Que veut dire amin ?
Amin transcrit l'arabe âmîn (آمين), un mot invariable que les grammairiens classent parmi les « noms de verbe » : il a la valeur d'un impératif adressé à Dieu, istajib, « exauce ». On le traduit le plus souvent par « ainsi soit-il » ou « qu'il en soit ainsi ». Les dictionnaires arabes admettent deux prononciations, âmîn avec un a long, la plus courante, et amîn avec un a bref.
Le mot se rattache à la racine sémitique '-m-n, qui exprime la solidité, la sûreté et la confiance. En arabe, elle donne aussi îmân, la foi, amâna, le dépôt confié, et amn, la sécurité. L'hébreu amen, que les juifs prononcent à la fin des bénédictions et que les chrétiens ont repris, appartient à la même famille. Juifs, chrétiens et musulmans concluent ainsi leurs prières par des mots apparentés.
Le mot âmîn ne figure pas dans le Coran. Il vient de la pratique du Prophète, transmise par les hadiths, et de l'usage de la langue arabe.
Pourquoi dit-on amin après la Fâtiha ?
La Fâtiha, récitée à chaque unité de la prière, se termine par une demande : « Guide-nous dans le droit chemin, » (sourate 1, verset 6), puis « le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés » (sourate 1, verset 7). Le fidèle répond aussitôt âmîn, pour demander que cette prière soit exaucée. Dans le tutoriel Comment faire la prière, Oumma transcrit ainsi la fin de la sourate : wa la-ddallin, amin.
Un hadith rapporté par Boukhari et Mouslim lie ce mot aux anges : quand l'imam dit « ni des égarés », les fidèles disent âmîn, et celui dont l'âmîn coïncide avec celui des anges voit ses péchés passés pardonnés. Les juristes en tirent que le mot est recommandé (sunna) et non obligatoire : la prière reste valable si on l'oublie.
Les savants rappellent qu'âmîn ne fait pas partie de la sourate. On ne l'écrit pas dans le texte du Coran et on ne le récite pas comme un verset ; c'est une réponse à la prière que l'on vient de prononcer.
Amin à voix haute ou à voix basse ?
C'est l'une des divergences visibles entre les écoles juridiques, que l'on remarque en priant dans une mosquée d'une autre tradition. Pour les chaféites et les hanbalites, l'imam et les fidèles disent âmîn à voix haute dans les prières où la récitation est audible (aube, coucher du soleil, nuit) ; la mosquée résonne alors d'un âmîn collectif. Pour les hanafites, on le dit à voix basse.
L'école malikite, majoritaire au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, demande au fidèle qui prie derrière l'imam de le dire à voix basse. Selon l'avis le plus connu de l'école, l'imam lui-même ne le prononce pas dans les prières à voix haute. Chaque école s'appuie sur des hadiths qu'elle juge plus probants ; aucune ne considère que l'autre manière annule la prière.
Amin dans les invocations et la vie quotidienne
Hors de la prière rituelle, amin conclut tout du'â. Celui qui écoute une invocation y répond par amin, et beaucoup terminent la leur par Allahoumma amin, « ô Dieu, exauce », ou amin ya Rabb al-'âlamîn, « exauce, Seigneur des mondes ». Lors d'un sermon du vendredi, les fidèles répondent amin aux invocations de l'imam.
Dans la conversation, amin est la réponse naturelle à tout vœu : à « inchallah tu vas réussir », à Allah yarhamou pour un défunt, à barakallahoufik. On l'écrit amin, amine, âmîn ou, sous l'influence de l'anglais, ameen.
Amin ou Amine : ne pas confondre
Le prénom Amine vient d'un autre mot : amîn (أمين), avec un a bref, qui veut dire « digne de confiance ». Il revient souvent dans le Coran, par exemple quand Noé, Hûd ou Sâlih se présentent à leur peuple : « Je suis pour vous un messager digne de confiance » (sourate 26, verset 107). Avant la révélation, les Mecquois surnommaient Muhammad al-Amîn, « le digne de confiance ». Le féminin, amîna (أمينة), a donné le prénom Amina.
Les deux mots partagent la racine de la confiance, mais pas le sens : âmîn est une réponse à une prière, amîn un qualificatif.

