Prière funéraire

صلاة الجنازة

Prononciation : ṣalāt al-janāza · Autres graphies : salat al-janaza, salât al-janâza, prière sur le défunt

Définition

Prière funéraire : Prière collective faite sur le corps du défunt avant l'inhumation. Elle se récite debout, sans inclinaison ni prosternation, avec quatre takbîr (« Allahu akbar ») et des invocations de pardon pour le défunt. Elle est une obligation collective.

Que signifie prière funéraire ?

La prière funéraire traduit l'arabe salât al-janâza (صلاة الجنازة), littéralement « la prière de la civière ». Le mot janâza (ou jinâza) désigne à la fois le brancard sur lequel on porte le mort et le défunt lui-même ; il a fini par nommer l'ensemble des funérailles, comme l'explique l'entrée janâza. On dit aussi « prière mortuaire », « prière sur le défunt » ou, en abrégé, « faire la janaza ».

Elle prend place entre la toilette rituelle (ghusl mortuaire), l'enveloppement dans le kafan et la mise en terre. Tout le déroulé des rites, de l'assistance au mourant jusqu'au deuil, est présenté sur la page La mort et le deuil en islam.

Le Coran ne décrit pas cette prière, mais il en suppose l'existence. Il interdit au Prophète de l'accomplir pour les hypocrites de Médine : « Et ne fais jamais la Salât sur l’un d’entre eux qui meurt, et ne te tiens pas debout auprès de sa tombe » (sourate 9, verset 84). Les commentateurs rattachent ce verset à la mort de 'Abd Allâh ibn Ubayy, chef des hypocrites.

Comment se déroule la prière funéraire ?

Le corps est placé devant l'imam, entre lui et la qibla. Les fidèles, en état d'ablution (woudou), se rangent derrière lui en rangées, souvent en nombre impair selon une recommandation de la tradition. Il n'y a ni appel à la prière, ni inclinaison, ni prosternation : toute la prière se fait debout.

Dans les quatre écoles sunnites, elle compte quatre takbîr, quatre fois « Allahou akbar », mains levées au moins pour le premier. L'ordre le plus suivi est celui des chaféites et des hanbalites : la Fâtiha après le premier takbîr, la prière sur le Prophète (celle que l'on dit à la fin de la prière ordinaire) après le deuxième, des invocations pour le défunt après le troisième, puis une courte invocation et la salutation finale après le quatrième. Les hanafites remplacent la Fâtiha par une louange ; les malikites ne la jugent pas obligatoire et insistent sur l'invocation, qui est pour eux le cœur de la prière.

Les chiites duodécimains font cinq takbîr, sans salutation finale, et n'exigent pas les ablutions, seulement recommandées. Le sens reste le même partout : demander à Dieu de pardonner au mort et de lui faire miséricorde, avec des formules comme « Allah yarhamou ».

Une obligation collective : pour qui prie-t-on ?

Les juristes classent la prière funéraire parmi les obligations collectives (fard kifâya, voir fard) : si une partie de la communauté l'accomplit, les autres sont dispensés, mais si personne ne la fait, tous sont en faute. Elle est due pour tout musulman mort, adulte ou enfant. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, celui qui assiste au mort jusqu'à la prière reçoit une récompense d'un qîrât, et deux s'il reste jusqu'à l'enterrement, chacun comparable à une grande montagne.

Des cas font débat. Le martyr tombé au combat n'est ni lavé ni, pour les malikites, les chaféites et les hanbalites, l'objet d'une prière ; les hanafites prient sur lui. Pour celui qui a commis un crime grave, la règle générale reste la prière, mais plusieurs juristes recommandent aux notables de s'abstenir. C'est cet avis qu'ont suivi 130 imams britanniques après l'attentat de London Bridge en 2017.

