Qui est Job (Ayyûb) en islam ?
Job, Ayyûb en arabe, est le prophète de la patience dans l'épreuve. Le Coran le nomme quatre fois, dans quatre sourates, et lui consacre deux courts passages, dans les sourates des Prophètes et de Sâd. Ce sont les seuls endroits où son histoire est racontée ; le reste de ce que l'on dit de lui vient de la tradition et des commentateurs, et la page le signale à chaque fois.
Le Coran le range parmi les prophètes qui ont reçu une révélation : « Nous t'avons fait une révélation comme Nous fîmes à Noé et aux prophètes après lui [...] à Jésus, à Job, à Jonas, à Aaron et à Salomon » (4:163). Il le cite aussi parmi les prophètes de la descendance d'Abraham que Dieu a guidés : « David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron » (6:84). Le verset précise « (d'Abraham) (ou de Noé) », car les commentateurs divergent sur le nom auquel renvoie le pronom, et donc sur la généalogie de Job.
Dans la tradition, il est un serviteur riche, père de famille, éprouvé dans ses biens, sa famille et son corps. Le Coran, lui, ne donne pas ce détail ; il retient seulement l'épreuve, la prière et la réponse de Dieu.
L'épreuve : ce que dit le Coran
Le premier passage tient en une phrase, dans la sourate des Prophètes : « Et Job, quand il implora son Seigneur : Le mal m'a touché. Mais Toi, tu es le plus miséricordieux des miséricordieux ! » (21:83). Le second, dans la sourate de Sâd : « Et rappelle-toi Job, Notre serviteur, lorsqu'il appela son Seigneur : Le Diable m'a infligé détresse et souffrance » (38:41).
Le Coran ne décrit pas la maladie ni les pertes. Les deux versets donnent seulement deux mots pour dire le mal : un « mal » qui l'a touché (21:83), et une « détresse et souffrance » (38:41). Les commentateurs ont discuté la phrase de la sourate de Sâd. Pour certains, Satan a été autorisé à toucher Job dans son corps et dans ses biens ; pour d'autres, il lui soufflait le désespoir et la plainte, et c'est cela que Job nomme sa souffrance. Dans les deux lectures, l'épreuve vient avec la permission de Dieu et non d'une faute de Job.
Sa prière : une invocation sans demande
Ce qui frappe dans la prière de Job, c'est ce qu'elle ne dit pas. Il décrit son état (« le mal m'a touché ») puis nomme Dieu (« le plus miséricordieux des miséricordieux ») : il ne demande pas expressément la guérison. Les commentateurs et les maîtres spirituels en ont fait un modèle d'invocation (dua) : montrer sa faiblesse à Dieu et Lui laisser le choix de la réponse.
Cette prière est devenue l'une des invocations que les musulmans récitent dans la maladie. Elle se dit telle qu'elle est donnée par le Coran, sans ajout. On la rapproche d'autres prières de prophètes en détresse, comme celle de Jonas dans le ventre du poisson. Sur la façon d'invoquer, voir les pages consacrées à la prière personnelle.
La réponse de Dieu : la source, la guérison, la famille rendue
La réponse est immédiate. Dans la sourate des Prophètes : « Nous l'exauçâmes, enlevâmes le mal qu'il avait, lui rendîmes les siens et autant qu'eux avec eux, par miséricorde de Notre part et en tant que rappel aux adorateurs » (21:84). Dans la sourate de Sâd, le texte précise le geste : « Frappe [la terre] de ton pied : voici une eau fraîche pour te laver et voici de quoi boire » (38:42), puis : « Et Nous lui rendîmes sa famille et la fîmes deux fois plus nombreuse, comme une miséricorde de Notre part et comme un rappel pour les gens doués d'intelligence » (38:43).
La tradition relie l'eau à une source jaillie sous le pied de Job, dans laquelle il se lave et dont il boit. Des sanctuaires de plusieurs régions du Proche-Orient portent son nom et sont réputés pour leurs eaux curatives. Eric Geoffroy, dans son étude sur le culte des saints au Proche-Orient, cite ainsi la source du Nabi Ayyub dans le Hawran et rappelle que ces sources sont encore visitées pour leurs vertus curatives.
