Ce que disent le Coran et la Sunna sur la prière en voyage
La prière reste due en voyage, mais elle est allégée. Le Coran le dit : « Et quand vous parcourez la terre, ce n'est pas un péché pour vous de raccourcir la Salât » (sourate 4, verset 101). Le verset ajoute « si vous craignez que les mécréants ne vous mettent à l'épreuve », car il fut révélé en temps de guerre. Un hadith rapporté par Muslim explique pourquoi la règle vaut aussi en temps de paix : 'Omar s'en étonna auprès du Prophète, qui répondit qu'il s'agit d'une aumône que Dieu fait aux croyants, et qu'il faut accepter Son aumône.
Le Prophète a raccourci ses prières lors de tous ses déplacements, y compris pendant le pèlerinage d'adieu. 'Âïcha rapporte, selon Boukhari et Muslim, que la prière fut d'abord prescrite en deux unités, qu'elle resta ainsi pour le voyageur et fut augmentée pour le résident.
C'est l'esprit que rappelle l'imam qui répondait aux lecteurs d'Oumma dans une série de réponses aux questions du forum : raccourcir la prière en voyage est une faveur divine, qu'il convient d'accepter. L'imam Mohamed Bajrafil, dans la vidéo « La prière du voyageur ? », précise les trois questions qui reviennent toujours : la distance, la durée du séjour et l'objet du déplacement. Notre page sur la prière résume ces règles ; ce guide les détaille.
Comment raccourcir la prière en voyage ?
Le raccourcissement (qasr) ne concerne que les trois prières de quatre unités : dhuhr, asr et ichâ, qui se prient en deux unités. Fajr garde ses deux unités et maghrib ses trois. Chaque prière raccourcie se fait comme une prière de deux unités : la Fâtiha et une sourate dans chaque unité, un seul tachahoud à la fin, puis la salutation finale.
Le statut du raccourcissement varie selon les écoles. Pour les hanafites, c'est une obligation : le voyageur qui prie quatre unités commet une faute. Pour les malikites, c'est une sunna appuyée. Pour les chaféites et les hanbalites, c'est une permission, généralement préférable à la prière complète.
Trois situations reviennent souvent. Le voyageur qui prie derrière un imam résident suit l'imam et prie quatre unités, selon la majorité des savants. Une prière manquée en voyage et rattrapée chez soi se rattrape raccourcie pour plusieurs écoles, complète pour d'autres. Enfin, les prières surérogatoires liées aux prières obligatoires sont souvent laissées en voyage : d'après Ibn 'Omar, le Prophète ne les accomplissait pas en route, mais il gardait les deux unités avant fajr et la prière du witr.
Le vendredi, la prière du vendredi n'est pas obligatoire pour le voyageur selon la majorité : il prie alors dhuhr, raccourci. S'il assiste à la prière du vendredi, elle lui suffit.
À partir de quelle distance et pour combien de jours ?
La distance. Les textes ne donnent pas de chiffre explicite, ce qui explique la diversité des avis. Les malikites, les chaféites et les hanbalites retiennent quatre burud, une ancienne mesure équivalant à environ 80 kilomètres (les calculs modernes vont de 77 à 89 kilomètres). Les hanafites parlent de trois jours de marche, ce qui donne une distance comparable. D'autres savants, comme Ibn Taymiyya, refusent de fixer un seuil et s'en remettent à l'usage : est voyageur celui que les gens considèrent comme en voyage. L'extrait du Dr al-Ajamî publié par Oumma sur le jeûne en voyage rapporte cet avis. La distance se compte pour l'aller, et le raccourcissement commence une fois sorti des dernières habitations de sa ville.
La durée. Celui qui s'arrête quelque part reste-t-il voyageur ? Pour les malikites, les chaféites et les hanbalites, celui qui a l'intention de séjourner plus de quatre jours au même endroit prie normalement dès son arrivée (les modes de calcul de ces quatre jours varient). Pour les hanafites, la limite est de quinze jours. Celui qui ne sait pas quand il repartira, parce qu'il attend la fin d'une démarche, continue de raccourcir, avec une limite fixée par certaines écoles.