La prière de l'absent (salât al-ghâ'ib) se fait sans le corps. Selon Boukhari et Muslim, le Prophète annonça la mort du Négus, roi d'Abyssinie, le jour même, sortit avec ses compagnons et pria sur lui avec quatre takbîr. Les chaféites et les hanbalites l'admettent largement ; les hanafites et les malikites la limitent à ce cas exceptionnel.

La prière funéraire en France aujourd'hui

En France, la prière a lieu le plus souvent dans la mosquée, après une prière obligatoire pour réunir davantage de fidèles, ou dans l'enceinte du cimetière juste avant l'inhumation. Les malikites, majoritaires au Maghreb, déconseillent de faire entrer le corps dans la mosquée, ce qui explique que beaucoup de mosquées prient sur le parvis ou dans une salle à part. Les femmes peuvent y participer ; la tradition leur déconseille en revanche de suivre le cortège jusqu'à la tombe, sans l'interdire strictement.

La prière de l'absent rythme aussi l'actualité. Le CFCM l'a demandée aux mosquées de France après le crash d'un avion militaire algérien qui fit 257 morts en avril 2018, et le Conseil des mosquées du Rhône pour les 27 migrants morts dans la Manche en novembre 2021. Quand le corps est rapatrié au pays d'origine, une prière est souvent faite en France avant le départ, puis une autre sur place.

Oumma a rendu compte de plusieurs de ces prières : celle de Mohamed Ali à Louisville en 2016, ouverte à tous, celle de Sinéad O'Connor, dirigée en 2023 par l'imam Umar Al Qadri, ou celle de Rayane Lammouchi à la mosquée de Nanterre, racontée par Nabil Mati dans un hommage.

Dans le Coran

  • Coran

    « Et ne fais jamais la Salât sur l’un d’entre eux qui meurt, et ne te tiens pas debout auprès de sa tombe, parce qu’ils n’ont pas cru en Allah et en Son messager, et ils sont morts tout en étant pervers. »

    Sourate 9, verset 84 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : La prière, La mort et le deuil

Questions fréquentes

Comment faire la prière funéraire (salat janaza) ?+

On se tient debout derrière l'imam, le corps placé devant lui en direction de la qibla, en état d'ablution. On prononce quatre fois « Allahou akbar » : après le premier, la Fâtiha (ou une louange chez les hanafites) ; après le deuxième, la prière sur le Prophète ; après le troisième, des invocations pour le défunt ; après le quatrième, une courte invocation puis la salutation. Il n'y a ni inclinaison ni prosternation.

Combien de takbîr compte la prière funéraire ?+

Quatre selon les quatre écoles sunnites, sur le modèle de la prière du Prophète pour le Négus rapportée par Boukhari et Muslim. Des récits anciens mentionnent cinq takbîr ou davantage, et les chiites duodécimains en font cinq. Chez les sunnites, la pratique de quatre s'est imposée dès l'époque des compagnons.

Les femmes peuvent-elles faire la prière funéraire ?+

Oui. Les juristes admettent que les femmes prient sur un défunt, en groupe ou seules, et la prière d'une femme compte pour l'obligation collective quand il n'y a pas d'hommes. Un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, d'Umm 'Atiyya, dit en revanche qu'on leur avait déconseillé de suivre le cortège jusqu'au cimetière, sans l'interdire strictement.

Qu'est-ce que la prière de l'absent ?+

C'est la prière funéraire accomplie pour un défunt dont le corps est ailleurs. Elle s'appuie sur la prière que le Prophète fit pour le Négus, mort en Abyssinie. Les chaféites et les hanbalites l'admettent, les hanafites et les malikites la réservent à ce cas. En France, le CFCM et des conseils de mosquées l'ont demandée après des catastrophes, souvent à l'issue de la prière du vendredi.

Faut-il faire ses ablutions pour la prière funéraire ?+

Pour les quatre écoles sunnites, oui : la prière funéraire est une prière, et le woudou en est une condition, comme le fait d'être tourné vers la qibla. Les chiites duodécimains, qui y voient avant tout une invocation, recommandent les ablutions sans les exiger.

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