Le décret divin (al-qadar)القدر

Croire au décret divin (al-qadar), sixième article de la foi, c'est croire que rien n'échappe à la science et à la volonté de Dieu. Cette croyance se concilie, selon les écoles, avec la responsabilité de l'être humain et n'invite pas à la passivité.

Que signifie croire au destin (qadar) en islam ?

Le décret divin, ou al-qadar, est le dernier des six articles de la foi. Dans le hadith de Gabriel, le Prophète définit la foi comme le fait de croire en Dieu, en Ses anges, en Ses livres, en Ses messagers, au Jour dernier et « au destin, le bien comme le mal », comme le rappelle l'exposé sur les six piliers de la foi. Pour en savoir plus sur le terme, voir l'entrée Qadar du lexique.

Le mot vient d'une racine arabe qui exprime la mesure, la détermination, la capacité. Le Coran affirme que Dieu a créé toute chose selon une mesure (sourate 54, verset 49). Croire au qadar, c'est donc croire que l'univers et chaque vie s'inscrivent dans une connaissance, une volonté et une sagesse divines : rien n'arrive en dehors de la science de Dieu.

Les théologiens rangent généralement cette croyance sous quelques idées : Dieu sait tout ce qui a été, est et sera ; ce savoir est consigné ; rien n'advient sans Sa volonté ; et Il est le créateur de toute chose. Cet article de foi s'accompagne toujours, dans les textes, du rappel de la responsabilité humaine : le Coran adresse aux hommes des ordres et des interdits, et les appelle à rendre compte de leurs actes devant Dieu, comme le développe la page sur le Jour dernier.

Destin et libre arbitre : comment les concilier ?

C'est l'une des plus anciennes questions de la théologie musulmane : si Dieu sait et veut tout, l'être humain est-il vraiment libre ? Plusieurs réponses ont été données.

Les mu'tazilites (Mu'tazila) insistent sur la justice divine : l'homme est le véritable auteur de ses actes, sans quoi la rétribution au jour du Jugement n'aurait pas de sens. Les ash'arites, une école majeure du sunnisme, mettent l'accent sur la toute-puissance de Dieu et proposent l'idée d'une « acquisition » (kasb) : Dieu crée l'acte, l'homme se l'approprie par son choix et en répond. Les mâturidites, autre grande école, laissent à l'homme une marge de choix plus nette. Chaque courant s'appuie sur des versets, et le débat n'a jamais été clos.

Le philosophe Faker Korchane, fondateur d'une association pour la renaissance de l'islam mu'tazilite, présente cette tradition rationaliste dans Raison et révélation. De son côté, Mohammad Iqbal, penseur du XXe siècle, relit le Coran dans Le fatalisme dans l'islam pour montrer que l'islam veut maintenir le pouvoir d'agir librement de l'homme. Pour le cheikh Khaled Bentounès, la volonté humaine est l'une des qualités divines confiées à l'homme (avec l'intelligence et la parole), qui lui permettent de choisir entre le vrai et le faux, ainsi qu'il l'écrit dans Le salut en islam.

Le fatalisme est-il islamique ? Qu'est-ce que le « mektoub » ?

On entend souvent dire que « tout est écrit » (mektoub, « c'est écrit ») pour justifier la résignation. Le mot est entré dans la langue courante, mais il ne résume pas la doctrine : voir aussi l'entrée du lexique sur le mektoub.

Mohammad Iqbal, dans Le fatalisme dans l'islam, distingue deux choses. Il y a d'un côté une certitude vivante, l'îmân, qui donne au croyant force et calme dans l'épreuve, jusqu'à prier sereinement dans le danger. Il y a de l'autre une forme dégradée de fatalisme, qui a pu s'installer à certaines époques dans le monde musulman, et dont il cherche les causes : certaines lectures philosophiques, l'opportunisme politique de certains pouvoirs qui invoquaient la volonté divine pour excuser leurs actes, et un affaiblissement progressif de l'élan initial. Il rappelle que des théologiens et des savants, comme Hasan de Basra, ont dénoncé ces justifications.

Pour ces auteurs, invoquer le destin pour ne rien faire ou pour excuser le mal est donc une déformation. Le Coran dit que celui qui fait le bien le fait pour lui-même, et celui qui fait le mal, contre lui-même (sourate 17, verset 7), c'est-à-dire qu'il engage sa responsabilité.

