Inna lillahi wa inna ilayhi raji'un

إنا لله وإنا إليه راجعون

Prononciation : innā li-llāhi wa innā ilayhi rājiʿūn · Autres graphies : inna lillahi wa inna ilayhi rajioun, innalillahi, inna lillah, inalilahi wa inna ilayhi raji un, inalilahi

Définition

Inna lillahi wa inna ilayhi raji'un : Littéralement « nous appartenons à Dieu et c'est à Lui que nous retournons ». On la prononce à l'annonce d'un décès, ou face à un malheur. Elle exprime la patience et l'acceptation de la volonté divine.

Que veut dire inna lillahi wa inna ilayhi raji'un ?

La formule se compose de deux phrases. Innâ li-llâhi, « certes nous sommes à Allah » : innâ réunit inna, « certes », et nâ, « nous », et li-llâh marque l'appartenance. Wa innâ ilayhi râji'ûn, « et certes c'est vers Lui que nous retournons » : ilayhi veut dire « vers Lui », et râji'ûn est le pluriel de râji', « celui qui revient », de la racine r-j-', le retour.

La première phrase dit que la vie, les proches et les biens n'appartiennent pas à l'homme mais à Dieu, qui les a confiés pour un temps. La seconde rappelle que chacun Le rejoindra. Le mot râji'ûn étant un participe, la phrase peut se traduire au présent (« nous retournons ») comme au futur (« nous retournerons »).

Les savants appellent le fait de la prononcer l'istirjâ', de la même racine : « dire le retour ». Pour tout ce qui concerne les rites qui suivent un décès, toilette, prière funéraire, enterrement et temps du deuil, voir la page La mort et le deuil en islam.

Le verset 156 de la sourate 2

La phrase est tirée du Coran, dans la sourate Al-Baqara. Le passage commence par une annonce d'épreuves : « Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants » (sourate 2, verset 155). Le verset suivant définit ces endurants : ce sont ceux qui disent, quand un malheur les atteint, « Certes nous sommes à Allah, et c’est à Lui que nous retournerons » (sourate 2, verset 156). Le troisième verset leur promet la récompense : « Ceux-là reçoivent des bénédictions de leur Seigneur, ainsi que la miséricorde; et ceux-là sont les biens guidés » (sourate 2, verset 157).

La formule est donc liée à la vertu de sabr, la patience dans l'épreuve. L'idée du retour à Dieu revient ailleurs dans le Coran, par exemple dans l'invocation du voyageur, qui se termine par « C’est vers notre Seigneur que nous retournerons » (sourate 43, verset 14). Ahmadou M. Kanté ouvre son article Crimes, angoisses et résilience, écrit après une série de meurtres au Sénégal, par ces trois versets, qu'il présente comme une guidance pour traverser les malheurs collectifs.

Quand dit-on inna lillahi wa inna ilayhi raji'un ?

On la dit d'abord à l'annonce d'une mort : en apprenant le décès d'un proche, dans un message de condoléances, dans un faire-part. Les communiqués des associations musulmanes la reprennent souvent ; celui de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, publié par Oumma en 2008 à la disparition d'Azzedine Houacine, se termine par la formule et sa traduction.

Le verset parle pourtant de malheur (musîba) au sens large, et non de la seule mort. On la prononce aussi après un accident, une maladie, une perte d'argent, un échec ou une mauvaise nouvelle. Une tradition prophétique enseigne qu'il faut la dire dès le choc : selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète dit à une femme qui pleurait sur une tombe que la patience se montre au premier coup.

Elle ne demande pas de cacher sa peine. Les pleurs sont admis par la tradition, qui rapporte que le Prophète pleura la mort de son fils Ibrahim. La formule accompagne la douleur ; ce qu'elle écarte, ce sont les cris et les paroles de révolte contre Dieu.

Que répondre à inna lillahi wa inna ilayhi raji'un ?

La formule n'est pas une salutation et n'a pas de réponse fixe. Celui qui l'entend la redit souvent à son tour, puis présente ses condoléances. Les formules les plus répandues sont Allah yarhamou, « qu'Allah lui fasse miséricorde » (Allah yarhamha pour une femme), et l'arabe classique a'zama Allâhu ajrakum, « qu'Allah augmente votre récompense ». Au Maghreb, on dit aussi lbaraka f'rassek, « que la bénédiction reste sur ta tête », pour souhaiter longue vie à celui qui reste.

Pour la personne frappée par le deuil, la tradition propose une suite. Selon un hadith rapporté par Muslim, Oumm Salama entendit le Prophète enseigner que celui qui, touché par un malheur, dit la formule puis Allâhumma ajirnî fî musîbatî wa akhlif lî khayran minhâ (« ô Dieu, récompense-moi dans mon épreuve et donne-moi mieux à la place ») recevra mieux de Dieu. Elle le dit à la mort de son mari Abou Salama, et épousa ensuite le Prophète. Cette invocation n'est donc pas la réponse que l'on adresse à autrui, mais celle que l'endeuillé dit pour lui-même ; on peut y répondre par amin.

