Qu'est-ce que la prière en islam ?
La prière rituelle, la salât, est l'acte d'adoration par excellence. Elle se distingue de l'invocation libre (du'â) et de la remémoration de Dieu (dhikr), que l'on peut faire à tout moment : la salât, elle, suit une forme précise et se pratique à des heures déterminées. C'est le deuxième des cinq piliers de l'islam, juste après la chahada. Le Coran l'associe très souvent à l'aumône : « Accomplissez la salât et acquittez la zakât » (sourate 2, verset 43), et rappelle qu'elle est « prescrite aux croyants à des temps déterminés » (sourate 4, verset 103).
Elle est obligatoire pour tout musulman pubère et sain d'esprit, femme ou homme. Dans l'introduction que le site lui consacre, elle est présentée comme un rythme qui structure la journée du croyant : l'aube, le midi, l'après-midi, le soir et la nuit. Le fidèle peut prier chez lui, au travail, dans la nature ou à la mosquée, sur un tapis ou tout autre endroit propre.
On parle souvent du sens de ce geste. Dans son texte sur les mérites de la prière, Abdelmajid Hassi reprend la pensée d'al-Ghazâlî : ce qui compte n'est pas seulement la forme, mais la présence du cœur, la compréhension de ce que l'on récite et l'humilité. Sans cela, avertit-il, les gestes risquent de rester une forme vide. Tareq Oubrou aborde le même thème sous un angle très concret avec la question « La prière aide-t-elle à vivre ? ».
Comment faire les ablutions (wudû') avant la prière ?
Il n'y a pas de prière valide sans pureté rituelle. C'est pourquoi la salât est toujours précédée d'ablutions, qui sont à la fois une hygiène et une préparation intérieure : on se purifie avant de se présenter devant Dieu. Le Coran en donne le principe : se laver le visage, les mains jusqu'aux coudes, passer la main mouillée sur la tête et laver les pieds (sourate 5, verset 6). Il existe trois formes de purification.
Les petites ablutions (wudû'). Le guide publié par Oumma, « Prière : comment faire les ablutions ? », les décrit dans l'ordre : on formule l'intention dans son cœur, on dit le nom de Dieu, on se lave les mains, on se rince la bouche et le nez, on lave le visage, puis les bras jusqu'aux coudes, on passe la main mouillée sur la tête et les oreilles, et l'on termine par les pieds jusqu'aux chevilles. Les gestes de lavage se font en général trois fois. Les écoles de jurisprudence divergent sur certains détails (ce qui est obligatoire ou simplement recommandé, la nécessité d'enchaîner les gestes), mais le déroulé général est le même. Les petites ablutions sont annulées par les besoins naturels, les vents, un sommeil profond ou la perte de conscience.
Les grandes ablutions (ghusl). Elles consistent à laver tout le corps et sont requises après un rapport sexuel, après une éjaculation, à la fin des règles ou des suites de couches. La vidéo « Comment faire les grandes ablutions ? » détaille l'enchaînement : intention, lavage des mains et des parties intimes, petites ablutions, puis eau sur tout le corps en commençant par la droite, sans oublier les replis.
Le tayammum. Quand l'eau manque ou que son usage est impossible (maladie, par exemple), le croyant peut recourir à la purification sèche, le tayammum : on frappe une fois ou deux la terre propre avec les mains, puis on s'en passe sur le visage et les mains (sourate 4, verset 43). Les écoles ne s'accordent pas sur l'étendue exacte du passage des mains (poignets ou avant-bras).
Comment faire la prière, étape par étape ?
Après les ablutions, on se tourne vers la qibla, la direction de la Kaaba à La Mecque, et l'on forme l'intention de la prière à accomplir. Le guide d'Ismaël Amin, « Comment faire la prière », propose les formules en arabe, leur traduction et des enregistrements. En voici le déroulé de base.
La prière commence par l'adhân (l'appel) et, juste avant de s'aligner, l'iqâma. Le fidèle se tient debout, lève les mains et dit « Allahu akbar » : c'est le takbîr d'ouverture. Il récite alors une louange d'ouverture, demande la protection de Dieu contre Satan, puis la Fatiha, première sourate du Coran, suivie d'un passage du Coran de son choix, aux deux premières unités.
Vient l'inclinaison (rukû') : on s'incline, les mains sur les genoux, en glorifiant Dieu (« Gloire à mon Seigneur, le Très Grand »), puis on se redresse. Ensuite se font deux prosternations (sujûd), front, nez, mains, genoux et orteils au sol, avec une courte assise entre les deux. L'ensemble forme une unité de prière, la rak'a. Les prières comptent deux, trois ou quatre unités selon l'heure. Après la deuxième unité (et à la dernière), on s'assoit pour réciter le tachahhud, la formule du témoignage, puis on conclut par les salutations vers la droite et vers la gauche.
