Qu'est-ce que la chahada ? Texte en arabe et traduction
Le mot chahada vient d'une racine arabe qui signifie témoigner, attester. Dans le vocabulaire religieux, il désigne la formule par laquelle on affirme sa foi. Elle s'écrit en arabe : أشهد أن لا إله إلا الله وأشهد أن محمداً رسول الله. Phonétiquement : « Ashhadu an lâ ilâha illâ-Llâh, wa ashhadu anna Muhammadan rasûlu-Llâh ». La traduction la plus courante est : « Je témoigne qu'il n'y a de dieu que Dieu, et je témoigne que Muhammad est le messager de Dieu ». La première partie est aussi appelée l'attestation de l'unicité, la seconde l'attestation de la mission du Prophète.
C'est le premier des cinq piliers de l'islam, comme le rappelle l'article La profession de foi : tout musulman les connaît et s'efforce de les respecter. Les autres sont la prière, l'aumône légale, le jeûne du Ramadan et le pèlerinage, qui prolongent en actes ce que la chahada affirme par la parole. Pour la définition du terme, voir l'entrée du lexique sur la chahada.
Pourquoi est-elle placée en premier ? Parce que tout le reste en dépend : prier, jeûner ou donner n'a de sens qu'à partir de la reconnaissance du Dieu unique et de Son messager. Elle est à la fois la porte d'entrée dans l'islam et le résumé de la foi tout entière.
Le premier témoignage : il n'y a de dieu que Dieu
La première moitié de la chahada affirme le tawhîd, l'unicité absolue de Dieu (Tawhid). Elle contient d'abord un refus (« il n'y a pas de divinité ») puis une affirmation (« sinon Dieu »), ce qui signifie qu'on écarte toute autre réalité à adorer. La sourate 112, Al-Ikhlâs, en donne la formulation la plus concise : Dieu est un, Il n'engendre pas et n'est pas engendré (sourate 112). Le Coran invite aussi à savoir qu'il n'y a de dieu que Dieu (sourate 47, verset 19).
L'auteur de l'article La profession de foi souligne que cette insistance sur l'unicité répondait aux cultes polythéistes de La Mecque, et qu'elle s'oppose aussi à l'idée que Dieu aurait un fils, ce que le Coran récuse : « Comment aurait-Il un fils ? » (sourate 4, verset 171). Le contraire du tawhîd est le chirk, le fait d'associer des partenaires à Dieu, tenu pour le péché majeur (Chirk).
Dans sa chronique vidéo Le sens du premier pilier de l'islam, Slimane Rezki commente cette première partie, « Ashhadu an lâ ilâha illâ-Llâh ». Pour approfondir ce que le tawhîd implique, notamment l'unicité du Seigneur, de la divinité et des noms, on se reportera à la page consacrée à Dieu (Allah).
Le second témoignage : Muhammad est le messager de Dieu
La seconde moitié reconnaît Muhammad comme messager (rasûl) de Dieu et, selon la croyance musulmane, comme dernier des prophètes, « sceau des prophètes ». Ce témoignage ne divinise pas le Prophète : il le désigne comme un être humain choisi pour transmettre le Coran et pour en incarner l'enseignement. Les deux témoignages sont d'ailleurs réunis dans l'appel à la prière.
Pour comprendre ce que signifie cette reconnaissance, on peut lire l'analyse Muhammad, le sceau des prophètes et la page consacrée aux prophètes. Reconnaître la mission de Muhammad conduit aussi à accorder de l'importance à sa Sunna, c'est-à-dire à ses paroles et à ses actes, ce qu'explique la page sur la Sunna et les hadiths.
Le chiisme partage cette formule mais, selon l'article d'Oumma, son courant principal y ajoute la reconnaissance de la place des imams de la descendance du Prophète. Le sunnisme, majoritaire, s'en tient aux deux témoignages tels que nous les avons présentés.
Comment prononcer la chahada pour devenir musulman ?
Pour entrer dans l'islam, la formule suffit : la prononcer avec sincérité et en comprenant ce qu'elle signifie. L'article La profession de foi l'écrit simplement : toute personne désireuse de se convertir doit simplement prononcer cette formule. Il n'existe pas de clergé pour la recevoir ni de rituel obligatoire ; de nombreux nouveaux croyants la disent seuls, d'autres devant un imam, une communauté ou des proches, pour être accompagnés dans leurs premiers pas.
Les jurisconsultes précisent généralement que la prononciation, la compréhension et l'adhésion du cœur vont ensemble. Certains recommandent de se laver (une grande ablution) avant ou après la chahada ; ce n'est pas une condition de validité pour la majorité des savants, mais une recommandation. Le plus important est la sincérité de la démarche.
Pour des témoignages, on peut lire Se convertir à l'islam : reportage Arte, le récit L'islam, c'était mon destin et la scène de ce Brésilien prononçant la chahada dans les rues de São Paulo. Pour les premiers gestes qui suivent (la prière, les ablutions), voir la page sur la prière et celle consacrée à la conversion.
La chahada dans la vie du musulman
La chahada n'est pas seulement prononcée une fois. Selon l'article d'Oumma, elle est habituellement récitée à l'oreille droite du nouveau-né, accompagne ensuite le croyant tout au long de sa vie, et est dite une dernière fois au chevet du mourant. Elle revient aussi dans l'appel à la prière (adhan) et dans chaque prière, lorsque le fidèle est assis pour la salutation finale.
Cette présence continue lui donne une dimension spirituelle. Dans Ibn 'Arabî. Les cinq piliers de l'islam, le grand maître soufi consacre à chaque pilier, à commencer par le témoignage, une lecture intérieure : les rites ne sont pas seulement des gestes, ils portent un sens que le croyant approfondit sa vie durant. À l'autre bout de la vie, la prononciation de la chahada au moment de la mort exprime l'espérance de quitter ce monde dans la foi, un thème développé dans la page sur la mort et le deuil.
La profession de foi tient en une phrase brève, mais elle engage toute l'existence, car l'attestation est appelée à se vérifier dans la conduite. Les écoles divergent sur le statut de celui qui prononce la chahada sans pratiquer ; elles s'accordent toutes sur l'invitation à mettre la foi en actes.