S'en remettre à Dieu et agir : le tawakkul

La confiance en Dieu, ou tawakkul, est la façon dont le croyant vit concrètement sa foi au décret divin. Elle ne consiste pas à renoncer aux moyens : elle consiste à faire ce qui dépend de soi, puis à remettre l'issue à Dieu. Une tradition prophétique bien connue résume l'idée par l'image du voyageur qui attache sa monture avant de s'en remettre à Dieu.

Cette attitude a deux effets. Avant l'action, elle encourage l'effort, la préparation et la prudence. Après l'action, elle apaise : on a fait de son mieux, le résultat appartient à Dieu. Le Coran invite à dire, dans l'épreuve, que rien ne nous atteindra sinon ce que Dieu a prescrit pour nous, et que c'est sur Dieu que les croyants doivent s'appuyer (sourate 9, verset 51). Beaucoup de croyants y puisent la patience, qualité très valorisée dans la spiritualité musulmane, et la gratitude lorsque les choses réussissent.

Cette ligne est aussi celle des savants de la spiritualité : le soufisme, qui insiste sur l'abandon à Dieu, n'a jamais enseigné l'inaction. La page consacrée aux invocations et au dhikr montre comment le croyant exprime cette confiance par la prière personnelle (du'â) et le rappel de Dieu. Enfin, la prière de consultation (istikhâra) permet de remettre à Dieu un choix délicat avant de le faire.

Destin et Nuit du Destin : ne pas confondre

Le mot « destin » revient aussi dans l'expression Nuit du Destin (Laylat al-Qadr), qui ne désigne pas le décret divin dans son ensemble. C'est une nuit du mois de Ramadan, que le Coran présente comme meilleure que mille mois, au cours de laquelle la Révélation du Coran a commencé. La racine arabe est la même que celle du mot qadar, d'où la proximité des noms, mais le sujet est différent.

Les musulmans la recherchent traditionnellement pendant les dix derniers jours du Ramadan, en particulier les nuits impaires ; elle est très souvent associée à la nuit du 27, sans que la date exacte ne soit connue avec certitude. Pour en savoir plus, voir le dossier d'Oumma Tout savoir sur la Nuit du Destin et la page consacrée au Ramadan. L'entrée du lexique Laylat al-Qadr donne la définition.

La différence se perçoit aussi dans le vocabulaire : le décret divin concerne la vie entière de chaque être, tandis que la Nuit du Destin est un moment de l'année, vécu en prière, en lecture du Coran et en invocations, que les croyants cherchent à mettre à profit.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le destin en islam ?+

Le destin, ou décret divin (al-qadar), est la croyance que Dieu connaît et a mesuré toute chose, et que rien n'arrive en dehors de Sa science et de Sa volonté. C'est le sixième article de la foi, qui s'accompagne toujours de la responsabilité de l'être humain.

L'homme est-il libre en islam ?+

Oui, dans le sens où il choisit ses actes et en répond devant Dieu. Les théologiens ont proposé plusieurs manières d'articuler cette liberté avec la science et la volonté divines, ce qui explique les différences entre mu'tazilites, ash'arites et mâturidites.

Que veut dire « mektoub » ?+

Le mot arabe signifie « c'est écrit ». Il est employé dans la langue courante pour exprimer l'acceptation de ce qui arrive. Il ne résume pas la doctrine du décret divin, qui n'enseigne pas la résignation passive.

Peut-on changer son destin selon l'islam ?+

La tradition invite à agir, à demander à Dieu par l'invocation et à faire le bien. Les savants rappellent que l'homme ne connaît pas ce qui est décrété : c'est en agissant qu'il découvre ce qui lui arrive, et il est responsable de ses choix.

La Nuit du Destin est-elle la même chose que le décret divin ?+

Non. La Nuit du Destin (Laylat al-Qadr) est une nuit du mois de Ramadan, meilleure que mille mois selon le Coran, où la Révélation a commencé. Le mot partage la même racine que qadar, mais il désigne un événement précis.

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Pour approfondir : nos articles de fond

Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de Mohammad Iqbal, Cheikh Khaled Bentounès, Abdellali MAMOUN, Dr Mohamed Chtatou.