Qu'est-ce que le Coran en islam ?
Pour les musulmans, le Coran est la Parole de Dieu révélée au Prophète Muhammad en langue arabe, puis transmise par écrit et par la récitation jusqu'à nous. Son nom, qur'ân, vient de la racine arabe qui signifie réciter, lire. Il porte d'autres noms, comme le Livre (Kitâb) ou le Discernement (Furqân), qui disent chacun un aspect de son rôle. Notre lexique du Coran en donne les définitions.
Le Coran est le texte central de l'islam. Il se récite dans la prière, chaque jour, et la sourate d'ouverture y est récitée dans la prière. Il est la première source de la foi et du droit, avant la sunna qui l'éclaire et la charia et le fiqh qui en tirent des règles. Il se range aussi parmi les livres révélés, dont il se présente comme la dernière étape.
Les croyants le tiennent pour préservé. Le texte lui-même l'affirme : « En vérité c'est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c'est Nous qui en sommes gardien » (Coran 15:9). C'est aussi un texte vivant, lu, appris et commenté dans le monde entier.
Dans sa présentation du Coran en plusieurs parties, Tahar Gaïd en dresse un portrait d'ensemble, de la descente du texte à sa portée universelle. La vidéo de la chronique de Raouti Rezali, « Qu'est-ce que le Coran ? », offre une entrée plus brève. Pour lire le texte lui-même, verset par verset, avec traduction, mot à mot, récitation et tajwid, rendez-vous sur le lecteur du Coran d'Oumma.
Comment le Coran a-t-il été révélé ?
La tradition musulmane place la révélation entre 610 et 632, soit environ vingt-trois ans. Elle commence dans la grotte de Hira, près de La Mecque, où Muhammad se retirait pour méditer, et se poursuit à La Mecque puis à Médine après l'Hégire. Le premier ordre est celui de lire : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé » (Coran 96:1), avec les cinq premiers versets de la sourate 96. La vidéo « La première révélation du Coran » revient sur cette scène.
Le Coran désigne l'ange Jibril (Gabriel) comme celui qui porte le message, et les anges comme serviteurs de Dieu. Tahar Gaïd rappelle, dans son étude sur la révélation, les formes qu'elle a prises selon la tradition : inspiration, parole derrière un voile, ou message transmis par un envoyé. La révélation n'est pas venue d'un seul bloc. Les adversaires du Prophète s'en étonnaient : « Pourquoi n'a-t-on pas fait descendre sur lui le Coran en une seule fois ? », et le texte répond que c'est « pour raffermir ton cœur » (Coran 25:32). Cette descente progressive, au fil des événements, explique en grande partie la composition du livre.
Le Coran relie sa descente au mois de Ramadan : « le mois de Ramadân au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens » (Coran 2:185). La nuit du Destin lui est aussi associée (sourate 97). Abd El Hafîd Benchouk explique pourquoi ce mois a été choisi pour la révélation, et un article plus ancien décrit la nuit de la Révélation.
Comment le Coran a-t-il été mis par écrit, et comment est-il organisé ?
Selon la tradition, le Prophète faisait écrire les versets par des scribes à mesure de la révélation et en indiquait la place dans l'ensemble. Les textes étaient aussi appris par cœur et récités. Le texte du Coran a donc circulé à la fois par l'écrit et par la mémoire. Abdelhamid Belhadj Hacen reprend ces questions dans « Le Coran, entre histoire et écriture », qui suit la mise par écrit depuis les origines jusqu'à la constitution du texte uthmanien.
Après la mort du Prophète, le calife Abû Bakr fit rassembler les parties écrites, sur le conseil d'Omar, quand plusieurs récitateurs furent tués au combat. Zayd ibn Thâbit, scribe du Prophète, dirigea ce travail. Plus tard, le calife Othmân fit établir des exemplaires de référence, envoyés dans les grandes villes, pour garder un texte unique. Abdallah Thomas Milcent, qui se présente comme chercheur amateur, a résumé ce récit dans ses « Voyages aux sources du Saint Coran ». Il existe aussi un travail universitaire, extérieur à la tradition, sur les manuscrits anciens et la date de la fixation du texte : les approches divergent, et nous renvoyons le lecteur aux sources.
