Que signifie barzakh ?
Barzakh (برزخ) est un mot arabe qui signifie « barrière », « séparation », « ce qui s'interpose entre deux choses ». En arabe moderne, il désigne aussi un isthme, la bande de terre qui sépare deux mers. Les lexicographes arabes le définissent comme l'intervalle entre deux choses qui empêche l'une de se mêler à l'autre.
Dans le vocabulaire religieux, le barzakh est l'état intermédiaire entre la mort et la résurrection. Celui qui meurt quitte le monde d'ici-bas, la dunyâ, mais n'est pas encore entré dans l'âkhira, la vie dernière, qui commence avec la Qiyâma, le jour de la résurrection. Il se trouve « entre les deux », séparé des vivants et en attente du jugement. On traduit parfois par « monde intermédiaire » ou « vie tombale ».
Le barzakh dans le Coran
Le mot apparaît trois fois dans le Coran. Une seule de ces occurrences concerne la mort. Le défunt qui demande à revenir sur terre pour faire le bien reçoit cette réponse : « Non, c’est simplement une parole qu’il dit. Derrière eux, cependant, il y a une barrière, jusqu’au jour où ils seront ressuscités » (sourate 23, verset 100). La barrière est double : elle empêche le retour à la vie terrestre et elle dure jusqu'à la résurrection.
Les deux autres occurrences décrivent la séparation entre l'eau douce et l'eau salée : « Il assigne entre les deux une zone intermédiaire et un barrage infranchissable » (sourate 25, verset 53), et « il y a entre elles une barrière qu’elles ne dépassent pas » (sourate 55, verset 20). La traduction de Hamidullah rend donc le même mot tantôt par « barrière », tantôt par « zone intermédiaire », ce qui montre ses deux faces : ce qui sépare, et l'espace entre deux.
D'autres versets sont souvent lus par les savants comme des allusions à cet état sans employer le mot. Les gens de Pharaon sont exposés au Feu « matin et soir » avant que l'Heure n'arrive (sourate 40, verset 46) ; ceux qui sont tués dans le sentier de Dieu « sont vivants, auprès de leur Seigneur » (sourate 3, verset 169).
Que se passe-t-il dans le barzakh selon la tradition ?
Les hadiths complètent ce que le Coran dit en peu de mots. Selon plusieurs hadiths, rapportés notamment par Boukhari et Abou Daoud, le défunt est interrogé dans sa tombe par deux anges sur sa foi : son Seigneur, sa religion et son prophète ; une version rapportée par Tirmidhi les nomme Munkar et Nakîr. Le croyant reçoit alors un avant-goût de la Janna, le pécheur un avant-goût du châtiment. Le Prophète demandait à Dieu, dans ses invocations, de le protéger du « châtiment de la tombe ».
La grande majorité des théologiens sunnites et chiites tiennent ces récits pour des articles de foi. Quelques penseurs mu'tazilites des premiers siècles ont nié le châtiment de la tombe ; d'autres savants, sans le nier, ont insisté sur le fait qu'il concerne l'âme plus que le corps. Le savant hanbalite Ibn Qayyim al-Jawziyya a consacré au sujet une grande partie de son Livre de l'âme (Kitâb al-rûh), qui rassemble les traditions sur l'état des morts.
Plusieurs versets laissent entendre que ce temps paraîtra court. Le jour de l'Heure, certains jureront « qu’ils n’ont demeuré qu’une heure » (sourate 30, verset 55) ; des commentateurs rapportent cette durée au séjour dans la tombe, d'autres à la vie terrestre.
Où se trouve le barzakh ?
Le barzakh n'est pas un endroit que l'on pourrait situer sur une carte. C'est un état de l'âme, la rûh, séparée du corps. La tradition l'associe à la tombe parce que l'enterrement est le sort ordinaire des défunts, mais il concerne aussi les noyés, les disparus ou ceux dont le corps a été détruit. Les rites funéraires, de la toilette mortuaire à la prière funéraire, accompagnent ce passage ; la page sur la mort et le deuil les détaille.
La tradition retient aussi que le défunt n'est pas coupé de tout : l'invocation des vivants, une aumône faite en son nom ou une œuvre utile qu'il a laissée continuent de lui profiter. La suite, résurrection, jugement, paradis ou enfer, est présentée sur la page consacrée au Jour dernier.
Le barzakh chez les penseurs et les soufis
Les mystiques ont donné au mot un sens plus large. Pour Ibn 'Arabî (mort en 1240), le barzakh désigne tout ce qui relie deux réalités en les séparant, et en particulier le monde de l'imagination, entre l'esprit et la matière. Dans Une lecture musulmane du Testament spirituel de Christian de Chergé, Soufiane Zitouni rattache cette idée au « confluent des deux mers » de la sourate 18, où Moïse rencontre al-Khadir (sourate 18, verset 60) : le barzakh y devient « l'entre-deux de la rencontre ».
Le poète et philosophe Mohammad Iqbal, dans le texte publié par Oumma sous le titre L'immortalité, voit dans le barzakh « un état de conscience caractérisé par un changement dans l'attitude de l'ego à l'égard de l'espace et du temps », et non une simple attente passive. Ces lectures restent des interprétations personnelles ; elles complètent, sans la remplacer, la doctrine commune.


