Madhhab

مذهب

Prononciation : madhhab · Autres graphies : madhab, mazhab, école juridique

Définition

Madhhab : École juridique, c'est-à-dire un courant d'interprétation du droit islamique fondé sur la méthode d'un imam fondateur. Le sunnisme en compte quatre principales, hanafite, malikite, chaféite et hanbalite ; le chiisme a notamment l'école jafarite.

Que signifie madhhab ?

Madhhab (مذهب) vient de la racine dh-h-b, qui signifie « aller, partir ». Le mot désigne au sens propre le chemin par lequel on va, puis la position que l'on adopte et la doctrine que l'on suit. Son pluriel est madhâhib. On l'écrit aussi madhab, ou mazhab selon la prononciation turque et persane.

En droit musulman, le madhhab est une école juridique : un ensemble cohérent de règles de méthode et d'avis sur la prière, le jeûne, le mariage, les contrats ou l'héritage, élaboré à partir de l'enseignement d'un grand juriste et développé par ses disciples pendant des siècles. Les textes français anciens parlent de « rite » (« le rite malékite ») ; l'expression reste courante au Maghreb, mais « école » rend mieux l'idée d'une tradition savante.

Un madhhab relève du fiqh, la compréhension humaine de la loi. Il n'est donc ni une secte ni une branche de l'islam : on peut être sunnite et hanafite, sunnite et malikite. Le mot sert aussi, par extension, pour les écoles de théologie, comme l'ach'arisme ou le maturidisme, mais son sens courant reste juridique.

Quels sont les madhhabs de l'islam ?

Le sunnisme retient quatre écoles, qui portent le nom de leur fondateur. L'école hanafite, née à Koufa autour d'Abû Hanîfa (mort en 767), fait une large place au raisonnement ; elle domine en Turquie, dans les Balkans, en Asie centrale et dans le sous-continent indien. L'école malikite, issue de Mâlik ibn Anas (mort en 795) à Médine, s'appuie sur la pratique des habitants de la ville du Prophète ; elle domine au Maghreb et en Afrique de l'Ouest. L'école chaféite, d'al-Shâfi'î (mort en 820), est répandue en Égypte, au Yémen, en Afrique de l'Est et en Asie du Sud-Est. L'école hanbalite, d'Ahmad ibn Hanbal (mort en 855), la plus attachée à la lettre des textes, domine dans la péninsule Arabique.

D'autres écoles sunnites ont existé puis disparu, comme celle d'al-Awzâ'î en Syrie ou l'école zahirite, littéraliste, dont l'Andalou Ibn Hazm fut le grand représentant. Les chiites duodécimains suivent l'école jafarite, rattachée à l'imam Ja'far al-Sâdiq (mort en 765), qui fut aussi un maître respecté par des savants sunnites. L'ibadisme, présent à Oman, dans le Mzab algérien et à Djerba, a sa propre école.

La page Le sunnisme présente ces écoles plus en détail, et la page Charia, fiqh et halal explique les sources et les méthodes communes.

Pourquoi les madhhabs divergent-ils ?

Les écoles partagent les mêmes sources, le Coran et la Sunna, mais elles ne les lisent pas avec les mêmes outils. Elles n'accordent pas le même poids aux hadiths transmis par une seule chaîne, au consensus (ijmâ'), à l'analogie (qiyâs), à l'intérêt général ou à la coutume. Ces règles de méthode forment les usûl al-fiqh, et ce sont elles qui expliquent la plupart des écarts.

Les divergences touchent surtout la pratique : la position des mains pendant la prière, ce qui annule les ablutions, le montant de certaines aumônes, les conditions du mariage. Les fondements de la foi et les cinq piliers ne sont pas en cause. Les juristes classiques ont d'ailleurs consacré des traités entiers à ces désaccords (ikhtilâf), présentés comme le fruit légitime de l'effort d'interprétation (ijtihâd).

