Qu'est-ce que le tachahoud dans la prière ?
Le tachahoud (tachahhud en translittération savante) est la formule récitée en position assise pendant la prière. Son nom vient du verbe « ashhadu », « j'atteste », car elle contient l'attestation de foi, la chahada. On l'appelle aussi « at-tahiyyât », d'après son premier mot.
Dans la prière, le fidèle s'assoit après chaque deuxième unité de prière. Dans le guide « Comment faire la prière ? », Ismaël Amin décrit ce moment : après la seconde prosternation, on se redresse en position assise et l'on récite « la prière du témoignage », puis l'on se relève si la prière compte encore des unités, ou l'on poursuit jusqu'à la salutation finale si elle s'achève.
Le tachahoud est un dialogue d'une grande densité. Il commence par une louange adressée à Dieu, se poursuit par un salut au Prophète et à tous les croyants vertueux, et s'achève sur la double attestation qui fonde l'islam. Un hadith rapporté par Boukhari en explique l'origine : les Compagnons disaient d'abord « la paix soit sur Dieu » ; le Prophète les en reprit, car « Dieu est Lui-même la Paix » (as-Salâm), et leur enseigna à la place la formule des salutations. Selon le même hadith, le salut « sur les serviteurs vertueux de Dieu » atteint tout serviteur vertueux dans le ciel et sur la terre.
Tachahoud 1 et 2 : quelle différence ?
Les prières de trois ou quatre unités (dhuhr, asr, maghrib et ichâ) comportent deux positions assises, donc deux tachahouds. Les prières de deux unités, comme fajr, la prière du vendredi ou les prières surérogatoires, n'en comportent qu'un, le dernier.
Le premier tachahoud se récite après la deuxième unité. On s'arrête après la double attestation (« … 'abduhû wa rasûluh »), puis l'on se relève en disant « Allâhu akbar » pour accomplir la troisième unité. Certains savants, notamment chez les chaféites, recommandent d'y ajouter la première partie de la prière sur le Prophète, mais l'usage le plus courant est de s'arrêter à l'attestation.
Le second tachahoud, ou dernier tachahoud, se récite à la fin de la prière. On reprend la même formule, puis on récite la prière sur le Prophète, appelée salât ibrâhîmiyya parce qu'elle mentionne Abraham. On peut ensuite adresser une invocation à Dieu. Le Prophète recommandait notamment, d'après un hadith rapporté par Muslim, de demander refuge contre le châtiment de l'Enfer, le châtiment de la tombe, les épreuves de la vie et de la mort et l'épreuve du Dajjal. La prière se termine par la salutation finale (taslîm) : « as-salâmu 'alaykum wa rahmatu llâh », à droite puis à gauche.
Ces deux moments n'ont pas le même poids. Pour les hanafites et les hanbalites, le premier tachahoud est obligatoire ; pour les malikites et les chaféites, c'est une sunna appuyée. Le dernier tachahoud est un pilier de la prière pour les chaféites et les hanbalites, une obligation pour les hanafites, et une sunna pour les malikites, qui tiennent en revanche pour obligatoire la position assise de la salutation finale.
Les versions du tachahoud selon les écoles
Plusieurs Compagnons ont transmis le tachahoud tel que le Prophète le leur avait appris, avec de légères différences de mots. Les savants considèrent toutes ces versions comme valables : chacune des quatre écoles en a simplement retenu une de préférence.
La version d'Ibn Mas'oud, rapportée par Boukhari et Muslim, est la plus répandue dans le monde. Les hanafites et les hanbalites la privilégient, et c'est celle que l'on trouve dans la plupart des manuels de prière en français.
La version d'Ibn 'Abbâs, rapportée par Muslim, est privilégiée par les chaféites. Elle commence par « at-tahiyyâtu l-mubârakâtu s-salawâtu t-tayyibâtu lillâh » (les salutations bénies, les prières et les bonnes paroles sont pour Dieu).
La version de 'Omar ibn al-Khattâb, que l'imam Mâlik rapporte dans son Muwatta', est celle de l'école malikite, majoritaire au Maghreb et en Afrique de l'Ouest. Elle ajoute « az-zâkiyâtu lillâh » (les œuvres pures sont pour Dieu) et, dans la formule enseignée par les manuels malikites, « wahdahû lâ charîka lah » (Seul, sans associé) après l'attestation. C'est la version que reproduit Ismaël Amin dans son guide de la prière.
Un fidèle peut donc entendre son voisin réciter un tachahoud un peu différent du sien : les deux sont corrects. Le plus simple est d'apprendre la version enseignée dans sa famille ou sa mosquée, et de s'y tenir.
Comment s'asseoir et que faire de l'index ?
La position assise du tachahoud varie, elle aussi, selon les écoles. Dans la position dite iftirâch, on s'assoit sur le pied gauche replié, le pied droit dressé, orteils tournés vers la qibla : c'est la position que décrit Ismaël Amin entre les deux prosternations. Dans la position dite tawarruk, on avance le pied gauche sous la jambe droite et l'on s'assoit à même le sol.
Pour les chaféites et les hanbalites, on prend l'iftirâch au premier tachahoud et le tawarruk au dernier (pour les hanbalites, seulement dans les prières qui comptent deux tachahouds). Les hanafites gardent l'iftirâch dans les deux cas, les malikites le tawarruk dans les deux cas.
Les mains reposent sur les cuisses. Plusieurs Compagnons rapportent que le Prophète pointait l'index de la main droite pendant le tachahoud, les autres doigts repliés. Les écoles divergent sur les détails : le moment où l'on lève le doigt (souvent à l'attestation « illa llâh »), et le fait de le garder immobile ou de le remuer doucement, comme le font de nombreux malikites. Ces différences ne touchent pas la validité de la prière.
Enfin, si l'on oublie le premier tachahoud et que l'on se relève, la plupart des écoles demandent de ne pas revenir en arrière une fois debout, et de compenser l'oubli par la prosternation de l'oubli (sujûd as-sahw), deux prosternations faites à la fin de la prière.
Conseils pour apprendre le tachahoud
Le tachahoud est souvent le deuxième texte qu'apprend un nouveau musulman, après la Fâtiha. Il fait une quarantaine de mots en arabe et se découpe naturellement en quatre phrases : la louange (at-tahiyyât), le salut au Prophète, le salut aux croyants, puis l'attestation. On peut apprendre une phrase par jour, à l'aide de la phonétique, puis la prière sur le Prophète une fois le tachahoud bien fixé.
En attendant de le connaître, la plupart des savants admettent qu'un débutant récite ce qu'il sait, ou dise des formules de louange simples, plutôt que de renoncer à prier : la prière reste due et l'apprentissage se fait progressivement. Le guide de la conversion à l'islam donne d'autres conseils pour les premiers pas.
Comprendre le sens aide à le retenir. Chaque fois qu'il s'assoit, le fidèle rend grâce à Dieu, salue Son Prophète, prie pour tous les croyants vertueux, puis renouvelle l'engagement de sa chahada. Le tachahoud résume ainsi, en quelques secondes, l'essentiel de la foi.




