Janna

جنة

Prononciation : janna · Autres graphies : paradis, jannah, jardin

Définition

Janna : Le paradis, appelé aussi « le Jardin » dans le Coran, séjour des croyants après le Jugement. Le texte en donne des descriptions imagées (jardins, rivières, proximité de Dieu). La tradition évoque plusieurs degrés, dont le plus élevé est le Firdaws.

Que signifie janna ?

Janna (جنة, pluriel jannât) veut dire jardin, un lieu planté d'arbres et arrosé. On l'écrit aussi jannah, djanna ou jenna, et on le traduit par « paradis » ou « le Jardin ». Le mot vient de la racine j-n-n, qui exprime l'idée de cacher, de couvrir : le jardin est l'endroit dont la végétation dérobe le sol au regard. La même racine donne djinn, l'être caché, et janîn, l'embryon. Le français « paradis » vient, par le grec, d'un mot perse qui désignait lui aussi un jardin clos ; l'arabe firdaws en est le cousin.

Le Coran emploie le nom janna, au singulier ou au pluriel, 147 fois. La plupart du temps, il s'agit du paradis promis aux croyants. Mais le mot désigne aussi des jardins de ce monde, comme ceux des deux hommes de la sourate 18 ou du royaume de Saba. Le jardin où vivaient Adam et son épouse est également appelé janna : « O Adam, habite le Paradis toi et ton épouse » (sourate 2, verset 35). Les théologiens se sont demandé s'il s'agissait du même paradis que celui de l'au-delà ; les mu'tazilites en doutaient.

Attention à une confusion fréquente : il n'existe pas de « sourate al-Janna ». La sourate 72 s'appelle al-Jinn, « les djinns », un mot de même racine.

Quels sont les noms du paradis dans le Coran ?

Outre janna, le Coran emploie plusieurs expressions : Firdaws, « les Jardins du «Firdaws,» (Paradis) » (sourate 18, verset 107) ; jannât 'Adn, les jardins d'Eden, c'est-à-dire « du séjour permanent » (sourate 9, verset 72) ; Dâr al-Salâm, « la maison du Salut » ou « demeure de la paix » (sourate 10, verset 25) ; jannat al-khuld, « le Paradis éternel » (sourate 25, verset 15) ; jannat al-ma'wâ, « le jardin du refuge » (sourate 53, verset 15) ; ou encore jannât al-na'îm, les jardins des délices.

Comme le rappelle l'historienne Asma Sassi dans Les visions du Paradis, les savants des premiers siècles ont classé ces noms en degrés. Pour beaucoup, le Firdaws est le plus élevé, situé sous le Trône de Dieu ; d'autres plaçaient Eden au sommet. Un hadith rapporté par Boukhari invite d'ailleurs à demander à Dieu « le Firdaws », décrit comme le plus haut et le centre du paradis.

Le Coran ne donne pas de nombre de portes pour le paradis. Le chiffre de huit portes vient d'un hadith rapporté par Boukhari, et un autre hadith, rapporté par Boukhari et Muslim, nomme l'une d'elles al-Rayyân, « celle qui désaltère », par laquelle n'entreront que ceux qui jeûnent. Oumma l'a présenté dans La récompense de ceux qui jeûnent pendant le mois de Ramadan.

Comment le Coran décrit-il le paradis ?

Le Coran parle du paradis par images concrètes : des jardins « sous lesquels coulent les ruisseaux » aux fruits et à l'ombrage perpétuels (sourate 13, verset 35), une étendue « large comme les cieux et la terre » (sourate 3, verset 133), des fleuves d'eau, de lait, de vin et de miel : « Voici la description du Paradis qui a été promis aux pieux: il y aura là des ruisseaux d’une eau jamais malodorante, et des ruisseaux d’un lait au goût inaltérable » (sourate 47, verset 15). Les élus y sont délivrés de toute rancune (sourate 7, verset 43).

Le Coran dit aussi que l'essentiel échappe aux mots : « Aucun être ne sait ce qu’on a réservé pour eux comme réjouissance pour les yeux » (sourate 32, verset 17). Il place au-dessus des délices l'agrément divin : « Et la satisfaction d’Allah est plus grande encore » (sourate 9, verset 72), et la vision de Dieu : des visages « qui regarderont leur Seigneur » (sourate 75, verset 23), un point débattu entre sunnites, qui l'affirment, et mu'tazilites, qui le refusaient.

Faut-il lire ces descriptions à la lettre ? La plupart des savants y voient des réalités, qui dépassent toutefois tout ce que l'on connaît. Al-Ghazâlî insistait sur la joie spirituelle, et des soufis ont lu chaque image comme un symbole : les lits élevés comme des degrés de perfection, les houris comme des âmes célestes.

Houris et « 72 vierges » : que dit vraiment le texte ?

Le Coran mentionne les houris (hûr 'în), des compagnes « aux grands yeux » promises aux élus : « Et Nous leur donnerons pour épouses des houris aux grands yeux » (sourate 44, verset 54). Le mot hûr évoque le contraste du blanc et du noir de l'œil. Aucun verset ne donne de nombre. Le chiffre de 72 vient d'un hadith rapporté par Tirmidhi, dont plusieurs spécialistes contestent la solidité, et il a été largement popularisé par les discours djihadistes et par leurs critiques.

