Que sont les anges en islam ?
Les anges (en arabe malâ'ika, au singulier malak) sont des êtres invisibles créés par Dieu. Un hadith les décrit comme créés de lumière (nûr), et le Coran évoque des anges ailés, par deux, trois ou quatre ailes (sourate 35, verset 1). Leur qualité principale est l'obéissance : ils ne désobéissent pas à Dieu et font ce qui leur est ordonné (sourate 66, verset 6). Ils n'enfantent pas et ne se lassent pas de glorifier Dieu.
Croire aux anges fait partie de la foi. Le Coran le place à côté de la croyance en Dieu, aux livres et aux prophètes (sourate 2, verset 285), et le hadith de Gabriel l'inscrit parmi les six articles de la foi (voir aussi Les six piliers de la foi). Tahar Gaïd, dans L'existence des anges, rappelle que la nature des anges nous est connue surtout par la Tradition, tandis que le Coran en précise le rôle.
Ils ne sont ni des dieux, ni des enfants de Dieu : le Coran réfute fermement ces idées de l'Arabie préislamique, selon lesquelles les anges étaient des « filles de Dieu » (sourate 43, verset 19). Ils sont des serviteurs, que le Coran présente comme des modèles d'obéissance. Voir aussi la notice du lexique Anges.
Qui sont Gabriel, Mikaël et les autres anges nommés ?
Gabriel (Jibrîl) est le plus célèbre. Le Coran l'identifie à « l'Esprit fidèle » qui a fait descendre le Coran sur le cœur du Prophète (sourate 26, versets 192 à 195). C'est lui qui a porté la Parole divine aux prophètes, et qui est apparu à Marie pour lui annoncer la naissance de Jésus (sourate 19). Tahar Gaïd souligne que le Coran compare cette mission à une fonction de messager : les anges sont d'ailleurs appelés « envoyés » (rusul). Un autre article, L'Ange Gabriel et la Kaaba vus par les manuels scolaires français, de Moustapha Elhalougi, examine la façon dont les manuels français présentent Gabriel et la Kaaba.
Mikaël (Michel) n'est cité qu'une fois dans le Coran (sourate 2, verset 98). Le Coran évoque aussi, sans le nommer, l'ange de la mort (sourate 32, verset 11), que la tradition appelle 'Azrâ'îl, et Mâlik, gardien de l'enfer (sourate 43, verset 77). C'est la tradition qui nomme Isrâfîl, chargé de sonner la trompette de la Résurrection, ainsi que Munkar et Nakîr, qui interrogent le défunt dans la tombe.
Deux anges, enfin, intriguent les commentateurs : Hârût et Mârût, cités dans la sourate 2, verset 102. Oumma leur a consacré une analyse en deux parties, Hârût et Mârût (1/2) puis (2/2), qui montre la diversité des lectures de cette légende dans les commentaires, en particulier celui d'Ibn Kathîr.
Que font les anges ?
Le Coran et la Tradition leur attribuent des missions variées. Les uns glorifient Dieu sans cesse. D'autres portent Ses ordres, comme Gabriel pour la Révélation. D'autres encore accompagnent les hommes : deux anges, assis à droite et à gauche, consignent leurs paroles et leurs actes (sourate 50, versets 17 et 18, voir aussi sourate 82, versets 10 à 12). Le Coran parle aussi d'anges qui se relaient devant et derrière l'homme pour le garder (sourate 13, verset 11). Au moment de la mort, l'ange de la mort reprend l'âme, et des anges interrogent le défunt dans la tombe (voir Barzakh et Jour dernier).
Les anges interviennent aussi lors d'événements précis. Pendant la nuit du Destin, ils descendent avec l'Esprit (sourate 97, verset 4 ; voir Laylat al-qadr et le Ramadan). Ils assistent aussi aux prières collectives, selon des hadiths bien connus.
Un épisode reste central : la création d'Adam. Dieu annonce aux anges qu'Il va établir un lieutenant sur terre, ils s'étonnent, puis se prosternent devant Adam, à l'exception d'Iblis (sourate 2, versets 30 à 34). Dans Histoire des Prophètes : Adam, cette scène est lue comme l'annonce d'un monde où l'homme devient le dépositaire de la conscience. Voir aussi les prophètes.
Que sont les djinns ?
Les djinns sont une autre création invisible, distincte des anges. Le Coran affirme qu'ils sont créés de feu (sourate 15, verset 27, sourate 55, verset 15) et qu'ils ont, comme les hommes, été créés pour adorer Dieu (sourate 51, verset 56). Contrairement aux anges, ils sont libres : on trouve parmi eux des croyants et des incroyants. La sourate 72, qui porte leur nom, raconte comment une troupe de djinns, après avoir entendu le Coran, déclare y croire.
Tahar Gaïd, dans L'existence des Djinns, rappelle que l'islam admet leur réalité, qu'ils forment des communautés, qu'ils périssent et seront ressuscités. Il note que les rationalistes (les mu'tazilites, puis Ibn Sînâ ou Ibn Khaldoun) y ont vu des allégories, point de vue que la majorité des musulmans n'a pas suivi. Pour se protéger du mal, on récite traditionnellement les deux dernières sourates du Coran, la 113 et la 114, et l'on dit « euzoubillah », « je cherche refuge en Dieu ».
La croyance populaire a beaucoup brodé autour des djinns (possession, magie, lieux hantés). Une psychothérapeute interrogée par Oumma, dans la vidéo Possédés par les djinns ?, invite à distinguer ce qui relève de la croyance religieuse de ce que la médecine et la psychologie savent expliquer. Pour en savoir plus sur la pratique religieuse qui s'y rapporte, voir roqya et djinn.
Qui est Iblis, et que veut dire shaytan (Satan) ?
Iblis est la figure du refus et de l'orgueil. Le Coran raconte qu'à l'ordre de se prosterner devant Adam, il s'est dérobé, arguant qu'il était créé de feu alors qu'Adam l'était d'argile (sourate 7, verset 12). Chassé, il a obtenu un délai pour tenter les hommes, sauf les serviteurs sincères de Dieu. Asma Sassi, dans Quand Iblis devint « shaytan », explique que le mot shaytan vient d'une racine qui signifie « détourner quelqu'un de son intention » : le nom d'Iblis tient à son refus, celui de shaytan à son rôle de tentateur.
Les savants se demandent s'il était un ange ou un djinn. Le Coran affirme qu'il « était du nombre des djinns » (sourate 18, verset 50), ce que retiennent beaucoup de savants ; d'autres, tel Al-Baydâwî selon l'article, lui attribuent une double nature. Cette question, écrit l'auteure, n'a pas reçu de réponse unanime.
Le shaytan n'a aucun pouvoir de contrainte : il suggère, il n'impose pas (le Coran le fait dire : « je n'avais sur vous aucune autorité », sourate 14, verset 22). Les musulmans demandent donc régulièrement la protection de Dieu contre lui (voir Sheitan). La question du mal rejoint celle du décret divin et du libre arbitre, que l'article met en perspective.


















