Que signifie ach'arisme ?
Ach'arisme (الأشعرية, al-ash'ariyya) désigne l'école de théologie fondée par Abû al-Hasan al-Ash'arî. On dit d'un savant qui la suit qu'il est ach'arite (ash'arî). On trouve aussi les graphies ash'arisme, acharisme ou asharisme.
Le nom vient de la tribu des Ash'ar, originaire du Yémen. Al-Ash'arî descendait du compagnon Abû Mûsâ al-Ash'arî, que l'on rencontre souvent dans les recherches : c'est un ancêtre, pas le fondateur de l'école.
L'ach'arisme relève du kalâm, la théologie argumentée, qui expose et défend la croyance (aqîda) avec les outils de la logique. Il ne s'agit pas d'une école de droit : un ach'arite suit aussi une école juridique, le plus souvent chaféite ou malikite. Pour situer cette école parmi les courants sunnites, voir la page sunnisme.
Qui était al-Ash'arî ?
Né à Bassora vers 873, al-Ash'arî se forme auprès du maître mu'tazilite Abû 'Alî al-Jubbâ'î. Vers l'âge de quarante ans, autour de l'an 300 de l'Hégire (912), il quitte cette école et se range aux positions des gens du hadith, dont l'imam Ahmad ibn Hanbal était la figure. Sa nouveauté tient à la méthode : il défend ces positions avec les arguments rationnels qu'il avait appris chez les mu'tazilites. Il meurt à Bagdad vers 935.
Ses disciples font de sa pensée une école. Al-Bâqillânî (mort en 1013), puis al-Juwaynî (mort en 1085), surnommé l'imam des deux sanctuaires, la systématisent. La madrasa Nizâmiyya, ouverte à Bagdad en 1067, lui donne une assise officielle. Abû Hâmid al-Ghazâlî, élève d'al-Juwaynî à Nichapour, y enseigne à partir de 1091, comme le rappelle Mohamed Chtatou dans son portrait du théologien.
Que croient les ach'arites ?
Sur les actes humains, l'ach'arisme cherche une voie entre la prédestination absolue et la liberté créatrice défendue par les mu'tazilites. Dieu crée les actes, et l'homme les acquiert (kasb) : il les choisit et en porte la responsabilité. Les ach'arites citent ce verset : « c'est Allah qui vous a créés, vous et ce que vous fabriquez » (sourate 37, verset 96). Le sujet rejoint la croyance au décret divin.
Sur Dieu, ils affirment que ses attributs (science, puissance, volonté, parole) sont réels et éternels. Le Coran est la parole incréée de Dieu, contre la thèse mu'tazilite d'un Coran créé. Les croyants verront Dieu dans l'au-delà, selon le verset qui décrit des visages « qui regarderont leur Seigneur » (sourate 75, verset 23), sans que l'on puisse dire comment. Pour les expressions qui semblent prêter à Dieu un visage ou des mains, les premiers ach'arites s'en remettent à Dieu sans les expliquer ; les plus tardifs les interprètent souvent au sens figuré.
Sur la morale, le bien et le mal se connaissent d'abord par la révélation. Enfin, le croyant qui commet un grand péché reste musulman, contrairement à ce que soutenaient les kharidjites.
Où l'ach'arisme est-il suivi aujourd'hui ?
L'ach'arisme est enseigné à al-Azhar, au Caire, à côté du maturidisme. Il est la théologie de référence au Maghreb, où un poème didactique d'Ibn 'Âshir (XVIIe siècle) résume l'identité religieuse marocaine par trois noms : la croyance d'al-Ash'arî, le droit de Mâlik et la voie spirituelle d'al-Junayd. On le retrouve aussi en Afrique de l'Ouest, au Yémen et en Asie du Sud-Est.
L'école reste vivante, mais discutée. Le courant traditionaliste issu du hanbalisme, et à sa suite le salafisme, lui reproche l'interprétation figurée des attributs divins. Des penseurs réformistes lui reprochent l'inverse, une trop grande méfiance envers la liberté humaine.
Ce qu'en dit Oumma
Dans son histoire des courants de l'islam, Jacques Huntzinger décrit l'ach'arisme comme une synthèse adoptée par les califes abbassides après l'échec des mu'tazilites, et le juge « la voie centrale de l'islam sunnite ». Omero Marongiu-Perria rappelle, dans Qu'est-ce qu'un musulman ?, que l'ach'arisme est lié à l'école juridique chaféite et le maturidisme à l'école hanafite, et que les deux écoles refusent d'exclure de l'islam le croyant pécheur.
Hakim Fedaoui appelle de son côté à passer d'une théologie ach'arite à une théologie de la responsabilité : il critique la cosmologie de la substance et des accidents héritée des Grecs et souhaite « un nouvel acha'risme », plus fidèle au Coran.




