Que signifie kharidjisme ?
Kharidjisme vient de l'arabe khawârij (الخوارج), pluriel de khârijî, du verbe kharaja, « sortir ». Les kharidjites sont « ceux qui sont sortis » : sortis des rangs de l'armée de 'Alî, selon le sens historique ; sortis de la communauté, selon le sens que leur ont donné leurs adversaires. On écrit aussi kharijisme, kharijite, kharéjite ou khawarij.
On les a aussi appelés Harûriyya, du nom de Harûrâ', le village près de Koufa où ils se retirèrent d'abord. Comme le montre Omero Marongiu-Perria dans Qu'est-ce qu'un musulman ?, ils n'ont jamais formé un ensemble uni, mais une série de groupes qui partageaient quelques convictions sur le pouvoir et la foi.
Comment sont nés les kharidjites ?
En 657 (37 de l'Hégire), la bataille de Siffîn, sur l'Euphrate, oppose le calife Ali au gouverneur de Syrie, Mu'âwiya. Les Syriens brandissent des exemplaires du Coran et réclament un arbitrage ; 'Alî l'accepte. Une partie de ses soldats, souvent des lecteurs du Coran, le refuse : selon eux, des hommes n'ont pas à juger d'une question que Dieu a tranchée. Leur cri est devenu célèbre : lâ hukma illâ li-llâh, « pas de jugement sinon celui de Dieu », reprise d'une formule coranique : « Le jugement n'appartient qu'à Allah » (sourate 6, verset 57).
Rachid Id Yassine explique, dans son article sur l'identité sunnite, qu'ils virent dans l'arbitrage une trahison, puis combattirent 'Alî. Celui-ci les écrase à Nahrawân en 658. En 661, l'un d'eux, Ibn Muljam, poignarde 'Alî dans la mosquée de Koufa. Ce conflit appartient à la grande discorde, qui a vu naître les divisions entre sunnites, chiites et kharidjites.
Que croyaient les kharidjites ?
Sur le pouvoir, ils prônaient l'égalité des croyants : tout musulman irréprochable, arabe ou non, pouvait diriger la communauté, et un calife qui commettait une faute devait être destitué. Cette idée attira des convertis non arabes, mal traités par les Omeyyades.
Sur la foi, la plupart jugeaient que l'auteur d'un grand péché cessait d'être croyant. Les plus radicaux, les Azraqites, disciples de Nâfi' ibn al-Azraq, déclaraient mécréants tous les musulmans qui ne les rejoignaient pas et s'autorisaient à les tuer, femmes et enfants compris, comme le rappelle Mohamed Talbi dans un texte sur la commanderie du bien. D'autres groupes, comme les Sufrites et les Ibadites, refusèrent cette violence. Ce rejet du takfîr généralisé est l'une des positions que les théologiens sunnites ont construites contre eux.
Aux VIIIe et IXe siècles, des mouvements kharidjites gagnent le Maghreb, où ils fondent des États, comme celui des Rustamides de Tahert, en Algérie, qui était ibadite.
Que disent les hadiths sur les khawârij ?
Plusieurs hadiths, rapportés notamment par Boukhari et Mouslim, décrivent des gens à la piété apparente qui récitent le Coran sans qu'il dépasse leur gorge et qui sortent de la religion comme une flèche traverse le gibier. La tradition sunnite les a appliqués aux kharidjites de Nahrawân. Une parole célèbre attribuée à 'Alî résume le reproche fait à leur slogan : une parole vraie, par laquelle on veut le faux.
Ces textes expliquent pourquoi le mot sert aujourd'hui d'accusation. De nombreux savants musulmans ont qualifié de « khawârij » des groupes armés contemporains qui déclarent les autres musulmans apostats. Jacques Huntzinger, dans son histoire des courants de l'islam, voit dans les kharidjites les « ancêtres des radicaux de l'islam ». Le mot est cependant employé avec prudence par les historiens : il désigne un mouvement précis du VIIe siècle, et les ibadites, qui en sont issus, rejettent ce nom.