L'objet du voyage. La majorité des savants excluent le voyage entrepris pour commettre un péché ; les hanafites ne font pas cette distinction. Un voyage de loisir, d'affaires ou familial ouvre le droit au raccourcissement.
Ces règles laissent une part d'appréciation, notamment pour les trajets réguliers ou les séjours longs. En cas de doute, on interroge un savant de confiance ou l'imam de sa mosquée.
Regrouper les prières et prier en avion ou en train
Le regroupement (jam') consiste à prier deux prières à la suite, dans le temps de l'une d'elles : dhuhr avec asr, et maghrib avec ichâ. Fajr ne se regroupe jamais. On parle de regroupement avancé quand on prie les deux dans le temps de la première, de regroupement retardé quand on les prie dans le temps de la seconde. Le raccourcissement et le regroupement sont deux facilités distinctes : on peut raccourcir sans regrouper.
La majorité des écoles autorise le voyageur à regrouper. Les hanafites ne l'admettent, pour le voyage, qu'à 'Arafa et à Muzdalifa pendant le pèlerinage ; ailleurs, chaque prière reste dans son temps. L'imam Mohamed Bajrafil aborde la question plus large du regroupement pour ceux qui travaillent dans la vidéo « Peut-on regrouper ses prières ? ». Le Conseil théologique musulman de France a aussi publié un avis sur le regroupement du maghrib et de l'ichâ en été, qui s'appuie sur un hadith de Muslim : le Prophète regroupa ses prières à Médine, sans voyage ni pluie, « pour ne pas mettre sa communauté dans la gêne ».
Dans un avion, un train ou une voiture, on prie autant que possible debout et tourné vers la qibla, surtout pour les prières obligatoires. Si c'est impossible, on prie assis à sa place, en faisant l'inclinaison et la prosternation par des mouvements de la tête. Pour les prières surérogatoires, le Prophète priait sur sa monture dans la direction où elle allait, d'après Boukhari. Quand il faut faire les ablutions sans eau disponible, la lustration sèche (tayammum) est permise. Les horaires de prière de la ville de départ et d'arrivée aident à savoir quelle prière tombe pendant le trajet.
L'invocation du voyage et les invocations du voyageur
Le Prophète invoquait Dieu au moment de partir. D'après Ibn 'Omar, dans un hadith rapporté par Muslim, une fois installé sur sa monture, il disait trois fois « Allâhu akbar », puis récitait l'invocation du voyage reproduite ci-dessus. Elle commence par un passage du Coran qui invite à remercier Dieu de nous avoir soumis les montures (sourate 43, versets 13 et 14) ; aujourd'hui, les musulmans la récitent en prenant la voiture, le train ou l'avion. Au retour, le Prophète répétait la même invocation en ajoutant : « Âyibûna, tâ'ibûna, 'âbidûna, li-rabbinâ hâmidûn ».
D'autres formules accompagnent le voyageur. En s'arrêtant dans un lieu, il peut dire « A'ûdhu bi-kalimâti llâhi t-tâmmâti min charri mâ khalaq » : selon Muslim, rien ne lui nuira jusqu'à ce qu'il reparte. À ceux qui partent, on dit volontiers « fî amâni llâh », « sous la protection de Dieu ».
Le voyage est aussi un temps privilégié pour l'invocation personnelle : selon un hadith rapporté par Abû Dâwûd et at-Tirmidhî, l'invocation du voyageur fait partie de celles qui sont exaucées. Les invocations du matin et du soir gardent leur place pendant le trajet.
Pour le jeûne, la règle est voisine : le Coran permet au voyageur de rompre le jeûne du Ramadan et de le rattraper plus tard. Comme le rappelle l'article d'Oumma sur le jeûne en voyage, les Compagnons qui jeûnaient et ceux qui rompaient ne se faisaient aucun reproche.




