Fitna

فتنة

Prononciation : fitna · Autres graphies : fitnah, discorde

Définition

Fitna : Mot polysémique du Coran : épreuve, tentation, persécution ou discorde. En histoire, la fitna désigne les guerres civiles des premiers temps de l'islam, après la mort d'Othman. Le contexte détermine le sens.

Que signifie fitna ?

Fitna (فتنة) vient de la racine f-t-n. Le grand dictionnaire arabe d'Ibn Manzûr, le Lisân al-'arab, en donne le sens premier : fatana se dit de l'orfèvre qui fond le métal précieux pour en séparer l'or pur des impuretés. La fitna est donc d'abord une mise à l'épreuve par le feu, qui révèle ce que vaut une chose.

De ce sens concret viennent plusieurs sens dérivés. Omero Marongiu-Perria les range en trois sphères dans Les musulmans souffrent-ils d'une pathologie fitnatique ? : les épreuves que Dieu envoie pour éprouver la foi ; le désordre social, quand les croyants se combattent entre eux ; et les tentations contre lesquelles chacun lutte. S'y ajoutent la persécution, la sédition et, dans quelques versets, le châtiment lui-même.

Il n'existe donc pas de traduction unique. « Discorde », la plus courante en français, ne convient qu'à une partie des emplois. Le pluriel est fitan ; on écrit fitna ou fitnah.

Que veut dire fitna dans le Coran ?

Le plus souvent, la fitna coranique est une épreuve, et elle touche aussi bien le bien que le mal : « Nous vous éprouverons par le mal et par le bien [à titre] de tentation » (sourate 21, verset 35). Les biens de ce monde en font partie : « Vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation, alors qu’auprès d’Allah est une énorme récompense » (sourate 64, verset 15). L'épreuve est présentée comme la condition de la foi : la sourate 29 demande si les gens pensent qu'on les laissera dire qu'ils croient sans les éprouver (sourate 29, verset 2), avec le verbe yuftanûn.

Le mot désigne aussi la persécution : la sourate 85 menace « ceux qui font subir des épreuves aux croyants et aux croyantes » (sourate 85, verset 10), avec le verbe fatanû. Il peut signifier la dissension que cherchent ceux qui détournent le sens des versets ambigus (sourate 3, verset 7). Enfin, il désigne parfois le châtiment : « Le jour où ils seront éprouvés au Feu » (sourate 51, verset 13), image qui renvoie au sens premier du métal passé au feu.

Cette diversité explique que les traducteurs, Hamidullah compris, rendent le même mot par « épreuve », « tentation », « discorde » ou « association » selon les versets.

« La fitna est pire que le meurtre » : que dit vraiment ce verset ?

La phrase est l'une des plus citées, souvent pour dire que les ragots ou les divisions sont plus graves qu'un crime. Elle vient du verset 191 de la sourate 2 : wa-l-fitnatu ashaddu mina-l-qatl. Hamidullah la traduit : « l’association est plus grave que le meurtre », et la même formule revient au verset 217 de la même sourate.

Le contexte est celui du conflit entre les premiers musulmans et les Mecquois qui les avaient chassés de chez eux. Les commentateurs y lisent deux sens proches : la persécution que les Mecquois infligeaient aux croyants pour les faire renoncer à leur religion, et le culte des idoles qu'ils imposaient. Le verset répond au reproche fait aux musulmans d'avoir combattu pendant un mois sacré : plus grave encore que de tuer, dit-il, est de persécuter les gens pour leur foi et de les chasser du sanctuaire.

Appliquer ce verset à une querelle entre voisins ou à une rumeur sur les réseaux sociaux est donc un contresens. Il ne s'agit pas non plus d'un appel à la violence : Tahar Gaïd le replace parmi les règles de la guerre défensive dans Le Coran incite-t-il à la violence ?, où il définit la fitna comme la subversion et la persécution.

Qu'est-ce que la Grande Discorde (al-fitna al-kubrâ) ?

Dans l'histoire musulmane, al-fitna al-kubrâ, la « Grande Discorde », désigne la première guerre civile entre musulmans. Elle commence avec l'assassinat du troisième calife, Othman, à Médine en 656. Son successeur, Ali, affronte d'abord une coalition menée par Talha, Zubayr et Aïcha à la bataille du Chameau, puis Mu'âwiya, gouverneur de Syrie, à Siffîn en 657. L'arbitrage qui suit provoque la sécession des kharidjites, dont l'un assassine Ali en 661. Mu'âwiya fonde alors la dynastie omeyyade.

