Que signifie le mot charia ?
Cette entrée explique le mot. Pour les sources du droit musulman, les écoles juridiques et les finalités de la charia, voir la page complète Charia, fiqh et halal.
Charia transcrit l'arabe sharî'a (شريعة), de la racine sh-r-', qui exprime l'idée de s'engager sur un chemin. L'historienne Jacqueline Chabbi, dans La charia, histoire et fantasmes, rappelle que le mot désignait dans l'Arabie ancienne la piste qui conduit les chameaux à un point d'eau affleurant : rester sur la bonne piste, dans le désert, était une question de vie ou de mort.
On écrit aussi sharia, shari'a, chari'a ou shariah. Le verbe shara'a, « tracer une voie, légiférer », donne tashrî', la législation, et l'adjectif shar'î, « conforme à la charia ». On le retrouve dans la roqya char'iya, la roqya jugée conforme aux textes, ou dans la finance dite « charia-compatible ».
Le mot charia dans le Coran
Le mot n'apparaît qu'une fois : « Puis Nous t’avons mis sur la voie de l’Ordre [une religion claire et parfaite]. Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas » (sourate 45, verset 18). Hamidullah traduit donc sharî'a par « voie ».
Un mot de même racine, shir'a, figure dans un verset qui reconnaît la pluralité des communautés : « A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre » (sourate 5, verset 48). Le verbe apparaît aussi : « Il vous a légiféré en matière de religion, ce qu’Il avait enjoint à Noé » (sourate 42, verset 13). Dans ces versets, le mot désigne la religion révélée dans son ensemble, et non un recueil de peines.
Charia, fiqh, loi : ne pas confondre
La charia est la voie voulue par Dieu ; le fiqh est la compréhension humaine qui en tire des règles, avec ses méthodes (usûl al-fiqh), ses écoles (madhhab) et ses avis (fatwa). Traduire charia par « loi islamique » efface cette distinction.
Alain Gresh rapporte, dans « Il y a charia et charia », que pour la plupart des juristes de l'époque classique la charia restait en grande partie inconnaissable : ils présentaient leurs règles comme des opinions, non comme la loi de Dieu elle-même. Les codes écrits sont venus tard, avec les États modernes et la colonisation.
Les contresens sur la charia
Dans le débat public, le mot sert souvent d'épouvantail et se réduit aux châtiments corporels. Ceux-ci ne sont qu'une petite partie du droit musulman, qui traite surtout du culte, de la famille, des contrats et de la morale. À l'inverse, des groupes qui prétendent « appliquer la charia » s'en servent pour imposer leurs règles, notamment aux femmes.
Sur ce point, l'article de Khalid Chraibi Charia, droits des femmes et lois des hommes montre que le contenu attribué à la charia varie d'un pays à l'autre : le Code marocain de la famille de 2004, fondé sur une lecture de la charia, place la famille sous la responsabilité conjointe des deux époux. Le mot ne recouvre pas non plus la même chose pour tous les fidèles : en Indonésie, rapporte un article de 2013, beaucoup l'associent d'abord à la justice sociale.









