Qui était Ali ?
Ali ibn Abi Talib (علي بن أبي طالب, 'Alî ibn Abî Tâlib) est né à La Mecque vers 600, dans le clan des Banû Hâshim, celui du Prophète. Son père, Abû Tâlib, était l'oncle qui avait élevé Muhammad et le protégea jusqu'à sa mort ; sa mère s'appelait Fâtima bint Asad. Une tradition, rapportée surtout par les chiites et par certains auteurs sunnites, le fait naître à l'intérieur de la Kaaba. Lors d'une disette, le Prophète le prit chez lui, si bien qu'Ali grandit dans sa maison.
Il porte de nombreux surnoms : Abû al-Hasan, Abû Turâb (« l'homme à la poussière », donné par le Prophète), Haydar (« le lion »), Amîr al-Mu'minîn, « commandeur des croyants ». Les sunnites accompagnent souvent son nom de la formule karrama Allâhu wajhahu ; les chiites l'appellent l'imam Ali ou al-Murtadâ, « l'agréé ». En Turquie, on dit Hz. Ali, abréviation de Hazreti, « Sa Sainteté ».
Plusieurs confusions sont fréquentes. La sourate 3, Âl 'Imrân, ne porte pas son nom : âl y signifie « famille », c'est la sourate de « la famille d'Imrân » (sourate 3). De même, dans la prière sur le Prophète, « wa 'alâ âli Muhammad » signifie « et sur la famille de Muhammad », c'est-à-dire l'ahl al-bayt. Quant au boxeur Mohamed Ali, il avait choisi ce nom après sa conversion.
Ali, compagnon et gendre du Prophète
Vers 610, Ali fut, selon la majorité des historiens, le premier enfant et l'un des tout premiers à croire au message, après Khadija. Lors de l'Hégire en 622, il dormit dans le lit du Prophète pour tromper ceux qui voulaient le tuer, puis resta à La Mecque le temps de rendre aux habitants les biens qu'ils lui avaient confiés, avant de le rejoindre à Médine.
À Médine, il épousa Fatima, fille du Prophète. Ils eurent deux fils, Hasan et Husayn, et deux filles, Zaynab et Umm Kulthûm ; toute la descendance du Prophète passe par eux. Ali ne prit pas d'autre épouse du vivant de Fatima.
Il s'illustra dans presque toutes les batailles de l'époque médinoise, Badr, Uhud, le Fossé, Khaybar. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète annonça à Khaybar qu'il confierait l'étendard à un homme qui aime Dieu et Son messager, et que Dieu et Son messager aiment, puis le donna à Ali. Selon un autre, quand il le laissa à Médine pendant l'expédition de Tabûk, il lui dit qu'il était pour lui ce qu'Aaron était pour Moïse, sauf qu'il n'y aurait pas de prophète après lui.
Ghadîr Khumm et la question de la succession
Au retour du pèlerinage d'adieu, en mars 632, le Prophète fit halte près d'un étang appelé Ghadîr Khumm. Selon des récits rapportés notamment par Tirmidhî et Ahmad ibn Hanbal, il y déclara que celui dont il était le mawlâ avait aussi Ali pour mawlâ. Oumma, dans Les grandes dates de l'islam, rend la phrase par « pour quiconque je suis un ami, Ali est son ami ». Tout le désaccord porte sur ce mot. Pour les sunnites, mawlâ signifie ici « ami, allié », et la phrase répondait à des plaintes de soldats contre Ali. Pour les chiites, il signifie « maître, tuteur », et la phrase est une désignation explicite (nass) de son successeur.
À la mort du Prophète, en juin 632, Ali s'occupa avec quelques proches de la toilette du défunt, pendant que d'autres compagnons choisissaient Abou Bakr à la Saqîfa. Selon un récit rapporté par Boukhari, Ali ne lui prêta allégeance qu'au bout de six mois, après la mort de Fatima. Il resta ensuite à Médine, conseiller écouté d'Abou Bakr, d'Omar et d'Othman, sans exercer de commandement militaire. Le déroulé de ces années est présenté sur la page Les premiers temps de l'islam et les califes.
Ali, quatrième calife (656-661)
Après l'assassinat d'Othman en juin 656, Ali reçut l'allégeance des Médinois et devint le quatrième calife. Il s'installa à Koufa, en Irak. Son règne fut celui de la première fitna, la grande discorde. En décembre 656, il vainquit à la bataille du Chameau, près de Bassora, l'armée de Talha, d'az-Zubayr et d'Aïcha, qui réclamaient le châtiment des assassins d'Othman. En 657, à Siffîn, sur l'Euphrate, il affronta Mu'âwiya, gouverneur de Syrie et parent d'Othman. Quand les Syriens brandirent des feuillets du Coran au bout de leurs lances, il accepta un arbitrage.
Une partie de son armée refusa ce compromis, au nom du principe « le jugement n'appartient qu'à Dieu », et fit sécession : ce sont les kharidjites, qu'Ali écrasa à Nahrawân. En janvier 661 (ramadan 40 de l'Hégire), l'un d'eux, Ibn Muljam, le frappa d'un sabre empoisonné dans la mosquée de Koufa, à la prière de l'aube ; il mourut deux jours plus tard. Son fils Hasan lui succéda brièvement, puis céda le pouvoir à Mu'âwiya, fondateur de la dynastie omeyyade.
Rachid Id Yassine, dans Être sunnite aujourd'hui, situe dans cette réconciliation de 661, « l'année du rassemblement », la naissance de l'esprit sunnite. La tradition chiite situe sa tombe à Najaf, en Irak, où s'élève un grand mausolée.
Ali chez les sunnites, les chiites et les soufis
Pour les sunnites, Ali est le quatrième des califes « bien guidés », l'un des dix compagnons auxquels le Prophète annonça le paradis selon la tradition, et un modèle de science, de courage et d'éloquence. La plupart des théologiens sunnites ont considéré qu'il avait raison face à Mu'âwiya, tout en refusant de condamner les compagnons de l'autre camp.
Pour les chiites, il est le premier imam, désigné par le Prophète et infaillible, et son nom figure, à titre recommandé, dans leur appel à la prière. Toute la doctrine de l'imamat découle de cette conviction. Ils l'appellent wasî, « l'héritier testamentaire », et commémorent chaque année sa mort pendant le Ramadan et l'événement de Ghadîr. Les alévis de Turquie lui vouent aussi une grande vénération. Des courants extrêmes l'ont divinisé ; les chiites duodécimains les ont condamnés.
Dans le soufisme, la plupart des confréries font remonter leur chaîne spirituelle au Prophète par Ali. Muhammad Hamidullah, cité dans La mystique musulmane d'après l'œuvre de Muhammad Hamidullah, cite les Qâdiriyya et les Suhrawardiyya, et rappelle qu'un fidèle peut être lié à la fois à Ali et à Abou Bakr. Ses sermons, lettres et maximes ont été réunis vers l'an 1000 par al-Sharîf al-Radî dans le Nahj al-balâgha, « la voie de l'éloquence », recueil très lu chez les chiites, dont l'attribution intégrale à Ali est discutée.