Dans un article sur le traitement médiatique de l'islam, Seydi Diamil Niane rappelle qu'une affirmation sur « la tradition » n'a de sens que si l'on précise de quelle école juridique et de quel savant elle provient.

Faut-il suivre un seul madhhab ?

La réponse divise les musulmans d'aujourd'hui. Les tenants de l'islam dit traditionnel estiment que le fidèle non spécialiste doit suivre une école reconnue (taqlîd, l'imitation des savants), car seul un juriste qualifié peut remonter lui-même aux textes. Au Maghreb, cette fidélité se résume par la formule « malikite dans le droit, ach'arite dans la foi, junaydite dans la spiritualité », que cite Baptiste Brodard dans son article sur la critique réformiste et l'apologie traditionaliste. Le même auteur décrit dans une école coranique du Sahara algérien le « suivi scrupuleux du madhab malékite ».

À l'inverse, des réformistes et les courants salafistes refusent l'attachement exclusif à une école et appellent à revenir directement aux preuves. Ces critiques qualifient parfois de madhabi, relève Brodard, ceux qui s'en tiennent exclusivement à une école. Entre les deux, beaucoup de savants admettent qu'un fidèle suive l'avis d'une autre école sur un point précis, en cas de besoin, sans faire son marché parmi les avis les plus faciles.

En France, la pratique la plus répandue reste celle de l'école malikite. Mohammed Moussaoui, ancien président du Conseil français du culte musulman, le rappelle dans un article sur la PMA : « en France, on peut affirmer que c'est la doctrine malikite qui est la plus présente ».

Pour comprendre en détail : Charia, fiqh et halal, Le sunnisme, Le chiisme

Questions fréquentes

Que veut dire madhhab en islam ?+

Madhhab désigne une école juridique : la méthode et les avis transmis depuis un grand juriste fondateur, comme Abû Hanîfa ou Mâlik. Le mot vient de la racine arabe dh-h-b, « aller », et signifie littéralement « la voie que l'on emprunte ». Un madhhab relève du fiqh, le droit élaboré par les juristes ; ce n'est ni une secte ni une branche de l'islam.

Quels sont les quatre madhhabs sunnites ?+

Ce sont les écoles hanafite (Abû Hanîfa, mort en 767), malikite (Mâlik ibn Anas, mort en 795), chaféite (al-Shâfi'î, mort en 820) et hanbalite (Ahmad ibn Hanbal, mort en 855). Elles se reconnaissent mutuellement. Le hanafisme domine en Turquie et en Asie, le malikisme au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, le chaféisme en Égypte et en Asie du Sud-Est, le hanbalisme dans la péninsule Arabique.

Quel madhhab suivent les musulmans de France ?+

La majorité des musulmans de France, souvent originaires du Maghreb ou d'Afrique de l'Ouest, se rattachent à l'école malikite. Les fidèles d'origine turque suivent en général l'école hanafite, et ceux d'origine comorienne l'école chaféite. Beaucoup de mosquées françaises suivent donc les usages malikites pour la prière, l'Aïd ou la zakât, tout en accueillant des fidèles d'autres écoles.

Les chiites ont-ils un madhhab ?+

Oui. Les chiites duodécimains suivent l'école jafarite, du nom de l'imam Ja'far al-Sâdiq (mort en 765), qu'ils tiennent pour le sixième imam. Elle a ses propres sources de hadiths et ses propres règles, par exemple sur les ablutions ou le mariage temporaire. Une fatwa du cheikh d'al-Azhar Mahmoud Shaltût a déclaré permis aux sunnites de suivre cette école, comme le rappelle la page sur le chiisme.

Peut-on changer de madhhab ?+

La plupart des savants l'admettent : aucune école n'est obligatoire en elle-même, et un musulman peut adopter une autre école ou suivre l'avis d'une autre sur un point précis. Beaucoup mettent toutefois en garde contre le fait de choisir dans chaque école l'avis le plus facile (talfîq), qui peut aboutir à une pratique qu'aucune école ne reconnaît.

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