Que signifie qadar ?
Cette entrée explique le mot. Pour le sens de la croyance au destin, le débat sur le libre arbitre et la confiance en Dieu, voir la page complète sur le décret divin.
Qadar (قدر) vient de la racine q-d-r, qui porte deux idées liées : la mesure et la puissance. Qadara, c'est « mesurer », « évaluer », mais aussi « pouvoir » ; qadîr, « Omnipotent », est l'un des noms de Dieu, présent 45 fois dans le Coran. Le qadar est d'abord la juste mesure assignée à chaque chose : « Allah a assigné une mesure à chaque chose » (sourate 65, verset 3).
Au sens théologique, le qadar est le décret divin : la croyance que rien n'arrive hors de la science, de la volonté et de la mesure de Dieu. Le hadith de Gabriel en fait le sixième article de foi, sous la forme « le décret, dans son bien comme dans son mal » (voir six piliers de la foi).
Qadar, qadr, qadâ' : ne pas confondre
Qadar et qadr s'écrivent avec les mêmes lettres en arabe (قدر), mais ne se vocalisent pas de la même façon. Le nom qadar figure 11 fois dans le Coran, dont « Nous avons créé toute chose avec mesure » (sourate 54, verset 49) et « Le commandement d'Allah est un décret inéluctable » (sourate 33, verset 38). Qadr, sans voyelle au milieu, signifie la valeur, le rang ou la destinée : c'est le mot de la Nuit du destin, laylat al-qadr, et de la sourate 97, qui s'ouvre sur « la nuit d'Al-Qadr » (sourate 97, verset 1). Beaucoup d'auteurs rapprochent les deux, puisque la tradition dit que les décrets de l'année y sont fixés, mais ce sont deux mots distincts.
Le mot qadâ' (قضاء), souvent associé dans l'expression al-qadâ' wa-l-qadar, désigne le décret au sens de jugement ou d'arrêt. Pour beaucoup de théologiens ach'arites, le qadâ' est la décision éternelle de Dieu et le qadar sa réalisation dans le temps ; les maturidites présentent souvent l'ordre inverse. Dans l'usage courant, les deux mots sont employés comme synonymes.
Enfin, mektoub, « c'est écrit », exprime en arabe dialectal l'acceptation de ce qui arrive. Le mot fait écho au verset selon lequel nul malheur n'atteint les hommes « qui ne soit enregistré dans un Livre » (sourate 57, verset 22), mais il est souvent entendu, à tort, comme une invitation au fatalisme.
Qadariyya, Jabriyya : les débats autour du mot
Le mot a donné son nom à l'une des premières controverses de l'islam. On appela Qadariyya, au VIIe et au VIIIe siècle, ceux qui affirmaient le pouvoir de l'homme sur ses actes, au point de nier qu'ils soient prédéterminés ; ils furent combattus par les autorités religieuses de leur temps. À l'opposé, les Jabriyya (de jabr, « contrainte ») soutenaient que l'homme n'est pas l'auteur de ses actes. Les mu'tazilites ont ensuite défendu la responsabilité humaine au nom de la justice divine, et les ach'arites ont proposé une voie moyenne, la doctrine de l'« acquisition » (kasb) : Dieu crée l'acte, l'homme l'acquiert et en répond.
La tradition rapporte un épisode souvent cité pour écarter le fatalisme : alors que le calife Omar renonçait à entrer en Syrie, où sévissait la peste, on lui demanda s'il fuyait le décret de Dieu. Il répondit, selon le récit rapporté par Boukhari et Muslim, qu'il fuyait un décret de Dieu vers un autre décret de Dieu. Croire au qadar n'empêche donc pas d'agir, ce que résume la notion de tawakkul, la confiance en Dieu accompagnée de l'effort.
