Que veut dire Allahou akbar ?
Allahou akbar transcrit l'arabe Allâhu akbar (الله أكبر). Allâhu est le nom de Dieu au cas sujet ; akbar est l'élatif de l'adjectif kabîr, « grand ». En arabe, cette forme sert à la fois de comparatif et de superlatif : « plus grand », « le plus grand ». Employée seule, sans complément, elle laisse entendre « plus grand que tout », « plus grand que ce que l'on peut concevoir ». C'est pourquoi « Dieu est grand », traduction courante dans les médias, est incomplète : la formule affirme que rien ne Lui est comparable.
Le mot vient de la racine k-b-r, qui exprime la grandeur. Elle donne deux noms de Dieu : al-Kabîr, « le Grand », que le Coran associe à al-Muta'âl, « le Sublime » (sourate 13, verset 9), et al-Mutakabbir, celui qui possède toute grandeur. Prononcer la formule se dit takbîr, « proclamer la grandeur », tout comme tasbîh désigne le fait de dire subhanallah et tahmîd celui de dire hamdoulah.
Les graphies varient : Allahou akbar, Allahu akbar, Allah akbar (forme parlée qui supprime la voyelle finale), Allahouakbar. En arabe, on écrit الله أكبر.
Allahou akbar dans le Coran
La formule exacte Allâhu akbar ne se trouve pas dans le Coran, mais l'ordre de proclamer la grandeur de Dieu y revient plusieurs fois, avec le verbe kabbara. L'un des premiers textes révélés le dit en deux mots : « Et de ton Seigneur, célèbre la grandeur. » (sourate 74, verset 3). La sourate 17 se termine sur le même ordre, appuyé : « Et proclame hautement Sa grandeur. » (sourate 17, verset 111).
Deux versets lient le takbîr aux deux fêtes. À propos du jeûne du Ramadan : « afin que vous en complétiez le nombre et que vous proclamiez la grandeur d’Allah pour vous avoir guidés » (sourate 2, verset 185) ; c'est le fondement du takbîr de l'Aïd al-Fitr. À propos des bêtes sacrifiées : « Ainsi vous les a-t-Il assujettis afin que vous proclamiez la grandeur d’Allah » (sourate 22, verset 37) ; c'est celui de l'Aïd al-Adha.
Le mot akbar figure aussi dans un verset souvent cité à propos du dhikr : « Le rappel d’Allah est certes ce qu’il y a de plus grand. » (sourate 29, verset 45).
Allahou akbar dans la prière
La prière commence par un takbîr : debout, tourné vers la qibla, le fidèle lève les mains à hauteur des oreilles ou des épaules et dit Allahou akbar. C'est le takbîrat al-ihrâm, « le takbîr de consécration » : à partir de ce moment, il n'est plus permis de parler ni de manger jusqu'à la fin de la prière. Sans lui, la prière n'est pas valable : les hanafites le classent parmi les conditions de la prière, les autres écoles parmi ses piliers. Le tutoriel d'Oumma Comment faire la prière le présente comme le fait de « rentrer en consécration ».
La formule revient ensuite à chaque changement de position, quand on s'incline, se prosterne ou se relève : ce sont les takbîrât al-intiqâl, les takbîrs de passage, recommandés et non obligatoires. Une prière de quatre rak'a en compte ainsi plus de vingt. La prière de l'Aïd ajoute des takbîrs supplémentaires au début de chaque unité, dont le nombre varie selon les écoles.
Après la prière, un hadith rapporté par Mouslim recommande de dire 33 fois subhanallah, 33 fois al-hamdu lillâh et 33 fois Allahou akbar, puis de compléter la centaine par l'attestation de l'unicité. Une autre tradition, rapportée par Boukhari et Mouslim, enseigne à Fatima de dire Allahou akbar 34 fois avant de dormir.
Allahou akbar dans l'adhân
L'adhân, l'appel à la prière lancé par le muezzin, s'ouvre et se termine par Allahou akbar. Dans la forme la plus répandue, la formule est dite quatre fois au début ; l'école malikite, suivie au Maghreb, ne la dit que deux fois, selon l'usage de Médine. Elle revient deux fois à la fin, avant « il n'y a de divinité qu'Allah ». L'iqâma, le second appel qui annonce le début de la prière, commence et finit de la même façon.
C'est donc la première parole que l'on entend d'une mosquée, cinq fois par jour, et celle que beaucoup de familles récitent à l'oreille d'un nouveau-né, en lui disant l'adhân. Pendant les dix premiers jours de dhou al-hijja et les jours de l'Aïd al-Adha, les fidèles répètent un takbîr plus long : « Allahou akbar, Allahou akbar, lâ ilâha illa Llâh, Allahou akbar, Allahou akbar, wa li-Llâhi l-hamd ».
Une formule de joie et d'admiration
Dans la vie de tous les jours, Allahou akbar exprime l'émerveillement, le soulagement ou la joie : devant un paysage, une naissance, une victoire, une nouvelle inespérée. Dans un texte publié par Oumma en 2017, Amine Ajar rappelle que les croyants disent Allahou akbar « devant la beauté de la nature, d'une œuvre d'art » ou devant « un acte de générosité ».
Oumma a relevé plusieurs de ces usages publics. En janvier 2020, l'acteur Ramy Youssef ouvre son discours de remerciement aux Golden Globes par « Je voudrais remercier mon Dieu. Allahou Akbar ». En mai 2024, à Leeds, l'écologiste Mothin Ali conclut le discours de son élection au conseil municipal par « Allahu Akbar ». En 2015, le pape François est accueilli aux cris d'Allahou akbar dans la mosquée centrale de Bangui, en Centrafrique.
Dans les rassemblements, un orateur lance parfois « Takbîr ! », et la foule répond « Allahou akbar ! ».
Allahou akbar et son détournement médiatique
Des auteurs d'attentats se réclamant de l'islam ont crié Allahou akbar au moment de tuer. La répétition de ces images a fini par associer la formule à la violence dans une partie de l'opinion, au point que beaucoup de musulmans hésitent à la prononcer en public. Les savants et les institutions musulmanes rappellent que ces actes contredisent la formule même qu'ils invoquent.
Oumma a documenté les effets de cette association. En janvier 2015, à Villers-Cotterêts, un garçon de 9 ans accusé d'avoir crié « Allah akbar » pendant une minute de silence est entendu par les gendarmes ; le procureur juge ensuite les soupçons « totalement infondés ». En mai 2016, la police du Grand Manchester présente des excuses publiques pour avoir fait crier la formule au faux assaillant d'un exercice antiterroriste. Dans Allahou akbar ! La langue arabe criminogène ?, Amine Ajar dénonce l'usage médiatique qui salit des mots coraniques au sens positif.
Aucune loi française n'interdit de prononcer la formule. Comme toute parole, elle peut seulement entrer dans la qualification d'un délit selon le contexte.











