Que signifie haram ?
Haram transcrit l'arabe harâm (حرام), « interdit, illicite ». On écrit aussi haraam, harâm, ou 7aram dans l'écriture des réseaux sociaux, où le chiffre 7 note le h arabe. Le contraire de haram est halal, « permis ». Le verbe harrama signifie « interdire », et le nom tahrîm, « l'interdiction ».
Dans le vocabulaire des juristes, le haram est la plus forte des interdictions. Il se distingue du makrûh, le « déconseillé », dont l'abstention est récompensée mais dont la pratique n'est pas un péché. Il est l'exact opposé du fard, l'obligation.
Haram : l'interdit et le sacré
La racine h-r-m désigne ce qui est mis à part, soustrait à l'usage ordinaire. Elle donne à la fois l'interdit et le sacré, car ce qui est sacré est protégé contre toute atteinte. La grande mosquée de La Mecque, autour de la Kaaba, est al-Masjid al-Harâm, « la Mosquée sacrée » : le Coran la nomme ainsi au verset 1 de la sourate 17. Les villes de La Mecque et de Médine sont appelées les Haramayn, les « deux sanctuaires ».
Le Coran compte aussi quatre mois sacrés (al-ashhur al-hurum), durant lesquels le combat était proscrit (sourate 9, verset 36). L'ihrâm est l'état de sacralisation du pèlerin, qui lui interdit certains actes ordinaires. Un mahram est un proche avec lequel le mariage est interdit. Le mot français harem vient de la même racine : il désignait la partie de la maison interdite aux étrangers.
Recherchée en ligne sous la forme « masjid al haram », l'expression ne veut donc pas dire « mosquée interdite », mais « mosquée sacrée ».
Que dit le Coran sur ce qui est haram ?
Le Coran énumère peu d'interdits alimentaires : « Certes, Il vous interdit la chair d’une bête morte, le sang, la viande de porc et ce sur quoi on a invoqué un autre qu’Allah » (sourate 2, verset 173). Le même verset lève l'interdit pour celui qui est contraint par la nécessité.
Les interdits majeurs sont d'ordre moral. Le Coran les résume ainsi : « Mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes (les grands péchés), tant apparentes que secrètes, de même que le péché, l’agression sans droit et d’associer à Allah ce dont Il n’a fait descendre aucune preuve, et de dire sur Allah ce que vous ne savez pas » (sourate 7, verset 33). Le verset 151 de la sourate 6 ajoute le meurtre et le tort fait aux parents. Il interdit aussi l'intérêt usuraire, le riba (sourate 2, verset 275).
Le Coran met en garde contre l'excès inverse : « O les croyants: ne déclarez pas illicites les bonnes choses qu’Allah vous a rendues licites » (sourate 5, verset 87). Il blâme ceux qui inventent des interdits au nom de Dieu (sourate 16, verset 116).
Comment les savants définissent le haram
Les juristes classent les actes en cinq catégories : obligatoire, recommandé, permis, déconseillé et interdit. Le haram est ce dont l'abstention est exigée de façon ferme, par un texte clair du Coran ou de la Sunna. La règle la plus citée dit que, dans la vie courante, le principe est la permission (al-asl fî l-ashyâ' al-ibâha) : c'est l'interdiction qui doit être prouvée.
Tous les interdits n'ont pas le même poids. Les savants distinguent les grands péchés (kabâ'ir), comme le meurtre ou l'association, des fautes mineures. Ils distinguent aussi ce qui est interdit en soi, comme le vol, de ce qui l'est par ce à quoi il mène. Entre le licite et l'illicite, un hadith célèbre, rapporté par Boukhari et Muslim, évoque des choses « équivoques » dont la prudence recommande de s'écarter.
L'islamologue Jean-Paul Charnay rappelait dans une chronique d'Oumma que les juristes de l'âge classique ont su créer ces catégories intermédiaires, et regrettait une « surenchère normative » contemporaine qui réduit tout au couple halal et haram.
« C'est haram ? » : les questions les plus posées
Beaucoup de recherches portent sur des sujets précis. Les réponses varient selon les savants, et aucune n'a valeur de fatwa universelle.
Le don d'organes : les grandes instances, du Conseil européen de la fatwa à l'Académie de droit musulman de La Mecque, l'autorisent sous conditions, et interdisent leur commerce, comme l'expose Le don d'organes est autorisé et encouragé en islam.
Noël et Halloween : certains savants interdisent toute participation à une fête d'origine non musulmane ; d'autres distinguent la fête sociale du rite religieux. William Blob défend la seconde lecture dans Le musulman peut-il fêter Noël ?, et l'article Islam et Halloween rapporte la position souple du Dar al-Ifta égyptien.
L'intérêt bancaire : la majorité des oulémas l'assimile au riba interdit ; plusieurs grands muftis d'Égypte ont soutenu le contraire, comme le rappelle Khalid Chraibi dans La charia, le riba et la banque.
La musique : la majorité des juristes classiques a condamné les instruments, en s'appuyant sur des hadiths dont la solidité est discutée ; d'autres, comme Ibn Hazm, les ont permis, et la tradition soufie a fait de l'audition musicale un exercice spirituel, comme l'explique Jean During dans un entretien avec Oumma.
Haram dans le langage courant
Dans les familles maghrébines, « c'est haram » sert souvent à dire qu'une chose ne se fait pas : jeter du pain, gaspiller, manquer de respect. Il s'agit souvent de convenances, que le dialecte désigne plutôt par hchouma, la honte. Le mot sert aussi d'exclamation de pitié : « haram, le pauvre ! ».
Le nom du groupe armé nigérian Boko Haram est une formule en haoussa et en arabe souvent traduite par « l'éducation occidentale est interdite ». Les savants et les institutions musulmanes ont condamné ses crimes ; Oumma l'a qualifié dès 2014 de secte dangereuse qui se réclame de l'islam.