Les historiens parlent d'une deuxième fitna dans les années 680, marquée par la mort de Husayn à Karbala et la révolte d'Abdallah ibn al-Zubayr. Ces conflits sont à l'origine de la séparation entre sunnisme et chiisme, présentée sur la page des premiers califes. L'historien tunisien Hichem Djaït leur a consacré un livre de référence, La Grande Discorde.

Les recueils de hadiths contiennent aussi un Kitâb al-fitan, le « livre des troubles », qui rassemble les traditions sur les désordres annonçant la fin des temps.

Fitna aujourd'hui : usages et dérives

Chez les musulmans francophones, « semer la fitna » veut dire créer la division, et « éviter la fitna » rester à l'écart d'un conflit. Le mot sert aussi à parler de la tentation, en particulier dans les débats sur la mixité et la tenue des femmes, où certains le chargent d'un sens qui fait peser sur elles la responsabilité du désir masculin. D'autres auteurs rappellent qu'au temps du Prophète, la fitna visée par les textes sur le vêtement était la sédition des calomniateurs, non les femmes elles-mêmes.

Omero Marongiu-Perria décrit deux dérives. La première voit partout les signes de la fin du monde et conduit à l'immobilisme. La seconde accuse de « semer la fitna » toute critique interne aux associations musulmanes, pour faire taire le débat au nom de l'unité. Il plaide pour rendre au mot sa portée : l'épreuve est une occasion de grandir, non un prétexte pour ne rien changer, et la patience, le sabr, en est la réponse coranique.

En 2008, le député néerlandais d'extrême droite Geert Wilders a intitulé Fitna un court film hostile à l'islam ; la justice néerlandaise a ensuite ordonné qu'il soit poursuivi pour incitation à la haine.

Dans le Coran

  • Coran

    « Toute âme doit goûter la mort. Nous vous éprouverons par le mal et par le bien [à titre] de tentation. Et c’est à Nous que vous serez ramenés. »

    Sourate 21, verset 35 →
  • Coran

    « Vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation, alors qu’auprès d’Allah est une énorme récompense. »

    Sourate 64, verset 15 →
  • Coran

    « Est-ce que les gens pensent qu’on les laissera dire: «Nous croyons!» sans les éprouver? »

    Sourate 29, verset 2 →
  • Coran

    « Et tuez-les, où que vous les rencontriez; et chassez-les d’où ils vous ont chassés: l’association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. »

    Sourate 2, verset 191 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Le Dajjal

Questions fréquentes

Quelle est la définition de fitna ?+

Fitna est un mot arabe qui signifie d'abord « épreuve », au sens du métal précieux passé au feu pour en séparer l'or. Il désigne selon le contexte l'épreuve envoyée par Dieu, la tentation, la persécution, la sédition ou la discorde entre musulmans. En histoire, il nomme aussi les guerres civiles des premiers siècles de l'islam.

Que veut dire « la fitna est pire que le meurtre » ?+

La phrase vient du verset 191 de la sourate 2. Dans son contexte, la fitna y désigne la persécution que les Mecquois infligeaient aux premiers musulmans pour les faire renoncer à leur foi, et le culte des idoles qu'ils imposaient ; Hamidullah traduit par « l'association ». Le verset ne parle ni de ragots ni de disputes ordinaires.

Qu'est-ce que la fitna en islam selon le Coran ?+

Le Coran emploie surtout le mot au sens d'épreuve : les malheurs comme les biens, la richesse et les enfants sont des épreuves qui révèlent la foi de chacun (sourate 21, verset 35). Il l'emploie aussi pour la persécution des croyants, la dissension et, dans quelques versets, le châtiment de l'enfer.

Qu'appelle-t-on la Grande Fitna ?+

La Grande Fitna, ou Grande Discorde (al-fitna al-kubrâ), est la première guerre civile de l'histoire musulmane. Elle s'ouvre avec l'assassinat du calife Othman en 656 et oppose Ali à ses adversaires, à la bataille du Chameau puis à Siffîn contre Mu'âwiya. Elle s'achève avec la mort d'Ali en 661 et l'avènement des Omeyyades.

Que veut dire « semer la fitna » ?+

Dans le langage courant des musulmans, semer la fitna signifie provoquer la division, la discorde ou le désordre dans une famille, une mosquée ou une communauté. L'expression est parfois utilisée pour disqualifier toute critique, une dérive que dénoncent plusieurs auteurs : débattre ou contester n'est pas en soi semer la discorde.

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