Ahmadou M. Kanté rappelle, dans ses conseils face à l'angoisse, la place de ces récitations quotidiennes et de formules simples comme « lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh » (il n'y a de force ni de puissance qu'en Dieu).
Le doua de l'opprimé
On parle souvent du « doua de l'opprimé » pour désigner l'invocation de celui qui subit une injustice. Il ne s'agit pas d'une formule unique mais d'une situation à laquelle les hadiths accordent un poids particulier. En envoyant Mu'âdh ibn Jabal au Yémen, le Prophète lui recommanda : « Crains l'invocation de l'opprimé, car il n'y a pas de voile entre elle et Dieu » (Boukhari et Muslim). Un autre hadith, rapporté par Abû Dâwûd et at-Tirmidhî, cite trois invocations exaucées : celle de l'opprimé, celle du voyageur et celle du père pour son enfant.
L'opprimé peut s'adresser à Dieu dans sa langue et avec ses mots. La tradition retient aussi deux formules coraniques. La première : « Hasbunâ llâhu wa ni'ma l-wakîl », « Allah nous suffit ; Il est notre meilleur garant » (sourate 3, verset 173), que les croyants prononcèrent face à la menace. La seconde est l'invocation du prophète Jonas dans le ventre du poisson : « Lâ ilâha illâ anta, subhânaka, innî kuntu mina z-zâlimîn », « Pas de divinité à part Toi ! Pureté à Toi ! J'ai été vraiment du nombre des injustes » (sourate 21, verset 87).
Les savants ajoutent deux mises en garde. Selon un hadith rapporté par l'imam Ahmad, l'invocation de l'opprimé est entendue même s'il n'est pas croyant : elle rappelle d'abord à chacun de ne commettre aucune injustice. Et elle n'autorise pas à maudire à la légère : demander justice à Dieu n'est pas souhaiter le mal. La patience (sabr) et la remise confiante à Dieu (tawakkul) accompagnent cette demande.
Comment en faire une habitude ?
Les adhkar sont recommandés, non obligatoires. Personne n'est tenu de tous les réciter, et il vaut mieux en dire peu, régulièrement, que beaucoup un jour puis plus rien. Un hadith rapporté par Boukhari et Muslim dit que l'acte le plus aimé de Dieu est celui qui dure, même s'il est modeste.
On peut commencer par trois formules : Ayat al-Kursi, les trois sourates protectrices et « Bismillâhi lladhî lâ yadurru ». On en ajoute une nouvelle chaque semaine, en l'apprenant avec la phonétique et la traduction. Les adhkar se disent dans n'importe quelle position, assis après la prière, en marchant ou dans les transports ; les ablutions sont recommandées mais pas exigées.
Pour compter les répétitions, le Prophète comptait sur les doigts de sa main droite, d'après un hadith rapporté par Abû Dâwûd. Beaucoup utilisent un chapelet (sebha), dont la plupart des savants admettent l'usage.
Enfin, ces formules sont faites pour être comprises. Lire la traduction, réfléchir à ce que l'on demande, laisser un moment de silence : c'est ce qui transforme une récitation en véritable rappel de Dieu. Les adhkar restent en arabe, la langue dans laquelle ils ont été transmis, mais l'invocation personnelle, elle, peut se faire en français.





