Que signifie fard ?
Fard (فرض, fard) désigne une obligation religieuse. La racine f-r-d signifie d'abord « entailler », puis « fixer, déterminer » : une obligation est une part fixée par Dieu. On rencontre aussi le mot farîda (pluriel farâ'id), et l'expression « faire ses fard » pour dire accomplir ses prières obligatoires.
Dans la classification des juristes, le fard est le premier des cinq statuts des actes : obligatoire, recommandé (mustahabb), permis (mubâh), déconseillé (makrûh) et interdit (haram). Celui qui accomplit un fard est récompensé ; celui qui le délaisse sans excuse est en faute. Celui qui en nie le caractère obligatoire alors qu'il est établi par un texte clair, comme la prière, sort de la foi selon les savants.
Le mot fard dans le Coran
Le Coran emploie la racine pour ce que Dieu fixe. À propos de l'héritage, après avoir énuméré les parts des enfants et des parents : « Ceci est un ordre obligatoire de la part d’Allah, car Allah est, certes, Omniscient et Sage » (sourate 4, verset 11). C'est pourquoi la science du partage successoral s'appelle 'ilm al-farâ'id. Le verset sur les bénéficiaires de la zakât se termine de même : « C'est un décret d'Allah » (sourate 9, verset 60), où « décret » traduit farîda.
Le même verbe sert pour le mahr, la dot que le mari « fixe » à son épouse (sourate 2, verset 237), et pour le pèlerin qui « se décide » à accomplir le Hajj (sourate 2, verset 197). Pour les grandes obligations, le Coran emploie aussi le verbe kutiba, « il a été prescrit » : « On vous a prescrit aS-Siyâm comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous » (sourate 2, verset 183).
Fard 'ayn et fard kifâya
Les juristes distinguent deux sortes d'obligations. Le fard 'ayn, obligation « personnelle », s'impose à chaque musulman : les cinq prières quotidiennes (salât), le jeûne du Ramadan, la zakât pour qui atteint le seuil, le Hajj une fois dans la vie pour qui en a les moyens. Personne ne peut s'en acquitter à la place d'un autre.
Le fard kifâya, obligation « de suffisance », pèse sur la communauté : si une partie des musulmans l'accomplit, les autres en sont déchargés ; si personne ne s'en charge, tous sont en faute. Ainsi de la prière funéraire, de l'enseignement de la religion, de la médecine ou des métiers dont la société a besoin. Éric Chaumont rappelle, dans Peut-on qualifier le droit musulman de « coranique » ?, que l'effort des juristes pour comprendre la loi relève lui-même du fard kifâya.
Dans la prière, on appelle aussi fard les éléments sans lesquels elle n'est pas valide (arkân), comme la récitation de la Fâtiha ou l'inclinaison ; et l'on distingue les deux unités obligatoires de l'aube des deux unités de sunna qui les précèdent.
Fard, wâjib, sunna : quelles différences ?
Pour les écoles malikite, chaféite et hanbalite, fard et wâjib sont synonymes. L'école hanafite les distingue : le fard repose sur une preuve certaine, comme un verset clair ou un hadith transmis par de très nombreuses chaînes ; le wâjib, sur une preuve seulement probable. La prière du witr ou l'aumône de la fin du Ramadan sont ainsi wâjib chez les hanafites.
La sunna, ou acte recommandé, n'est pas obligatoire : la prière nocturne des tarawih au Ramadan, très suivie, en est un exemple. La confusion entre les deux est fréquente.
Une obligation suppose une personne responsable (mukallaf) : pubère, saine d'esprit et capable. Avant la puberté, l'enfant n'est pas tenu ; la tradition recommande toutefois de l'habituer à la prière dès sept ans, selon un hadith rapporté par Abou Daoud. Le malade et le voyageur bénéficient d'allègements, prévus par le Coran pour le jeûne.
« Est-ce obligatoire ? » : les débats actuels
Certaines obligations font l'objet de débats publics. Razika Adnani montre dans Quand des musulmans affirment que le jeûne n'est pas obligatoire comment des voix contemporaines relisent le verset 184 de la sourate 2, alors que la quasi-totalité des savants tiennent le jeûne pour obligatoire en s'appuyant sur le verset 185.
Pour le voile, la majorité des juristes anciens et contemporains tiennent pour obligatoire que la femme couvre ses cheveux, en lisant le verset 31 de la sourate 24 ; d'autres lectures y voient une exigence de pudeur sans forme fixe. L'article La notion de « voile » dans le Coran analyse le vocabulaire en jeu, et la page hijâb détaille le mot.




