Que signifie tazkiya ?
Tazkiya (تزكية) est le nom verbal de zakkâ, « purifier ». On rencontre surtout l'expression tazkiyat an-nafs, « la purification de l'âme » : le travail par lequel le croyant se défait de ses défauts (orgueil, envie, avarice, ostentation, colère) et développe les qualités contraires.
Le mot appartient à la racine z-k-w, la même que zakât, l'aumône obligatoire. Cette racine réunit deux idées : la pureté et la croissance. La tazkiya ne se limite donc pas à un nettoyage : elle consiste aussi à faire grandir ce qu'il y a de bon dans l'âme (nafs), comme on taille une plante pour qu'elle pousse.
Le mot a deux autres sens techniques. En droit et en science du hadith, la tazkiya est l'attestation de probité d'un témoin ou d'un transmetteur : on « purifie » sa réputation en certifiant qu'il est digne de foi. Par extension, on appelle aujourd'hui tazkiya la lettre de recommandation d'un imam ou d'un savant que demandent certains instituts islamiques.
La tazkiya dans le Coran
Le passage le plus cité est le début de la sourate 91. Après avoir juré par l'âme « et Celui qui l'a harmonieusement façonnée » (sourate 91, verset 7), le Coran affirme : « A réussi, certes, celui qui la purifie » (sourate 91, verset 9), et à l'inverse : « Et est perdu, certes, celui qui la corrompt » (sourate 91, verset 10). Le même lien entre purification et réussite se retrouve ailleurs : « Réussit, certes, celui qui se purifie » (sourate 87, verset 14).
La purification figure parmi les missions du Prophète. Abraham demande à Dieu d'envoyer un messager qui récite Ses versets, enseigne le Livre et la Sagesse « et les purifier » (sourate 2, verset 129), et le Coran rappelle que cette prière a été exaucée : un messager « qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse » (sourate 62, verset 2).
Le Coran met aussi en garde contre l'excès inverse, la prétention à la pureté : « Ne vantez pas vous-mêmes votre pureté; c'est Lui qui connaît mieux ceux qui [Le] craignent » (sourate 53, verset 32). La tazkiya est un effort, jamais un titre que l'on s'attribue, car « Allah purifie qui Il veut » (sourate 24, verset 21).
Comment se purifie l'âme selon la tradition ?
Les savants décrivent la tazkiya comme un traitement des « maladies du cœur » (qalb). Al-Ghazali y consacre la seconde moitié de son Ihyâ' 'ulûm al-dîn : un quart sur les vices qui perdent l'âme, un quart sur les vertus qui la sauvent, comme le repentir (tawba), la patience, la gratitude et la confiance en Dieu.
Les moyens cités sont d'abord les actes d'adoration eux-mêmes : la prière, le jeûne, l'aumône, le rappel de Dieu (dhikr), la lecture du Coran. S'y ajoutent l'examen de conscience, la compagnie de gens de bien et la recherche de la sincérité (ikhlâs). Le Grand mufti d'Égypte 'Alî Jum'a, dans une fatwa traduite par Tayeb Chouiref dans Mufti et Soufi. Les fatwas de 'Alî Jum'a, résume la méthode en trois attitudes : prendre garde à la nature de l'âme et la purifier de ses défauts, invoquer Dieu abondamment, se détacher des séductions du monde.
Mohamed Chtatou, dans La foi musulmane : entre croyance, spiritualité et éthique, présente la tazkiyat an-nafs comme une manifestation avancée de la foi.
Tazkiya, soufisme et autres courants
La purification de l'âme est l'axe du soufisme, qui l'organise en chemin sous la conduite d'un maître. Pour 'Alî Jum'a, une voie soufie est précisément « l'école » où cette purification devient possible.
Le mot n'appartient pourtant pas aux seuls soufis. Il est coranique, et des auteurs de sensibilités très différentes l'emploient : Ibn Taymiyya et son disciple Ibn Qayyim al-Jawziyya ont écrit sur la purification des âmes, et des ouvrages intitulés Tazkiyat an-nufûs circulent aujourd'hui dans les milieux salafistes comme dans les milieux soufis. Les désaccords portent sur la méthode, notamment le rôle du maître et certaines pratiques collectives, plus que sur l'objectif.
La tazkiya rejoint enfin la taqwâ, la conscience de Dieu, et l'ihsân, l'excellence dans l'adoration. Pour aller plus loin, voir la page sur le soufisme.