Le Coran compte 114 sourates et 6 236 versets (ayât), selon la numérotation que suit aussi notre lecteur. La plus longue, Al-Baqara, compte 286 versets, et la plus courte, Al-Kawthar, en compte 3. Les sourates ne sont pas classées par ordre de révélation, mais en gros de la plus longue à la plus courte, après Al-Fâtiha, la sourate d'ouverture. On les dit mecquoises ou médinoises selon la période de leur révélation (environ 86 et 28 dans le classement courant). Pour la lecture, le texte est découpé en 30 parties, les juz', elles-mêmes divisées en hizb. La chronique de Hakim Fedaoui sur Al-Fâtiha, « celle qui ouvre », montre comment on peut lire une seule sourate.
La langue arabe, le style et l'inimitabilité du Coran
Le Coran se présente comme un texte en langue arabe : « Nous l'avons fait descendre, un Coran en [langue] arabe, afin que vous raisonniez » (Coran 12:2). C'est pourquoi le texte arabe seul fait foi en islam, et pourquoi tout musulman, arabophone ou non, apprend à le réciter dans cette langue. Il a son rythme, ses rimes et ses reprises, que l'on décrit comme une prose rythmée. Tahar Gaïd étudie sa dimension littéraire, ses comparaisons tirées de la vie quotidienne et sa concision.
La doctrine de l'inimitabilité (i'jâz) part du défi que le Coran lance à ses contradicteurs. « Composez donc une sourate semblable à ceci » (Coran 10:38). Le défi est repris en d'autres termes dans la sourate 2 et dans la sourate 17. Dans un milieu qui prisait l'éloquence, ce défi servait de preuve de l'origine divine du texte. Tahar Gaïd présente cette thèse dans « L'œuvre inimitable », et Jamel El Hamri la prolonge dans « Une irruption miraculeuse dans le temps humain ».
Pour les savants qui l'ont étudiée, l'inimitabilité est d'abord un fait de langue et de composition ; l'étendre aux sciences fait débat (voir plus bas). Le Coran se donne aussi pour un texte à méditer : « Y a-t-il quelqu'un pour réfléchir ? » (Coran 54:17). Abdelkrim Semani en fait une méditation continuelle.
Le tafsir : comment comprend-on le Coran ?
Le tafsîr, ou exégèse, est l'ensemble des commentaires qui expliquent le Coran, mot par mot et verset par verset. Le texte annonce lui-même cette explication : « A Nous, ensuite incombera son explication » (Coran 75:19). Le Prophète a commenté le Coran, et ses Compagnons l'ont fait après lui. On distingue en gros plusieurs voies : l'exégèse par la transmission, qui s'appuie sur le Coran lui-même, la sunna et les dires des Compagnons (comme chez Tabarî ou Ibn Kathîr) ; l'exégèse par le raisonnement, qui fait plus de place à la langue, au droit et à la théologie ; l'exégèse spirituelle des soufis.
Le Coran distingue des versets « sans équivoque » et d'autres qui prêtent à des interprétations diverses (Coran 3:7). Ils étudient pour cela les circonstances de la révélation (asbâb an-nuzûl), la grammaire, les lectures du texte et la question de l'abrogation. Cette tradition est vivante, comme le montre le cas du jeûne : Sami Bibi propose une tentative d'exégèse du verset sur le jeûne.
Les penseurs contemporains cherchent aussi de nouvelles méthodes. Mouhib Jaroui présente l'exégèse thématique de Muhammad Baqir al-Sadr, qui part des questions du monde réel pour revenir au texte. Mohammed Taleb rappelle que le Coran porte des significations infinies, que chaque génération de lecteurs ne fait qu'explorer. Plusieurs écoles et méthodes coexistent, et nous ne tranchons pas entre elles.
Quelles traductions du Coran en français ?
Le texte arabe seul fait foi. Une traduction ne rend qu'un sens du texte, et c'est pourquoi on parle de « traduction du sens ». Chaque traducteur fait des choix de vocabulaire et d'interprétation. Notre lecteur du Coran affiche aussi le mot à mot arabe, pour revenir au texte.
La première traduction française connue est celle d'André Du Ryer, en 1647. Au XIXe siècle, la version de Kasimirski a été très diffusée. Au XXe siècle sont venues celles de Régis Blachère, de Denise Masson, de Hamza Boubakeur, de Jacques Berque et d'André Chouraqui, que les articles d'Oumma citent régulièrement. Réda Benkirane évoque l'essai de traduction de Jacques Berque comme l'aboutissement de son œuvre.