Peut-on la dire pour un non-musulman ?

La formule parle de celui qui la prononce : nous sommes à Dieu, nous retournons à Lui. Elle exprime le choc d'une perte et rappelle que tout être humain revient à son Créateur. Pour cette raison, de nombreux savants admettent qu'on la dise à l'annonce de la mort d'un non-musulman, qu'il s'agisse d'un voisin, d'un collègue ou d'une personnalité. La question de la prière pour le pardon du défunt est un sujet distinct, sur lequel les avis divergent.

Oumma l'a montré en 2020 à la mort du basketteur Kobe Bryant : l'universitaire américain Omid Safi avait conclu son message d'hommage par « Inna lilah wa inna ilayhi raji'un », rapporte l'article sur l'émotion des personnalités musulmanes américaines. Après l'attentat de Christchurch, le footballeur australien Bachar Houli disait de son côté aux familles des victimes que « nous appartenons à Dieu et que c'est vers Lui que nous retournerons », dans un article consacré à sa visite.

Comment l'écrire en arabe et en français ?

En arabe, la formule s'écrit إنا لله وإنا إليه راجعون, et avec les voyelles du Coran إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ. En lettres latines, les transcriptions varient beaucoup : inna lillahi wa inna ilayhi raji'un, inna lillah wa inna ilayhi raaji'oon, innalillahi wa inna ilayhi rajioun, ou raji3oun, le 3 notant la lettre 'ayn. Toutes sont admises, à condition de garder les deux parties : écrire seulement « inna lillah » coupe la phrase au milieu.

On évite en revanche les déformations qui changent les mots, comme « rajiroun ». La traduction française la plus courante suit Hamidullah : « Certes nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons ». Pour les autres formules employées au moment d'un deuil, la page Invocations et dhikr et l'entrée janâza donnent des repères.

Exemple d'emploi

Inna lillahi wa inna ilayhi raji'un, nous venons d'apprendre son décès.

Ce qu'on répond

Allahumma ajirni fi musibati (ô Dieu, récompense-moi dans mon épreuve)

Dans le Coran

  • Coran

    « Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants, »

    Sourate 2, verset 155 →
  • Coran

    « qui disent, quand un malheur les atteint: «Certes nous sommes à Allah, et c’est à Lui que nous retournerons. »

    Sourate 2, verset 156 →
  • Coran

    « Ceux-là reçoivent des bénédictions de leur Seigneur, ainsi que la miséricorde; et ceux-là sont les biens guidés. »

    Sourate 2, verset 157 →
  • Coran

    « C’est vers notre Seigneur que nous retournerons». »

    Sourate 43, verset 14 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : La mort et le deuil

Questions fréquentes

Que veut dire inna lillahi wa inna ilayhi raji'un en français ?+

La formule signifie « Certes nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons ». Elle vient du verset 156 de la sourate 2. Les musulmans la prononcent à l'annonce d'un décès ou devant un malheur, pour dire que la vie appartient à Dieu et que chacun revient à Lui.

Que répondre à inna lillahi wa inna ilayhi raji'un ?+

Il n'y a pas de réponse obligatoire. On redit souvent la formule, puis on présente ses condoléances : Allah yarhamou (qu'Allah lui fasse miséricorde), a'zama Allâhu ajrakum (qu'Allah augmente votre récompense) ou, au Maghreb, lbaraka f'rassek. L'invocation Allâhumma ajirnî fî musîbatî est dite par l'endeuillé lui-même ; on y répond par amin.

Dans quelle sourate se trouve inna lillahi wa inna ilayhi raji'un ?+

Dans la sourate 2, Al-Baqara, au verset 156. Elle fait partie d'un passage de trois versets (155 à 157) qui annonce les épreuves, décrit les endurants qui disent cette phrase quand un malheur les atteint, et leur promet les bénédictions et la miséricorde de leur Seigneur. Le passage se lit sur la page de la sourate 2.

Quand faut-il dire inna lillahi wa inna ilayhi raji'un ?+

Au moment où l'on apprend un décès, mais aussi devant tout malheur : maladie, accident, perte, mauvaise nouvelle. Le verset parle de malheur au sens large. La tradition recommande de la dire au premier choc, car c'est là, selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, que se montre la vraie patience.

Comment écrire inna lillahi wa inna ilayhi raji'un en arabe ?+

On l'écrit إنا لله وإنا إليه راجعون, ou avec les voyelles إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ. La phrase compte cinq mots : innâ (certes nous), li-llâhi (à Allah), wa innâ (et certes nous), ilayhi (vers Lui), râji'ûn (retournons).

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Voir aussi