Que signifie oumma ?
Oumma est la transcription française de l'arabe umma (أمة), qu'on écrit aussi umma, ummah ou oummah. Dans l'usage courant, le mot désigne l'ensemble des musulmans du monde, la « communauté des croyants » (ummat al-mu'minîn) ou « communauté de Muhammad » (ummat Muhammad). On l'emploie au féminin : « la oumma ».
Le mot appartient à la racine '-m-m, très riche en arabe. On y trouve umm, la mère, imâm, celui qui se tient devant et qu'on suit, et amâm, « devant ». Les lexicographes en tirent l'idée d'un groupe uni par une même direction ou une même voie. Des philologues ont aussi rapproché le mot de termes araméens et hébreux qui désignent le peuple.
La umma se distingue de deux autres mots que le Coran emploie pour les groupes humains. Le qawm est le peuple ou la tribu, lié par la vie commune et souvent par le sang ; la milla est la religion ou la voie d'un prophète, comme la « milla d'Abraham ». L'article d'Oumma Islam, république, humanisme insiste sur cette différence : on entre dans la oumma non par la naissance, mais par l'adhésion à un message.
Les sens du mot umma dans le Coran
Le mot revient plus d'une cinquantaine de fois dans le Coran, avec plusieurs sens. Le plus fréquent est celui de communauté religieuse : « A chaque communauté un Messager » (sourate 10, verset 47). Chaque peuple qui a reçu un prophète forme ainsi une umma, et le Coran parle aussi d'une communauté droite parmi les gens du Livre (sourate 3, verset 113).
Le Coran rappelle que l'humanité a d'abord été une seule communauté : « Les gens formaient (à l'origine) une seule communauté (croyante) » (sourate 2, verset 213). Il étend même le mot aux animaux : nulle bête ni nul oiseau « qui ne soit comme vous en communauté » (sourate 6, verset 38).
Le mot prend d'autres sens selon le contexte. Il désigne une personne qui vaut à elle seule une communauté, comme Abraham, qualifié de umma, « un guide parfait » dans la traduction de Hamidullah (sourate 16, verset 120). Il signifie une religion ou une manière de vivre, quand les opposants du Prophète disent : « Nous avons trouvé nos ancêtres sur une religion » (sourate 43, verset 22). Il signifie enfin une durée : dans l'histoire de Joseph, l'ancien prisonnier se souvient de lui « après quelque temps » (sourate 12, verset 45).
Une « communauté du juste milieu » : 3:110 et 2:143
Deux versets définissent la vocation de la communauté de Muhammad. Le premier : « Vous êtes la meilleure communauté, qu'on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah » (sourate 3, verset 110). Les commentateurs soulignent que cette supériorité n'est pas un privilège de naissance : elle dépend des actes énumérés juste après, commander le bien, interdire le mal et croire.
Le second parle d'une umma wasat : « Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous » (sourate 2, verset 143). Hamidullah traduit wasat par « de justes » ; d'autres traducteurs rendent l'expression par « communauté du juste milieu » ou « communauté médiane ». Wasat signifie à la fois le milieu, l'équilibre et le meilleur. Ce verset est à l'origine de l'idée, très présente dans le discours musulman, que l'islam est une voie de modération, rappelée par exemple par Lyess Chacal dans L'islam, voie du juste milieu.
Le Coran affirme aussi l'unité de la communauté des croyants à travers les prophètes : « Certes, cette communauté qui est la vôtre est une communauté unique, et Je suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc » (sourate 21, verset 92).
Comment la oumma est-elle née ?
À La Mecque, les premiers musulmans étaient un petit groupe à l'intérieur de leurs clans. Tout change avec l'Hégire de 622. À Médine, le Prophète conclut avec les habitants de la ville un accord écrit, connu sous le nom de Sahîfa ou « Constitution de Médine ». Ce texte, transmis par les biographes, déclare que les croyants de Quraysh et de Médine forment « une seule umma » face aux autres gens ; il associe aussi les tribus juives de la ville à cette communauté de défense, chacune gardant sa religion.
L'article d'Oumma Hégire, émigration et sens spirituel décrit ce moment comme le passage d'une société fondée sur les liens du sang à une communauté de croyance. Le lien de foi devient, en principe, plus fort que l'appartenance tribale. La place donnée à Bilal, ancien esclave abyssin devenu le premier muezzin, en est souvent citée comme le symbole.
La tradition a donné à la oumma une autorité propre. Un hadith rapporté notamment par Ibn Mâja et Tirmidhi dit que la communauté ne s'accordera pas sur une erreur ; il a fondé la doctrine du consensus, l'ijmâ', même si la solidité de ses chaînes est discutée. Selon un autre, rapporté par Boukhari et Muslim, les croyants sont, dans leur affection mutuelle, comme un seul corps : quand un membre souffre, tout le corps en ressent la fièvre.
La oumma aujourd'hui : unité et diversité
Aujourd'hui, la oumma rassemble près de deux milliards de personnes selon les estimations démographiques, de l'Indonésie au Sénégal et des banlieues françaises aux États-Unis. Elle est divisée en courants, sunnisme, chiisme, ibadisme, et en écoles juridiques, mais le pèlerinage à La Mecque, où tous prient ensemble autour de la Kaaba, reste l'image la plus forte de son unité. Pour l'histoire de ces divisions, voir la page sur les courants de l'islam.
Au XIXe et au XXe siècle, le mot a pris une dimension politique avec le panislamisme, qui rêvait d'unir les musulmans face aux puissances coloniales. Ce sens a nourri des malentendus en Europe, où l'on oppose parfois la oumma à la nation. L'article Islam, république, humanisme défend au contraire l'idée d'une oumma qui n'est « ni un concept géopolitique ni un concept territorial », mais un espace éthique ouvert, compatible avec la citoyenneté.
Le mot a aussi donné son nom à Oumma.com, média musulman francophone fondé en 2000, qui l'a choisi pour s'adresser à l'ensemble des musulmans de langue française.
Termes voisins et contresens
La oumma ne se confond pas avec la jamâ'a, le groupe, ni avec le sha'b, le peuple au sens national ; le Coran emploie shu'ûb pour les « nations » créées pour que les hommes « s'entre-connaissent » (sourate 49, verset 13). Les juristes distinguent aussi la ummat al-ijâba, ceux qui ont répondu à l'appel du Prophète, de la ummat al-da'wa, l'humanité entière à qui ce message s'adresse.
Une confusion fréquente vient de la formule « Allahumma bârik », « ô Allah, bénis », souvent écrite « Allah umma barik ». Allâhumma est une forme d'appel à Dieu, « ô Allah » ; elle n'a aucun lien avec la oumma.







