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Présentation du Coran (1ère partie)

La descente du Coran se réalise d’abord à la Mecque et ensuite à Médine, durant approximativement vingt-trois années consécutives. Elle s’effectuait graduellement en fonction de circonstances précises. La plupart des versets étaient déterminés par des événements vécus par les croyants qui étaient à même de comprendre les raisons et de saisir la portée de l’enseignement. La Révélation apportait donc le remède approprié à chaque mal signalé.

Ce procédé pédagogique facilitait la résolution des problèmes posés et contribuait à la transformation progressive des conduites et des mentalités. Cette opération était plus efficiente que celle qui aurait consisté à faire descendre l’intégralité du Livre pour régler tous les cas à la fois. Ceci aurait certainement, non seulement provoqué des difficultés à en apprendre le contenu et à appliquer aisément l’ensemble des questions d’ordre matériel et spirituel, mais aussi aurait découragé les volontés face à des charges nombreuses et suscité des rejets devant une tâche aussi ardue. La sagesse divine voulait rompre lentement les oppositions et introduire avec souplesse les mutations.

           « Les incrédules disent : « Si seulement on avait fait descendre sur lui le Coran en une seule fois. » Nous l’avons révélé ainsi pour que ton cœur en soit raffermi et Nous l’avons fait réciter avec soin. » (S.25,  32)

Pour les non-initiés, le Coran se présente en plusieurs parties apparemment décousues, sans une relation directe les unes aux autres. Le Livre Saint parle d’ailleurs de ce reproche que les polythéistes lui avaient adressé et que des critiques des temps modernes reprennent  à leur compte.

     « Quant à ceux qui ont désigné le Coran comme un ensemble de pièces  décousues. » (S.15, 91).

Muhammad Hamidullah donne deux raisons qui justifient le discours coranique.

« 1- Le Coran ne fut pas rédigé tout à la fois, pour être ensuite présenté au peuple. Il est une collection de messages reçus à intervalles ; Il y a des passages dont le Prophète devait se servir pour haranguer l’auditoire afin de l’inviter à réfléchir et à reconsidérer son attitude religieuse. Il y en a d’autres qui furent destinés à trancher des problèmes concrets ou des litiges précis.

 « 2- Non moins important est le besoin psychologique du Bédouin auquel le Coran s’adresse en particulier. Il faut penser à son milieu, à sa mentalité, à ses besoins, à ses habitudes pour apprécier la forme extérieure du Coran. Il y a le rythme et la rime, qui charment le rude esprit nomade, illettré. Il y a les changements brusques, pour donner des chocs successifs à son esprit, pour le forcer à rester en éveil et attentif au message, en sorte que la prose poétique du Coran ne devienne pas monotone, pour qu’il admire parfois qu’il ne comprend ou ne  médite. Il y a des parenthèses et des digressions pour attirer l’attention sur ce qu’impliquent un fait, une allusion. Il y a des références aux faits connus, des rappels, qui économisent la narration du superflu, le but n’étant pas de raconter une histoire, mais de se servir d’une histoire pour les besoins supérieurs de la réforme spirituelle, du réveil chez l’homme le désir de se distinguer des animaux, des bêtes qui ne savent que de manger et boire, dormir, se multiplier et mourir. »

Les débuts de la Révélation sont une exhortation à la purification, à la patience et à la solidarité humaine qui s’exprime par des aumônes volontaires. L’idée de la résurrection se développe, liée aux événements eschatologiques, pour mettre en relief la puissance créatrice de Dieu qui façonne l’homme et le ramène à Lui au terme de son existence. L’évocation de la fin du monde et du Jugement dernier menace les infidèles qui, en ce monde, persistent à se révolter contre Dieu. Si le châtiment de l’Enfer attend les polythéistes, le bonheur parfait du Paradis récompensera ceux qui s’attellent à réaliser de bonnes œuvres.

La révélation passe ensuite à un autre stade : le malheur peut frapper les impies avant l’extinction de l’humanité, comme ce fut le cas de peuples anciens dont le Coran narre brièvement le supplice précédant leur disparition physique ; ce fut le sort des Adites, des Thamoudites, du peuple de Loth … Cette menace ne fut pas mise à exécution mais elle montrait que Dieu, le Tout-Puissant, pouvait anéantir des communautés entières, si telle est Sa Volonté.

L’opposition quraychite se montre de plus en plus vindicative. Elle prend conscience que la prédication du Prophète (p.p) ébranle les assises de son hégémonie politique et de ses avantages matériels. Le dogme de l’Unicité de Dieu s’affirme désormais avec plus d’insistance pour bien marquer qu’il est tout à fait utopique de prétendre réconcilier la soumission à Dieu et l’orgueil des hommes attachés à des divinités, d’ailleurs, incapables de créer quoi que ce soit ou d’intercéder en faveur de qui que ce soit.

La bonté de Dieu ne saurait soustraire les mécréants au châtiment dans l’au-delà. Aussi, les versets révélés jettent-ils davantage l’effroi dans les coeurs des railleurs et des sceptiques. Au Prophète (p.p), il est rappelé son rôle d’avertisseur, n’ayant aucun pouvoir de forcer les incrédules à entendre la voix de la Vérité. N’étant qu’un mortel au même titre que tous les autres prophètes, sa fonction consiste à transmettre le Message divin à l’humanité et à lui rappeler la punition réservée à l’impiété.

Le Prophète (p.p) élargit le cercle de sa prédication. C’est pourquoi, la Révélation interpelle tous les gens (ayyouha an-nâs), narre la mission des prophètes pour bien marquer l’universalisme de l’islam et présente Abraham comme le père des croyants.

La révélation prend une nouvelle tournure à Médine, où le Prophète (p.p) préside à l’organisation des affaires d’une Communauté musulmane plus forte en nombre et en détermination. La phase de la propagande ouvre la voie à la lutte armée et à l’élaboration des lois de portée juridique et  cultuelle. Le Coran nous informe des conflits qui opposent les croyants aux polythéistes de la Mecque, aux Bédouins, aux hypocrites et aux juifs nommés tantôt « fils d’Israël », tantôt «  ceux qui pratiquent le judaïsme », en fonction des circonstances et de leurs attitudes à l’égard de l’Islam.

Il dépeint les traits caractéristiques des batailles de Badr, d’Ohod, du Fossé et de l’expédition de Tabouk. Dans le même temps, il élabore les textes relatifs au nouvel Etat, à la conduite des membres de la Communauté et aux relations avec les Gens du Livre. C’est au cours de cette période que les fondements du code civil, criminel et international prennent forme en fonction de la poussée des événements et du contexte politique et social.

Que ce soit dans la narration des batailles ou dans le domaine législatif, l’évocation du Jugement dernier et de la juste et équitable rétribution, selon les œuvres de chacun, n’est pas pour autant omise. L’idée de la transcendance de Dieu apparaît à chaque circonstance. Dans l’un et l’autre cas, l’éloge de la foi, du courage et de la constance d’une part, les admonitions et les menaces, d’autre part, se relient à la réaffirmation à l’Unicité de Dieu et à la condamnation de l’associationnisme. (à suivre)

 

 

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