Que signifie imam ?
Imam vient de l'arabe imâm (إمام), de la racine '-m-m, qui exprime l'idée d'aller vers, de se diriger. La même racine donne amâma, « devant », umm, « la mère », et umma, « la communauté ». L'imam est littéralement celui qu'on a devant soi et qu'on prend pour modèle. Le pluriel arabe est a'imma ; en français, on écrit imam ou imâm, et des imams.
Le Coran emploie le mot dans plusieurs sens. Il désigne un guide à suivre : Dieu annonce à Abraham qu'il fera de lui un modèle pour les gens (sourate 2, verset 124), et les croyants demandent : « fais de nous un guide pour les pieux » (sourate 25, verset 74). Il désigne aussi le chef d'un groupe : au Jugement, chaque groupement d'hommes sera appelé « par leur chef » (sourate 17, verset 71). Il peut enfin désigner un livre qui sert de référence, comme le livre de Moïse (sourate 11, verset 17) ou le « registre explicite » où tout est consigné (sourate 36, verset 12), et même une route bien visible (sourate 15, verset 79).
De ces sens, l'usage religieux a retenu trois emplois principaux : l'imam de la prière, l'Imam des chiites et l'imam, titre honorifique des savants. La fonction elle-même s'appelle l'imâmat.
L'imam de la prière : qui peut diriger la prière ?
Dans la prière en commun, l'imam se place devant les fidèles, face à la qibla, et les autres prient derrière lui en rangs. Ils commencent chaque mouvement après lui, jamais avant. Quand il n'y a qu'un seul autre fidèle, celui-ci se tient à sa droite. L'imam récite à voix haute la Fâtiha et une sourate dans les deux premières unités des prières de l'aube, du coucher du soleil et de la nuit ; il prononce le « Allahou akbar » d'ouverture et le salut final que les autres reprennent.
L'islam sunnite ne connaît ni ordination ni sacrement : n'importe quel musulman pubère, sain d'esprit et qui connaît les règles de la prière peut la diriger. Selon un hadith rapporté par Muslim, le Prophète recommandait de faire passer devant celui qui récite le mieux le Coran, puis le plus savant de la sunna, puis le premier à avoir émigré, puis le plus âgé. Dans une mosquée, c'est l'imam attitré qui a la priorité.
La question des femmes est discutée. Les quatre écoles sunnites réservent aux hommes la direction d'une prière mixte ; la plupart admettent qu'une femme dirige une prière de femmes, en se plaçant au milieu du premier rang. Une minorité d'auteurs contemporains, en s'appuyant sur le hadith d'Umm Waraqa, défend l'imâmat mixte des femmes : Oumma a publié leurs arguments et un entretien avec Kahina Bahloul, présentée comme la première femme imame de France.
Que fait un imam de mosquée en France ?
Dans une mosquée, l'imam attitré dirige les cinq prières, prononce le sermon du vendredi (khutba) depuis le minbar, assure les prières des fêtes et la prière funéraire. Il enseigne souvent le Coran et la religion, célèbre des mariages religieux, conseille les familles et rend visite aux malades. Il ne confesse pas et ne pardonne pas les péchés : ce n'est pas un intermédiaire entre le fidèle et Dieu.
En France, l'imam est choisi et rémunéré, quand il l'est, par l'association qui gère la mosquée ; beaucoup sont bénévoles ou à temps partiel. Il n'existe pas de hiérarchie nationale : un imam connu des médias, comme ceux de Drancy ou de Bordeaux, ne parle qu'en son nom. En 2020, un reportage relayé par Oumma estimait à environ 3 000 le nombre d'imams exerçant en France, dont la majorité formés à l'étranger. Une partie était envoyée et payée par l'Algérie, le Maroc ou la Turquie, un système que l'État a décidé de faire cesser.
La formation se fait dans des instituts privés, comme l'Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon, ouvert en 1992, ou l'institut de la Grande Mosquée de Paris. Dans La formation des imams en France : sortir de l'impasse, Oumma plaidait dès 2007 pour qu'on reconnaisse ces instituts et qu'on donne aux imams un vrai statut, au nom de la neutralité de l'État envers les cultes.
L'Imam chez les chiites et l'imam Mahdi
Pour les chiites, l'Imam, souvent écrit avec une majuscule, est le guide de la communauté désigné par Dieu parmi les descendants du Prophète. Les duodécimains en reconnaissent douze, de Ali à Muhammad al-Mahdî, en passant par Husayn, et les tiennent pour préservés de l'erreur. Le douzième est, selon eux, en occultation depuis le IXe siècle et reviendra à la fin des temps. Cette doctrine est présentée en détail sur la page imâmat et sur celle du chiisme.
La figure du Mahdi, « le bien guidé », n'est pas propre aux chiites. Des hadiths rapportés par Abû Dâwûd et Tirmidhi annoncent qu'un homme de la famille du Prophète, portant son nom, viendra emplir la terre de justice avant la fin des temps. Les sunnites qui retiennent ces hadiths attendent un Mahdi qui n'est pas encore né, alors que les chiites l'identifient au douzième imam. Oumma a présenté la lecture spirituelle qu'en fait Ibn 'Arabî dans Le Mahdi selon Ibn 'Arabî.
En Iran et chez les chiites, le titre d'imam est aussi donné à de grandes autorités religieuses, comme l'imam Khomeyni, sans qu'elles soient pour autant comptées parmi les douze.
Imam Malik, imam Ghazali : un titre pour les grands savants
Le titre d'imam honore aussi les savants qui ont fait école. Les fondateurs des quatre écoles juridiques sunnites sont appelés « les quatre imams » : l'imam Abû Hanîfa (mort en 767), fondateur du hanafisme, l'imam Mâlik ibn Anas de Médine (mort en 795), fondateur du malikisme suivi au Maghreb, l'imam al-Shâfi'î (mort en 820) et l'imam Ahmad ibn Hanbal (mort en 855). On dit de même l'imam Boukhari pour le grand compilateur de hadiths.
Le titre est très employé pour al-Ghazâlî (1058-1111), juriste chaféite, théologien et soufi, surnommé « la preuve de l'islam ». Oumma lui a consacré L'imam al-Ghazâlî : un patrimoine, un exemple, un panorama de ses œuvres et de ses enseignements.
Enfin, le grand imam d'al-Azhar est le titre officiel du recteur de l'institution du Caire, souvent appelé aussi cheikh d'al-Azhar. Dans ces emplois, imam ne désigne pas celui qui dirige la prière, mais une autorité de savoir.
Imam, cheikh, mufti, muezzin : ne pas confondre
L'imam dirige la prière et, à la mosquée, prêche et enseigne. Le muezzin appelle à la prière par l'adhân ; dans les petites mosquées, la même personne fait souvent les deux. Le mufti est un savant habilité à rendre des avis juridiques, les fatwas. Le cheikh est un titre de respect pour un savant ou un maître spirituel. Un même homme peut cumuler ces fonctions, mais un imam de quartier n'est ni un mufti ni nécessairement un savant reconnu.
Le mot ne se confond pas non plus avec imâm al-haramayn, « l'imam des deux sanctuaires », titre des imams de la Mosquée sacrée de La Mecque et de la mosquée du Prophète à Médine, dont les récitations sont diffusées dans le monde entier.