La traduction de Muhammad Hamidullah est celle que nous utilisons sur Oumma pour les versets cités. Karim Abdoun rappelle, dans son hommage au professeur Hamidullah, qu'il fut le premier musulman à traduire le Coran en français à partir de l'arabe, dans une première version de 1959, devenue une référence très diffusée.
D'autres traductions plus récentes ont fait l'objet d'articles. Une nouvelle traduction signée Mohammed Chiadmi y est présentée comme attentive au sens et à la langue française. Le Dr al Ajamî a publié une traduction littérale, « Le Coran, le Message à l'origine », et en explique le projet dans un entretien. Ces textes donnent le point de vue de leurs auteurs. Pour étudier un verset, mieux vaut croiser les traductions avec un commentaire.
Réciter, apprendre et mémoriser le Coran
Le Coran est fait pour être récité. Le texte invite à la lenteur : « Et récite le Coran, lentement et clairement » (Coran 73:4). L'art de la récitation s'appelle le tajwîd : il règle la prononciation exacte de chaque lettre, les allongements, les pauses et les liaisons. On y ajoute les lectures (qirâ'ât) transmises par plusieurs chaînes de récitateurs, dont celle de Hafs d'après 'Âsim, la plus répandue dans le monde, et celle de Warsh, courante en Afrique du Nord et de l'Ouest. Notre lecteur propose la récitation et le tajwid, verset par verset, pour apprendre à l'oreille.
Celui qui connaît le Coran par cœur est appelé hâfiz. La mémorisation reste une pratique forte : dans les écoles coraniques, auprès d'un maître, et dans les familles. Le mois de Ramadan est le temps privilégié de la récitation ; Talha Mahamat Allim montre ce lien dans « Ramadan : le mois du Coran ». Un médecin a rédigé, sur Oumma, des conseils pour faciliter l'apprentissage du Coran et sa mémorisation : apprendre le matin, répéter trois fois, réciter avant de dormir.
Oumma a aussi publié des témoignages, comme celui du jeune mémorisateur Nader Mahmoud Kouja, et des archives rares, comme une récitation enregistrée à La Mecque en 1885. Voir aussi les invocations et le dhikr.
Les grands thèmes du Coran
Le Coran touche presque tous les aspects de la vie. Son message de base est l'unicité de Dieu : « Dis : Il est Allah, Unique » (Coran 112:1). La page sur Allah en développe le sens, et le verset du Trône (Coran 2:255) en est une expression célèbre. Viennent ensuite les anges, les prophètes, les livres révélés, le Jour dernier et le décret divin, qui forment les piliers de la foi. Plusieurs récits de prophètes y sont racontés, comme ceux d'Abraham, de Marie et de Jésus, que des articles d'Oumma étudient, par exemple la place de Marie dans le Coran.
Le Coran traite aussi de la morale et de la vie commune : la dignité de l'être humain (« Nous avons honoré les fils d'Adam », Coran 17:70), la diversité des peuples (« pour que vous vous entre-connaissiez », Coran 49:13), la justice, la famille, la prière, la zakat et le jeûne. Mehdi Bennani présente la morale du Coran d'après la thèse de Mohamed Abdallah Draz, et Tayeb Chouiref rassemble ses enseignements sur la compassion, la paix et l'amour. Marwan Sinaceur étudie le regard du Coran sur les religions juive et chrétienne.
Deux sujets reviennent souvent dans nos colonnes. Le premier est la place des femmes : Malika Hamidi présente l'exégèse d'Amina Wadud, et un article récent examine l'égalité entre les femmes et les hommes, en citant notamment 4:1 et 33:35. Le second est le rapport entre le Coran et les sciences : certains auteurs y voient des « miracles scientifiques », comme dans cet article de Basile Altaie qui met en garde contre les excès de cette lecture ; Hocine Kerzazi en fait une critique argumentée, et l'astrophysicien Nidhal Guessoum propose une réflexion sur le « miracle scientifique ». Les avis divergent, et le lecteur gagne à confronter les points de vue.






















