Que signifie sabr ?
Sabr (صبر), que l'on écrit aussi sabre, sbr ou as-sabr, se traduit par « patience ». Le mot arabe est plus large que le mot français : il couvre l'endurance face à la douleur, la persévérance dans l'effort et la maîtrise de soi face au désir. Celui qui le pratique est dit sâbir, et celui qui le pratique beaucoup sabbâr ou sabûr.
La racine s-b-r porte l'idée de retenir, de contenir, d'enfermer. Les lexicographes arabes définissent le sabr comme le fait de retenir son âme de la plainte excessive, sa langue des paroles de révolte et ses mains des gestes de désespoir. La même racine désigne l'aloès (sabir), plante amère, et plusieurs auteurs ont joué sur ce rapprochement : la patience a un goût amer mais des fruits doux.
Dans la traduction du Coran de Hamidullah, sabr est le plus souvent rendu par « endurance » et les sâbirûn par « les endurants ». Ce choix rappelle que le mot ne décrit pas une attente passive, mais une force qui tient dans la durée.
La patience dans le Coran : les versets essentiels
Le sabr revient très souvent dans le Coran, sous forme de nom, de verbe ou d'adjectif. Le verset le plus cité l'associe à la prière : « O les croyants! Cherchez secours dans l'endurance et la Salât. Car Allah est avec ceux qui sont endurants » (sourate 2, verset 153).
Les versets suivants donnent le cadre de l'épreuve. Dieu annonce qu'Il éprouvera les hommes « par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits », puis ordonne : « Et fais la bonne annonce aux endurants » (sourate 2, verset 155). Ces endurants sont ceux qui disent, quand un malheur les frappe, « Certes nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons » (sourate 2, verset 156), la formule inna lillahi wa inna ilayhi raji'un que l'on prononce à l'annonce d'un décès.
La récompense promise est sans mesure : « les endurants auront leur pleine récompense sans compter » (sourate 39, verset 10). Le Coran présente enfin le sabr comme une vertu collective : « O les croyants! Soyez endurants. Incitez-vous à l'endurance » (sourate 3, verset 200).
Sourate Al-'Asr et « belle patience » : deux expressions à connaître
Beaucoup cherchent une « sourate Sabr » ou « sourate As-Sabr ». Aucune sourate ne porte ce nom. Celle que l'on désigne ainsi est presque toujours la sourate 103, Al-'Asr (« Le Temps »), trois versets seulement : l'homme est en perdition, « sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s'enjoignent mutuellement la vérité et s'enjoignent mutuellement l'endurance » (sourate 103, verset 3). On attribue à l'imam Chafi'i l'idée que, si les gens méditaient cette seule sourate, elle leur suffirait.
La seconde expression est sabr jamîl, « la belle patience ». Elle vient de Jacob, quand ses fils lui rapportent la tunique de Joseph tachée d'un faux sang : « [Il ne me reste plus donc] qu'une belle patience! » (sourate 12, verset 18). Il la répète à la perte de son second fils (sourate 12, verset 83). Les commentateurs définissent la belle patience comme celle qui ne se plaint pas aux hommes, tout en laissant la plainte à Dieu : Jacob dit plus loin qu'il ne se plaint de sa peine qu'à Allah. Le même mot est adressé au Prophète : « Supporte donc, d'une belle patience » (sourate 70, verset 5).
Le Coran donne aussi en exemple Job : « Oui, Nous l'avons trouvé vraiment endurant » (sourate 38, verset 44).
Les trois formes du sabr
Les savants musulmans, d'al-Ghazali à Ibn Qayyim al-Jawziyya, distinguent généralement trois formes de patience.
La première est la constance dans l'obéissance (sabr 'alâ al-tâ'a) : tenir la prière à l'heure, jeûner le Ramadan, persévérer dans un effort qui coûte. La deuxième est la retenue devant l'interdit (sabr 'an al-ma'siya) : renoncer à ce qui attire mais nuit. La troisième est l'endurance dans l'épreuve (sabr 'alâ al-balâ') : la maladie, le deuil, la perte d'un bien, l'injustice subie.
Cette division montre que le sabr dépasse la réaction au malheur. Le jeûne a d'ailleurs été appelé « le mois de la patience » dans la tradition, parce qu'il exerce les trois formes à la fois. Le Coran associe aussi le sabr au pardon : « celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires » (sourate 42, verset 43).
L'article d'Oumma La maîtrise de soi dans la tradition islamique développe cette dimension : la patience y apparaît comme une éducation de l'âme (nafs), et la force véritable comme la capacité de se dominer dans la colère, selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim.
Hadiths sur la patience face aux épreuves
Plusieurs paroles du Prophète sur le sabr sont très connues. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, d'après Anas, le Prophète passa près d'une femme qui pleurait sur une tombe et l'invita à la patience ; elle le repoussa sans le reconnaître, puis vint s'excuser, et il lui dit que la vraie patience se montre au premier choc. Pleurer n'est pas contraire au sabr : la tradition rapporte que le Prophète a lui-même pleuré la mort de son fils Ibrahim.
Un hadith rapporté par Muslim, d'après Suhayb, décrit la situation du croyant comme étonnante : s'il lui arrive un bien, il remercie, et c'est un bien pour lui ; s'il lui arrive un mal, il patiente, et c'est aussi un bien pour lui. Ce hadith lie le sabr au shukr, la gratitude, au point que les auteurs spirituels appellent ces deux vertus les deux moitiés de la foi.
Un autre hadith, rapporté par Boukhari et Muslim, affirme que nul n'a reçu un don meilleur et plus vaste que la patience. La tradition ajoute que les épreuves effacent les fautes de celui qui les traverse avec foi.
Le sabr au quotidien : expressions et contresens
Dans l'arabe parlé, le mot reste très vivant. Au Maghreb, on dit sbar ou sber (« patiente ») à quelqu'un qui s'impatiente, et Allah ysabbrek, « que Dieu te donne la patience », pour présenter ses condoléances. Le mot sabr se lit aussi sur des bijoux, des tatouages et des comptes de réseaux sociaux, souvent avec le verset 153 de la sourate 2.
Le contresens le plus fréquent consiste à confondre sabr et résignation. Les textes associent toujours la patience à l'action : « Soyez endurants » est suivi de « Luttez constamment » dans le même verset 200 de la sourate 3, et les endurants de la sourate 2, verset 177 sont aussi ceux qui donnent et remplissent leurs engagements. Le sabr n'interdit pas non plus de chercher un remède, de se soigner ou de demander justice. Il va de pair avec le tawakkul, la confiance en Dieu après avoir agi.
Pour le deuil, où la patience est le plus souvent invoquée, voir la page sur la mort et le deuil. Oumma a aussi réuni des passages du Coran sur les épreuves et les difficultés.







