Que signifie 'aqîda ?
'Aqîda (عقيدة, pluriel 'aqâ'id) se traduit par credo, dogme ou profession de foi. On l'écrit aussi aqida, aqidah ou akida. Le mot désigne ce que le musulman tient pour vrai sur les réalités de la foi, par opposition aux règles de pratique.
Il vient de la racine '-q-d, qui exprime l'idée de nouer, de serrer un lien. La même racine donne 'aqd, le contrat (le contrat de mariage se dit 'aqd al-nikâh), et 'uqda, le nœud. Le Coran l'emploie en ce sens concret : Moïse demande à Dieu « et dénoue un nœud en ma langue » (sourate 20, verset 27), et la sourate 113 évoque « celles qui soufflent [les sorcières] sur les nœuds » (sourate 113, verset 4). La 'aqîda est donc ce sur quoi le cœur est « noué », une conviction ferme.
Le mot lui-même ne figure pas dans le Coran. Comme le rappelle Omero Marongiu-Perria dans Qu'est-ce qu'un musulman ? (partie 2/3), il s'impose au VIIIe et au IXe siècle, quand les théologiens musulmans, au contact des chrétiens et des philosophes de Mésopotamie, doivent exposer et défendre leur credo.
Que contient la 'aqîda musulmane ?
Son noyau est commun à presque tous les musulmans : les six articles de la foi, ou six piliers de la foi. Le Coran les énumère en grande partie : « Quiconque ne croit pas en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers et au Jour dernier, s’égare, loin dans l’égarement » (sourate 4, verset 136). Le hadith dit « de Gabriel », rapporté par Muslim, y ajoute la croyance au décret divin, le qadar, « le bien comme le mal ».
Autour de ce noyau, les traités de 'aqîda abordent l'unicité de Dieu (tawhid), Ses noms et Ses attributs, la nature du Coran, la prophétie, la résurrection, l'intercession, la vision de Dieu dans l'au-delà, la définition de la foi (îmân) et le statut du croyant pécheur.
La science qui étudie ces questions porte plusieurs noms : 'ilm al-'aqîda, usûl al-dîn (« les fondements de la religion »), 'ilm al-tawhîd ou 'ilm al-kalâm, la théologie spéculative. L'expression al-fiqh al-akbar, « la compréhension majeure », l'oppose au fiqh ordinaire, qui traite du droit et des rites.
Une seule 'aqîda ou plusieurs ?
Le noyau est commun, mais l'explication diffère d'une école à l'autre. Dans le sunnisme, trois grandes écoles de théologie se sont imposées. L'ach'arisme, fondé par Abû l-Hasan al-Ach'arî (mort en 935), est majoritaire chez les malikites et les chaféites ; c'est la 'aqîda officielle du Maroc. Le maturidisme, d'Abû Mansûr al-Mâturîdî (mort en 944), s'est diffusé avec les juristes hanafites, en Turquie, en Asie centrale et dans le sous-continent indien. L'école dite athari, attachée au sens apparent des textes et méfiante envers le raisonnement théologique, se rattache à l'imam Ahmad ibn Hanbal et au hanbalisme ; c'est elle que revendique aujourd'hui le salafisme.
Les mu'tazilites, dont l'influence fut forte sous les Abbassides, avaient leur propre credo, centré sur l'unicité et la justice de Dieu. Les chiites duodécimains résument le leur en cinq « fondements de la religion » : l'unicité de Dieu, Sa justice, la prophétie, l'imamat et la résurrection (voir chiisme).
Les théologiens classiques distinguaient une 'aqîda simplement erronée sur certains points (fâsida) d'une 'aqîda tout à fait invalide (bâtila). Cette nuance comptait : une erreur théologique ne faisait pas, à leurs yeux, sortir de l'islam.
Quels sont les textes de 'aqîda les plus connus ?
Plusieurs courts traités servent de base à l'enseignement depuis des siècles. La 'Aqîda tahâwiyya, rédigée par l'Égyptien Abû Ja'far al-Tahâwî (mort en 933), juriste hanafite, est acceptée bien au-delà de son école. Al-Fiqh al-akbar est attribué à Abû Hanîfa, une attribution discutée par les historiens. Au Maghreb, on apprend l'ach'arisme dans Umm al-barâhîn de Muhammad al-Sanûsî (mort en 1490) et dans le poème didactique d'Ibn 'Âchir, al-Murchid al-mu'în, qui réunit credo ach'arite, droit malikite et soufisme. La 'Aqîda wâsitiyya d'Ibn Taymiyya (mort en 1328) est le texte de référence des courants salafis, d'où les recherches fréquentes sur la « aqida wassitiya » et la « aqida salafiya ».
Dans Les 5 piliers du salafisme, Hocine Kerzazi décrit le credo salafi comme une adhésion stricte au tawhîd et un rejet du raisonnement humain comme outil d'interprétation.
'Aqîda, îmân, fiqh : ne pas confondre
L'îmân est la foi elle-même, l'adhésion du cœur ; la 'aqîda en est l'énoncé, la formulation de ce que l'on croit. L'article L'importance de l'îmân (foi) en islam présente ainsi la 'aqîda comme le système des articles de foi auxquels on est lié « comme dans un contrat ».
Le fiqh porte sur les actes (prière, jeûne, mariage, commerce), la 'aqîda sur les croyances. Les deux se recoupent rarement : un malikite peut être ach'arite, un hanbalite athari. Enfin, la 'aqîda ne doit pas être confondue avec la chahada, la profession de foi prononcée, qui en résume le cœur en une phrase.



