Que veut dire euzoubillah ?
Euzoubillah transcrit la formule arabe a'ûdhu bi-llâh (أعوذ بالله). A'ûdhu veut dire « je cherche refuge », « je me mets sous la protection » ; bi-llâh, « auprès d'Allah ». Le verbe vient de la racine '-w-dh, qui exprime l'idée de s'abriter auprès de quelqu'un de plus fort.
La forme complète ajoute ce contre quoi l'on se protège : a'ûdhu bi-llâhi mina sh-shaytâni r-rajîm, « je cherche refuge auprès d'Allah contre Satan le lapidé ». Les juristes nomment ce geste isti'âdha ou ta'awwudh. La même racine a donné le nom des deux dernières sourates du Coran, appelées al-mu'awwidhatân, « les deux qui donnent refuge », car elles commencent par « Je cherche protection auprès du Seigneur ».
La graphie euzoubillah suit la prononciation turque, eûzübillâh, répandue aussi dans les Balkans et chez les musulmans d'origine turque en France. Au Maghreb, on entend a'oudhou billah ou 3oudou billah (le chiffre 3 note la lettre 'ayn) ; en anglais, audhubillah.
Euzoubillah dans le Coran
La règle vient de la sourate 16 : « Lorsque tu lis le Coran, demande la protection d’Allah contre le Diable banni » (sourate 16, verset 98). C'est pourquoi la lecture du Coran commence par l'isti'âdha, suivie de bismillah. Un autre verset la recommande face aux mauvaises incitations : « Et si jamais le Diable t’incite à faire le mal, cherche refuge auprès d’Allah » (sourate 7, verset 200).
Les mots exacts a'ûdhu bi-llâh sont prononcés par Moïse, quand son peuple l'accuse de se moquer de lui : « Qu’Allah me garde d’être du nombre des ignorants » (sourate 2, verset 67). Marie emploie le même verbe devant l'ange : « Je me réfugie contre toi auprès du Tout Miséricordieux » (sourate 19, verset 18). Le sens défensif, « Dieu m'en garde », est donc déjà coranique.
Quand dit-on euzoubillah ?
On la dit d'abord avant de réciter le Coran, dans la salât comme en dehors. Dans son article Comment faire la prière ?, Ismaël Amin la place après l'invocation d'ouverture et avant la Fâtiha. Les écoles divergent ici : la majorité la recommande au début de la récitation, tandis que l'école malikite ne la prononce pas dans la prière obligatoire.
La tradition la recommande aussi dans la colère. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète vit deux hommes se disputer et dit qu'une parole suffirait à calmer l'un d'eux : « je cherche refuge auprès d'Allah contre Satan ». Elle se dit encore après un mauvais rêve, devant une pensée troublante ou une tentation, ce qui la rapproche de la roqya.
Dans la langue de tous les jours, euzoubillah exprime enfin le rejet : « Moi, voler ? Euzoubillah ! ». Elle n'appelle pas de réponse particulière. Il ne faut pas la confondre avec starfoullah, astaghfiru-llâh, « je demande pardon à Dieu », qui s'emploie parfois de la même façon mais demande le pardon et non la protection. Pour Sheitan, voir l'entrée consacrée à ce nom.