Les détails de posture (position des mains, du regard, voix haute ou basse) varient légèrement entre les écoles, ce qui explique les différences que l'on observe entre mosquées. Amara Bamba décrit cet aspect corporel de la prière, qui engage tout l'être. Pour mémoriser les formules, on peut s'appuyer sur les articles d'Oumma ; l'essentiel est de comprendre ce que l'on dit.
Les cinq prières du jour et leurs horaires
Les cinq prières obligatoires sont : fajr ou sobh (de l'aube au lever du soleil, 2 unités), dhuhr (à la mi-journée, 4), asr (l'après-midi, 4), maghrib (au coucher du soleil, 3) et ichâ (à la nuit, 4). Les horaires varient chaque jour avec le soleil et selon le lieu : ils sont plus tôt en hiver pour le dhuhr, et le crépuscule tardif de l'été complique l'ichâ dans le nord de la France.
Pour connaître les horaires de votre ville, consultez la page horaires de prière. Ils dépendent d'une méthode de calcul, et plusieurs sont en usage : l'angle du soleil sous l'horizon pour l'aube et la nuit diffère d'une organisation à l'autre (15°, 18° ou 19° selon les cas). Oumma détaille ces conventions dans les méthodes de calcul et dans l'article « Comment sont calculés les horaires des prières ? ». Le début de l'asr, par exemple, dépend de la longueur de l'ombre : une fois la taille de l'objet pour les chaféites, malikites et hanbalites, le double pour les hanafites. Pour les situations de nuit très courte, l'article « Horaire des prières » présente les solutions retenues par les savants.
L'appel à la prière, l'adhân, est lancé par le muezzin ; Ibrahim Halitim en rappelle la formule et l'importance dans « Al Adhan ». À ces cinq prières s'ajoutent des prières surérogatoires (nâfila), dont les sunnas qui encadrent les prières obligatoires, la prière de nuit ou encore la prière de consultation (l'istikhâra), que présente Azzedine Gaci : une prière de deux unités suivie d'une invocation pour demander à Dieu de guider un choix.
La prière du vendredi (Jumu'a)
Le vendredi est le jour de la prière collective de la Jumu'a. Elle remplace la prière de dhuhr : deux unités à voix haute, précédées d'un sermon (khutba) donné par l'imam depuis la chaire de la mosquée. Le Coran en fonde le principe : « Ô vous qui croyez ! Quand on appelle à la salât du jour du vendredi, accourez à l'invocation de Dieu et laissez tout négoce » (sourate 62, versets 9 et 10).
Elle est obligatoire pour les hommes adultes, résidents et en bonne santé ; elle n'est pas exigée des femmes (qui peuvent la suivre à la mosquée si elles le souhaitent), ni des voyageurs ou des malades, qui font alors la prière de midi. La vidéo d'Oumma « La prière du vendredi est-elle obligatoire ? » rappelle ces fondements. Les écoles divergent sur le nombre minimal de fidèles requis pour que la Jumu'a soit valide : l'article « La prière » évoque notamment les avis qui exigent une assemblée d'au moins quarante personnes, d'autres retenant des chiffres bien plus faibles.
Le vendredi est aussi un jour de bienséance : grande ablution recommandée, vêtements propres, parfum, arrivée tôt à la mosquée, écoute attentive de la khutba. Une fois la prière terminée, le verset autorise à reprendre ses activités et à « rechercher la grâce de Dieu ». En France, la plupart des mosquées organisent une ou plusieurs séances, pour permettre aux salariés de s'y rendre pendant leur pause.
La prière du voyageur : raccourcir et regrouper
L'islam tient compte de la difficulté du voyage. Le Coran dit qu'il n'y a pas de faute à raccourcir la prière quand on parcourt la terre (sourate 4, verset 101). En pratique, le voyageur réduit à deux unités les prières de quatre unités (dhuhr, asr, ichâ), alors que fajr et maghrib restent inchangés. L'imam Mohamed Bajrafil répond à cette question fréquente dans la vidéo « La prière du voyageur ? », en précisant la durée, la distance et l'objectif du déplacement.
Les écoles ne fixent pas toutes les mêmes critères. Pour la majorité des savants, la distance minimale est de l'ordre de 80 kilomètres ; les hanafites raisonnent plutôt en trois jours de marche, soit une distance comparable. La durée du séjour au-delà de laquelle on cesse d'être considéré comme voyageur varie également selon les écoles (quatre jours chez certains, quinze chez d'autres). En cas de doute, on interroge un savant de confiance.
Le regroupement de deux prières dans un même créneau (dhuhr avec asr, maghrib avec ichâ) est admis pour le voyageur, et plus largement en cas de difficulté réelle, selon des conditions que les écoles précisent. Sur la question que de nombreux salariés se posent, voir la vidéo « Peut-on regrouper ses prières ? ». Pour la période estivale, quand l'ichâ tombe très tard, Oumma a aussi publié un avis théologique sur le regroupement du maghrib et de l'ichâ, qui expose l'argumentation retenue.













