Qui était Husayn ?
Al-Husayn ibn 'Alî est né à Médine, selon la tradition majoritaire, en l'an 4 de l'Hégire (626). Il est le fils cadet d'Ali, cousin du Prophète et quatrième calife, et de Fatima, fille du Prophète. Son frère aîné Hasan était né environ un an plus tôt : contrairement à une idée répandue, les deux frères n'étaient pas jumeaux.
Son nom est un diminutif de hasan, « beau » : Husayn signifie « le petit beau ». On l'écrit Husayn, Hussein, Hossein (en persan), Houssein ou Hüseyin (en turc). C'est l'un des prénoms les plus portés du monde musulman, chez les sunnites comme chez les chiites, du roi Hussein de Jordanie à Saddam Hussein, ou au second prénom de l'ancien président américain Barack Hussein Obama, que ses adversaires mettaient en avant pendant la campagne de 2008, comme le relevait Oumma dans Le serment de « Hussein » Obama.
Husayn avait six ou sept ans à la mort du Prophète. Les recueils de hadiths rapportent l'affection que celui-ci portait à ses deux petits-fils : selon une parole rapportée par Tirmidhi, Hasan et Husayn sont « les seigneurs des jeunes gens du paradis ». Une autre, également rapportée par Tirmidhi, dit : « Husayn est de moi et je suis de Husayn ».
Husayn dans le Coran
Le Coran ne nomme pas Husayn, pas plus qu'il ne nomme Ali ou Fatima. Les commentateurs le rattachent toutefois à deux passages. Le premier est le verset de la mubâhala, où le Prophète est invité à défier ses contradicteurs chrétiens en disant : « Venez, appelons nos fils et les vôtres, nos femmes et les vôtres, nos propres personnes et les vôtres » (sourate 3, verset 61). Selon la tradition, rapportée notamment par Muslim, il vint accompagné d'Ali, de Fatima, de Hasan et de Husayn, ces deux derniers représentant « nos fils ».
Le second est la fin du verset qui s'adresse aux « gens de la maison » : « Allah ne veut que vous débarrasser de toute souillure, ô gens de la maison [du prophète], et veut vous purifier pleinement » (sourate 33, verset 33). Un hadith rapporté par Muslim, dit « du manteau », raconte que le Prophète couvrit de son manteau Ali, Fatima, Hasan et Husayn en récitant ce verset. Les sunnites y voient une marque d'honneur pour la famille du Prophète, épouses comprises ; les chiites y lisent une preuve de la pureté particulière de ces cinq personnes et des imams qui leur succèdent.
Que s'est-il passé à Karbala ?
Après la mort d'Ali en 661, Hasan renonça au califat au profit de Mu'âwiya, fondateur de la dynastie omeyyade. À la mort de celui-ci en 680, son fils Yazîd lui succéda. Husayn refusa de lui prêter allégeance, quitta Médine pour La Mecque, puis répondit à l'appel de partisans de Koufa, en Irak, qui l'invitaient à prendre leur tête.
En route, sa petite troupe, composée surtout de sa famille et de proches, fut arrêtée par l'armée du gouverneur de Koufa dans la plaine de Karbala, au bord de l'Euphrate. Privés d'accès à l'eau pendant plusieurs jours, Husayn et ses compagnons furent tués le 10 muharram 61 (octobre 680). La tradition retient le chiffre de 72 morts dans son camp, chiffre que reprend un article d'Oumma sur l'équation chiite. Parmi les survivants figuraient son fils 'Alî Zayn al-'Âbidîn, malade, futur quatrième imam des chiites, et sa sœur Zaynab, emmenée captive avec les femmes à Koufa puis à Damas.
Husayn fut enterré à Karbala, où s'élève son mausolée. Plusieurs lieux revendiquent la sépulture de sa tête, notamment Karbala, Le Caire, où la mosquée al-Husayn porte son nom, et Damas. Dans Être chiite aujourd'hui ou la légitimité du chiisme ?, Rachid Id Yassine écrit que c'est avec le massacre de Karbala que le chiisme « fit racine ».
Husayn chez les chiites : Achoura et l'Arbaïn
Pour les chiites, Husayn est le troisième imam, après Ali et Hasan, et tous les imams suivants descendent de lui. Il porte le titre de sayyid al-shuhadâ', « prince des martyrs ». Sa mort est lue comme le sacrifice d'un homme juste qui a refusé de se soumettre à un pouvoir illégitime, et elle est devenue le symbole de la résistance à l'injustice. Ce sens est développé sur la page consacrée à l'imâmat et sur celle du chiisme.
Le deuil de Husayn rythme le calendrier chiite. Pendant les dix premiers jours de muharram, jusqu'à Achoura, les fidèles se réunissent pour écouter le récit de Karbala, réciter des élégies et suivre des processions ; en Iran, le ta'zieh met en scène le drame. Certains se frappent la poitrine ; d'autres pratiques, comme se blesser avec des chaînes ou des lames, sont désapprouvées par une partie des autorités religieuses chiites elles-mêmes.
Quarante jours après Achoura, l'Arbaïn réunit à Karbala des millions de pèlerins, dont beaucoup viennent à pied de Najaf ou d'autres villes d'Irak. Oumma rapportait en 2009 que cette commémoration, interdite sous Saddam Hussein, rassemblait plusieurs millions de personnes sous haute protection.
Husayn chez les sunnites
Les sunnites honorent Husayn comme petit-fils du Prophète, membre de l'Ahl al-bayt et compagnon de la dernière génération des sahâba. Les grands savants sunnites tiennent sa mort pour un crime et une tragédie, même s'ils jugent diversement la responsabilité de Yazîd et l'opportunité du soulèvement. Dans les prières quotidiennes, sunnites et chiites demandent à Dieu de bénir « la famille de Muhammad ».
La différence se voit surtout à Achoura. Pour les sunnites, le 10 muharram est d'abord un jour de jeûne recommandé, en souvenir du salut de Moïse et des enfants d'Israël, selon des hadiths rapportés par Boukhari et Muslim ; la mémoire de Karbala y est présente, mais sans rites de deuil. Au Maghreb, Achoura est même une fête des enfants. Le sujet est traité sur la page Achoura, Mawlid et nuit du Destin.
La vénération de Husayn déborde le chiisme. Au Caire, la mosquée al-Husayn, sunnite, est l'un des lieux les plus fréquentés de la ville, et le soufisme compte Husayn parmi les grandes figures de la famille du Prophète. À Damas, les tombes de sa sœur et de ses filles attirent des pèlerins du monde entier, comme le racontait l'article Damas, la perle de l'Orient.



