Que veut dire ahlan ?
Ahlan (أهلا) est la forme adverbiale du nom ahl, qui désigne en arabe la famille, la maisonnée, les gens d'un lieu. Le même mot se retrouve dans ahl al-bayt, « les gens de la maison » du Prophète, ou dans ahl al-kitâb, « les gens du Livre ». Dire ahlan à quelqu'un, c'est lui signifier qu'il arrive parmi des proches et non chez des étrangers.
La formule complète est ahlan wa sahlan (أهلا وسهلا). Le second mot, sahl, désigne une plaine, un terrain sans obstacle, et par extension ce qui est facile. Les grammairiens arabes expliquent l'expression par un verbe sous-entendu : « tu es venu chez une famille et tu as foulé une terre facile ». Le sens courant est simplement « soyez le bienvenu, faites comme chez vous ».
Que répondre à ahlan ?
La réponse d'usage reprend le mot en le renvoyant à celui qui accueille : ahlan bik à un homme, ahlan biki à une femme, ahlan bikoum à un groupe. On entend aussi ahlan wa sahlan bik, ou au Maghreb bik ahlan. Le principe est le même que pour toute salutation dans la culture arabe : rendre au moins autant qu'on a reçu.
Le Coran ne contient pas la formule ahlan, mais il pose cette règle de courtoisie : « Si on vous fait une salutation, saluez d'une façon meilleure; ou bien rendez-la (simplement) » (sourate 4, verset 86). L'accueil des hôtes y est aussi illustré par Abraham, qui reçoit des visiteurs inconnus et leur sert aussitôt un repas (sourate 51, verset 25).
Ahlan, marhaban, salam aleykoum : quelle différence ?
Ces trois mots se croisent souvent dans une même phrase d'accueil, mais ils n'ont pas la même portée. Salam aleykoum, « la paix soit sur vous », est la salutation religieuse que les musulmans échangent en se rencontrant, à laquelle on répond par wa aleykoum salam. Ahlan et marhaban (مرحبا, au Maghreb marhba) sont des formules d'hospitalité, employées par tous les arabophones, chrétiens compris. Marhaban vient de rahb, « vaste » : on offre à l'hôte un lieu où il est au large.
Dans l'usage, on salue d'abord par salam aleykoum, puis on accueille par ahlan wa sahlan ou marhba bik. Au Liban, en Syrie ou en Égypte, ahlan employé seul est devenu un « salut » familier, que l'on prononce souvent ahlein. Dans le Golfe, on entend plutôt hala ou ya hala.
Comment écrire ahlan ?
Les transcriptions varient : ahlan, ahlane, ahlen, ahla. La formule longue s'écrit ahlan wa sahlan, ahlane oua sahlane ou ahlan ou sahlan. En arabe, le n final ne s'écrit pas en lettre : il est porté par un double signe de voyelle (le tanwîn) au-dessus de l'alif, d'où la forme أهلاً.
Le mot n'a pas de sens caché. Il appartient, comme sbah el kheir pour le matin ou habibi pour les proches, au vocabulaire quotidien de la politesse arabe, que les familles maghrébines ont transmis en France à côté du salam plus bref.
