Usûl al-fiqh

أصول الفقه

Prononciation : uṣūl al-fiqh · Autres graphies : usul al-fiqh, principes du droit

Définition

Usûl al-fiqh : Les fondements ou méthodologie du droit islamique : science qui établit les sources et les règles d'interprétation permettant de déduire une norme. Elle classe les sources en Coran, Sunna, consensus (ijmâ') et analogie (qiyâs), outre d'autres principes selon les écoles.

Que signifie usûl al-fiqh ?

Usûl est le pluriel de asl, « racine, fondement » ; fiqh signifie « compréhension ». L'expression usûl al-fiqh (أصول الفقه) veut donc dire « les fondements de la compréhension », sous-entendu de la loi révélée. On la traduit par « fondements du droit », « sources du droit » ou « théorie du droit musulman ».

Le fiqh est l'ensemble des règles pratiques : comment prier, jeûner, se marier, commercer, hériter. Les usûl sont la méthode qui permet de les établir : d'où vient une règle, avec quel degré de certitude, et comment on la tire d'un texte. Les juristes les comparent aux racines d'un arbre dont le fiqh serait les branches (furû'). Il ne faut pas les confondre avec les usûl al-dîn, « fondements de la religion », qui désignent la théologie.

Éric Chaumont, dans Peut-on qualifier le droit musulman de « coranique » ?, rappelle que la maîtrise de cette science est la condition pour devenir mujtahid, juriste capable d'un effort d'interprétation personnel (ijtihâd).

Comment est née la science des usûl ?

On en attribue la fondation au juriste al-Shâfi'î (mort en Égypte en 820), auteur d'un ouvrage intitulé simplement al-Risâla, « L'Épître ». À son époque, des compréhensions de la loi très différentes circulaient dans l'empire, sans terrain commun pour en débattre. Selon Chaumont, en posant une théorie des sources, al-Shâfi'î a ouvert un espace de discussion : on pouvait désormais argumenter, et les règles du fiqh devenaient des « présomptions » raisonnées plutôt que des certitudes.

Deux manières d'écrire les usûl se sont ensuite développées : celle des théologiens, chaféites et malikites surtout, qui part des principes pour en déduire les règles, et celle des hanafites, qui dégage les principes à partir des solutions de leurs maîtres. Parmi les ouvrages marquants figurent al-Mustasfâ d'al-Ghazâlî (mort en 1111) et al-Mahsûl de Fakhr al-Dîn al-Râzî. Au XIVe siècle, le malikite andalou al-Shâtibî a développé dans al-Muwâfaqât la théorie des finalités de la Loi (maqâsid), que présente Nabil Ennasri dans Pour une nouvelle architecture des maqâsid.

Les sources du droit selon les usûl

Pour la majorité des sunnites, les sources se classent par force décroissante : le Coran, la Sunna, le consensus des savants (ijmâ') et le raisonnement par analogie (qiyâs). Les théoriciens rattachent cet ordre au verset « Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d'entre vous qui détiennent le commandement », qui ajoute : en cas de désaccord, « renvoyez-le à Allah et au Messager » (sourate 4, verset 59).

D'autres sources sont discutées et font l'identité des écoles (madhhab) : la préférence juridique (istihsân) chez les hanafites ; la pratique des habitants de Médine, l'intérêt général (maslaha) et la fermeture des moyens menant au mal chez les malikites ; la coutume ('urf), l'avis d'un Compagnon, la présomption de continuité (istishâb). Tahar Mahdi range, dans Le concept d'ijtihâd, l'intérêt public, la préférence juridique et la coutume parmi les sources « relevant de la divergence ». Les chiites duodécimains retiennent le Coran, la Sunna, le consensus et la raison.

Lire les textes et qualifier les actes

Le second volet des usûl est une théorie de la lecture. Un impératif exprime-t-il toujours une obligation, ou parfois une recommandation ? Une règle générale ('âmm) est-elle restreinte par un texte particulier (khâss) ? Un verset clair l'emporte-t-il sur un passage ambigu ? Quel texte en abroge un autre ? Le Coran lui-même distingue des versets « sans équivoque » et d'autres « qui peuvent prêter à d'interprétations diverses » (sourate 3, verset 7).

C'est aussi dans les usûl que sont définies les cinq qualifications des actes : obligatoire (fard ou wâjib), recommandé (mustahabb), permis (mubâh), déconseillé (makrûh) et interdit (haram). La page Charia, fiqh et halal montre comment ces outils produisent la diversité des avis.

La discipline reste vivante. Tayeb Chouiref présente, dans Mufti et Soufi, l'ancien mufti d'Égypte 'Alî Jum'a comme un spécialiste des usûl al-fiqh, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet.

Dans le Coran

  • Coran

    « O les croyants! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation (et aboutissement). »

    Sourate 4, verset 59 →
  • Coran

    « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre: il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l’égarement, mettent l’ accent sur les versets à équivoque cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent: «Nous y croyons: tout est de la part de notre Seigneur!» Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. »

    Sourate 3, verset 7 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Charia, fiqh et halal

Questions fréquentes

Que veut dire usul al-fiqh ?+

Usûl al-fiqh signifie « les fondements de la compréhension » de la loi. C'est la science qui définit les sources du droit musulman (Coran, Sunna, consensus, analogie) et les règles pour en tirer des normes. Le fiqh donne les règles pratiques ; les usûl expliquent comment on les obtient. La discipline est née avec la Risâla d'al-Shâfi'î, au début du IXe siècle.

Quelle est la différence entre fiqh et usul al-fiqh ?+

Le fiqh est l'ensemble des règles pratiques : prière, jeûne, mariage, contrats, héritage. Les usûl al-fiqh sont la méthode qui permet de les établir : quelles sources utiliser, dans quel ordre, et comment lire un texte. Les juristes comparent les usûl aux racines d'un arbre et le fiqh à ses branches.

Quelles sont les sources du droit musulman ?+

Pour la majorité des sunnites, quatre sources principales : le Coran, la Sunna du Prophète, le consensus des savants (ijmâ') et l'analogie (qiyâs). Les écoles y ajoutent des sources discutées : l'équité (istihsân), l'intérêt général (maslaha), la coutume ('urf) ou la pratique de Médine. Les chiites duodécimains retiennent le Coran, la Sunna, le consensus et la raison.

Qui a fondé les usul al-fiqh ?+

On en attribue la fondation à Muhammad ibn Idrîs al-Shâfi'î, mort en Égypte en 820, fondateur de l'école chaféite. Son ouvrage al-Risâla, « L'Épître », est le premier exposé systématique des sources du droit et de la manière de les lire. Il existe une traduction française de Lakhdar Souami, parue en 1997.

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