La lecture des houris a toujours été discutée. En 2000, le chercheur publiant sous le pseudonyme de Christoph Luxenberg a proposé de lire le mot à partir du syriaque, comme « raisins blancs », une thèse que les philologues ont majoritairement rejetée ; Oumma avait publié en 2003 une réponse à cette lecture. Beaucoup de commentateurs rappellent aussi que le Coran promet le paradis aux femmes comme aux hommes, et que les époux croyants s'y retrouvent. En 2018, l'imam australien Mohammad Tawhidi a jugé le mythe des 72 vierges « moralement inacceptable ».

Qui entre au paradis selon l'islam ?

Le Coran associe le paradis à la foi et aux bonnes œuvres, répétant que ceux « qui croient et font de bonnes œuvres » y demeureront. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, nul n'y entre par ses seules œuvres, mais par la miséricorde de Dieu, y compris le Prophète. La doctrine sunnite majoritaire tient que tout croyant, même pécheur, finit par y entrer, éventuellement après un passage par la jahannam.

Le sort des non-musulmans divise les savants. Un verset promet la récompense à « ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les sabéens », s'ils croient en Dieu et au Jour dernier et font le bien (sourate 2, verset 62). Certains commentateurs y voient une promesse valable pour toutes les époques ; d'autres la limitent à ceux qui ont vécu avant l'islam ou ne l'ont pas connu.

Dans l'usage courant, une parole du Prophète rapportée notamment par Nasâ'î est très citée : le paradis se trouve « sous les pieds des mères ». Pour l'ensemble de l'eschatologie, résurrection et jugement compris, voir la page Le Jour dernier et l'entrée âkhira.

Dans le Coran

  • Coran

    « Voici la description du Paradis qui a été promis aux pieux: il y aura là des ruisseaux d’une eau jamais malodorante, et des ruisseaux d’un lait au goût inaltérable, et des ruisseaux d’un vin délicieux à boire, ainsi que des ruisseaux d’un miel purifié. Et il y a là, pour eux, des fruits de toutes sortes, ainsi qu’un pardon de la part de leur Seigneur. [Ceux-là] seront-ils pareils à ceux qui s’éternisent dans le Feu et qui sont abreuvés d’une eau bouillante qui leur déchire les entrailles? »

    Sourate 47, verset 15 →
  • Coran

    « Aucun être ne sait ce qu’on a réservé pour eux comme réjouissance pour les yeux, en récompense de ce qu’ils œuvraient! »

    Sourate 32, verset 17 →
  • Coran

    « Aux croyants et aux croyantes, Allah a promis des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour qu’ils y demeurent éternellement, et des demeures excellentes, aux jardins d’Eden [du séjour permanent]. Et la satisfaction d’Allah est plus grande encore, et c’est là l’énorme succès. »

    Sourate 9, verset 72 →
  • Coran

    « Et concourez au pardon de votre Seigneur, et à un Jardin (paradis) large comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux, »

    Sourate 3, verset 133 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Le Jour dernier

Questions fréquentes

Comment dit-on paradis en arabe ?+

Le paradis se dit janna (جنة), littéralement « jardin ». Le Coran emploie aussi Firdaws, mot apparenté au français « paradis » et venu du perse, ainsi que jannât 'Adn (« jardins d'Eden ») et Dâr al-Salâm (« demeure de la paix »). On trouve les graphies jannah, djanna ou jenna en français.

Quelles sont les 8 portes du paradis en islam ?+

Un hadith rapporté par Boukhari dit que le paradis a huit portes. La tradition les associe à des actes : la porte de la prière, du jihad, de l'aumône, et al-Rayyân, la porte des jeûneurs, nommée dans un hadith de Boukhari et Muslim. Les autres noms (repentir, maîtrise de la colère, pèlerinage…) varient selon les auteurs, car aucun texte authentique ne donne la liste complète.

Quel est le plus haut degré du paradis ?+

Selon un hadith rapporté par Boukhari, le plus haut degré est le Firdaws, situé sous le Trône de Dieu et d'où jaillissent les fleuves du paradis. Le Coran cite « les Jardins du Firdaws » comme résidence des croyants qui font le bien (sourate 18, verset 107). Certains savants anciens plaçaient toutefois les jardins d'Eden au sommet.

Les 72 vierges sont-elles dans le Coran ?+

Non. Le Coran parle de houris, des compagnes « aux grands yeux » (sourate 44, verset 54), sans jamais donner de nombre. Le chiffre de 72 vient d'un hadith rapporté par Tirmidhi, jugé faible par plusieurs spécialistes. Beaucoup de savants rappellent que le paradis est promis aux femmes comme aux hommes et que sa réalité dépasse ce que l'on peut imaginer.

Le paradis de l'islam est-il un lieu ou un symbole ?+

Pour la majorité des savants, le paradis est une réalité, décrite par le Coran avec des images de jardins, de fleuves et de fruits, mais dont la nature dépasse l'expérience humaine (sourate 32, verset 17). Des penseurs comme al-Ghazâlî et plusieurs soufis ont insisté sur sa dimension spirituelle : le bonheur suprême y est l'agrément de Dieu et Sa vision.

Le paradis est-il sous les pieds des mères ?+

C'est une parole attribuée au Prophète, rapportée notamment par Nasâ'î : à un homme qui voulait partir combattre, il aurait conseillé de rester auprès de sa mère, car le paradis se trouve à ses pieds. Elle est souvent citée pour souligner les devoirs envers les parents, que le Coran place juste après l'adoration de Dieu.

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