Que signifie rasûl ?
Rasûl (رسول) est formé sur la racine arabe r-s-l, qui exprime l'idée d'envoyer : arsala, « il a envoyé ». Le rasûl est donc d'abord un envoyé, quelqu'un qui porte une parole au nom d'un autre. Le pluriel est rusul. La même racine donne risâla, « le message », mot qui signifie aussi « lettre » ou « épître » en arabe courant, et mursal, « l'envoyé », souvent employé au pluriel (al-mursalûn).
Le mot n'est pas réservé au vocabulaire religieux. Dans l'histoire de Joseph, c'est un rasûl, rendu par « l'émissaire », que le roi d'Égypte lui envoie (sourate 12, verset 50). Les chrétiens arabes appellent aussi rusul les apôtres de Jésus : le livre des Actes des Apôtres s'intitule en arabe A'mâl ar-rusul.
Le mot apparaît 332 fois dans le Coran, bien plus que nabî, « prophète », qu'on y trouve 75 fois.
Que veut dire Rasûl Allâh ?
Rasûl Allâh, « le Messager de Dieu », est le titre le plus courant de Muhammad. Le Coran le lui donne en toutes lettres : « Muhammad est le Messager d'Allah » (sourate 48, verset 29). C'est la seconde partie de la chahada, la profession de foi : Muhammadun rasûlu Allâh. Les musulmans y ajoutent, quand ils le nomment, une formule de bénédiction.
Le Coran insiste à la fois sur l'autorité du Messager et sur son humanité. D'un côté : « Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allah » (sourate 4, verset 80), un verset sur lequel les juristes fondent l'autorité de la sunna. De l'autre : « Muhammad n'est qu'un messager, des messagers avant lui sont passés » (sourate 3, verset 144). Selon la tradition rapportée par Boukhari, c'est ce verset qu'Abou Bakr récita le jour de la mort du Prophète, en 632, pour apaiser les compagnons qui refusaient d'y croire.
La mission du messager est de transmettre : « O Messager, transmets ce qui t'a été descendu de la part de ton Seigneur » (sourate 5, verset 67). La première biographie du Prophète, écrite par Ibn Ishâq au VIIIe siècle, s'intitule Sîrat rasûl Allâh. Oumma a présenté en 2002 sa première traduction intégrale en français, due au philosophe Abdurrahmân Badawî.
Rasûl et nabî : messager ou prophète ?
Le Coran distingue le messager (rasûl) et le prophète (nabî) sans les définir. L'avis le plus répandu chez les savants sunnites veut que le rasûl reçoive une loi ou un livre nouveau et soit envoyé à un peuple, tandis que le nabî transmet la révélation dans le cadre d'une loi déjà donnée. Tout messager serait donc prophète, sans que l'inverse soit vrai. D'autres critères ont été proposés, et la page nabî présente ce débat en détail.
Le mot désigne aussi des anges. Le Coran dit : « Allah choisit des messagers parmi les Anges et parmi les hommes » (sourate 22, verset 75), et la plupart des commentateurs voient Gabriel, l'ange de la révélation, dans « un noble Messager » (sourate 81, verset 19). Voir l'entrée Jibril.
Pour l'ensemble des messagers envoyés aux peuples, de Noé à Jésus, et la foi en eux comme pilier de la croyance, voir l'entrée rusul et la page consacrée aux prophètes.
Le Message, Rasûl et risâla dans l'usage
Le film Ar-Risâla, sorti en 1976 et souvent appelé « Le Messager » en français, porte dans son titre arabe le mot risâla, « le message ». Réalisé par le cinéaste syro-américain Moustapha Akkad en deux versions, arabe et anglaise (The Message, avec Anthony Quinn), il raconte les débuts de l'islam sans jamais montrer le Prophète, conformément à l'avis des savants d'al-Azhar. Oumma en a retracé l'histoire dans Al-Rissala, l'épopée du film qui raconte la vie du prophète sans jamais le montrer.
Le penseur algérien Malek Bennabi a consacré au Prophète un essai dont Oumma a publié des extraits, Le dernier Messager. On trouve les graphies rasûl, rassoul, rasoul ou rasul ; le prénom composé Abd ar-Rasûl, « serviteur du Messager », existe dans certains pays, mais beaucoup de savants le déconseillent, préférant réserver la formule « serviteur de » aux noms de Dieu.




