Qu'est-ce que l'école malikite ?
L'école malikite (al-madhhab al-mâlikî, en arabe المالكية), ou malikisme, est l'une des quatre écoles juridiques (madhhab) reconnues par les sunnites, avec les écoles hanafite, chaféite et hanbalite. Ses adeptes sont les malikites, qu'on écrit aussi malékites ; on parle encore, au Maghreb, du « rite malékite ».
Elle porte le nom de l'imam Mâlik ibn Anas, né à Médine vers 711 et mort dans la même ville en 795, surnommé « l'imam de Médine ». Il passa toute sa vie dans la ville du Prophète, où il enseigna le hadith et le droit. Son livre, le Muwatta', « le chemin aplani », réunit des hadiths, des avis de Compagnons et la pratique médinoise, classés par thèmes de droit. C'est l'un des plus anciens ouvrages de l'islam parvenus jusqu'à nous.
Le malikisme est l'école dominante au Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie. Il domine aussi en Afrique de l'Ouest et au Soudan, et il est suivi aux Émirats arabes unis. En France, c'est l'école la plus répandue, parce que la majorité des musulmans y sont d'origine maghrébine ou ouest-africaine.
Quelles sont les sources de l'école malikite ?
Comme les autres écoles, le malikisme part du Coran et de la Sunna. Son trait propre est la pratique des habitants de Médine ('amal ahl al-Madîna) : pour Mâlik, ce que la ville du Prophète faisait collectivement, transmis de génération en génération, valait mieux qu'un hadith isolé rapporté par un seul transmetteur.
L'école recourt ensuite au consensus (ijmâ'), à l'analogie (qiyâs), et surtout à deux outils qu'elle a particulièrement développés : l'intérêt général non prévu par les textes (maslaha mursala) et la fermeture des moyens (sadd al-dharâ'i'), qui interdit un acte permis lorsqu'il mène presque sûrement à un mal. La coutume ('urf) y tient aussi une place notable. Ces outils sont décrits dans la page Usûl al-fiqh.
Le juriste malikite andalou al-Shâtibî (mort en 1388) a tiré de cette tradition la théorie des finalités de la Loi (maqâsid), présentée par Nabil Ennasri dans Pour une nouvelle architecture des maqâsid.
Comment le malikisme s'est-il diffusé ?
Les disciples de Mâlik l'ont porté en Égypte, puis à Kairouan, en Tunisie, où Sahnûn (mort en 854) compila la Mudawwana, grande somme de l'école. L'Andalou Yahyâ ibn Yahyâ al-Laythî rapporta en Espagne la version du Muwatta' la plus lue aujourd'hui. Au XIe siècle, la dynastie almoravide imposa le malikisme dans tout le Maghreb occidental. Deux manuels ont formé des générations d'élèves : la Risâla d'Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî (Xe siècle) et le Mukhtasar de Khalîl (XIVe siècle). Le philosophe Averroès (Ibn Rushd) fut lui-même cadi malikite à Séville et à Cordoue.
Aujourd'hui encore, l'enseignement traditionnel le transmet. Baptiste Brodard décrit, dans une école coranique du Sahara algérien et dans une mahdara de Mauritanie, le « suivi scrupuleux du madhab malékite », associé au dogme ach'arite et au soufisme. Le Maroc a fait de ce triptyque, malikisme, ach'arisme et soufisme, la base officielle de son islam, comme l'explique Mohamed Chtatou dans Religion, gouvernance et société au Maroc.
Le malikisme en pratique et en France
Plusieurs usages des mosquées maghrébines viennent de l'école. Les malikites prient en général les bras le long du corps, au lieu de les croiser. Dans les ablutions, ils exigent de frotter les membres avec la main (dalk). Ils tiennent le chien vivant pour pur, y compris sa salive : l'Union des mosquées de France s'appuie sur cet avis dans Le chien n'est pas impur, en présentant le malikisme comme l'école « la plus représentative de l'islam en France, comme elle l'est au Maghreb et en Afrique de l'ouest ». Mohammed Moussaoui le redit à propos de la PMA.
L'école est aussi au centre de débats. Des courants salafistes contestent l'attachement à une école et l'imitation des savants (taqlîd), comme le montre Hocine Kerzazi dans Les 5 piliers du salafisme. À l'inverse, des États du Maghreb mettent en avant le « rite malékite » comme rempart contre l'extrémisme : l'Algérie lui consacre un colloque annuel.
Attention aux homonymes : Mâlik est aussi, dans le Coran, le nom de l'ange gardien de l'Enfer (sourate 43, verset 77), et al-Malik, « le Souverain », est un nom de Dieu. L'« ange de la mort » se dit malak al-mawt, avec un a.