Sur « les siens », les commentateurs divergent : pour certains, Dieu a ressuscité ceux qu'il avait perdus et lui en a donné autant d'autres ; pour d'autres, il lui a rendu les siens qui s'étaient éloignés, puis lui en a donné d'autres. Le Coran dit seulement qu'ils lui furent rendus « et autant qu'eux avec eux » (21:84), puis que sa famille fut faite « deux fois plus nombreuse » (38:43).
Le serment et le faisceau de brindilles
Le dernier verset du passage est le plus énigmatique : « Et prends dans ta main un faisceau de brindilles, puis frappe avec cela. Et ne viole pas ton serment » (38:44). Le Coran ne dit pas de quel serment il s'agit. Les commentateurs rapportent, d'après la tradition, que Job, dans un moment de colère contre son épouse, avait juré de la frapper de cent coups s'il guérissait. Dieu lui permet de tenir son serment sans lui faire de mal : un faisceau de cent brindilles, un seul coup. Cette explication vient de la tradition, non du texte.
Les juristes en ont fait un exemple de « solution » (makhraj) qui permet de respecter un serment sans commettre d'injustice. La plupart des commentateurs y voient surtout un trait de caractère : Job reste fidèle à sa parole, et son épouse, qui l'a soutenu durant l'épreuve, n'a pas à subir un coup injuste.
Le texte se clôt sur l'éloge de Job : « Oui, Nous l'avons trouvé vraiment endurant. Quel bon serviteur ! Sans cesse il se repentait » (38:44).
Ce que la tradition ajoute à son histoire
Les recueils de hadiths et les commentateurs apportent plusieurs détails. Selon un récit rapporté par Bukhârî, Job se baignait nu quand une nuée de sauterelles d'or tomba sur lui ; il se mit à en remplir son vêtement. Son Seigneur lui dit : « O Job, ne t'ai-je pas rendu assez riche pour te passer de cela ? » Il répondit : « Si, ô mon Seigneur, mais je ne peux me passer de Ta bénédiction. » La tradition y voit une leçon sur le prix de la grâce de Dieu.
D'autres détails relèvent des commentateurs et ne figurent pas dans le Coran : la durée de l'épreuve (les chiffres rapportés varient de quelques années à dix-huit ans), la perte de ses biens et de ses enfants, l'abandon de la plupart de ses proches, la fidélité d'une épouse seule restée auprès de lui, dont la tradition donne des noms divers. On les lit avec prudence, car ces récits sont souvent proches de ceux que l'on trouvait déjà chez les juifs et les chrétiens du Proche-Orient. Plusieurs lieux de pèlerinage portent le nom de Job, dans le Hawran (Syrie), à Urfa (Turquie) et à Salalah (Oman).
Job dans la Bible et dans le Coran
Le Livre de Job, dans la Bible, est un texte long : le début en forme de pari entre Dieu et Satan, la mort des enfants et la perte des biens, la maladie, les amis qui viennent lui dire qu'il a dû pécher, ses plaintes et ses questions à Dieu, la réponse de Dieu depuis la tempête, puis la restitution au double. Le Coran est plus bref et d'un autre ton. Job n'y maudit pas son jour, ne discute pas avec ses amis, et ne demande pas de comptes : il appelle son Seigneur et attend. Le texte coranique ne parle ni de pari ni d'amis, et fait de la patience de Job un exemple pour les croyants, plutôt qu'un débat sur le sens du mal.
La patience de Job est proverbiale aussi en français. Les deux traditions s'accordent sur le principal : un homme juste frappé par le malheur, qui ne perd pas sa foi, et que Dieu rétablit.
Quelles leçons retenir de Job ?
Le Coran donne lui-même la leçon : l'épreuve de Job est un « rappel aux adorateurs » (21:84) et « un rappel pour les gens doués d'intelligence » (38:43). Les commentateurs insistent sur la patience (sabr), que le Coran résume en un mot : Job est « endurant » (38:44). Cette patience n'est pas l'absence de souffrance ; Job dit sa souffrance, mais à Dieu seul.
Une deuxième leçon est le retour à Dieu : « Sans cesse il se repentait » (38:44), c'est-à-dire qu'il revenait vers Lui à chaque instant, en bonne comme en mauvaise santé. La troisième est que l'épreuve n'est pas un signe de rejet : Job est un serviteur élu, et son épreuve n'est pas la conséquence d'une faute. Sur le sens de l'épreuve ici-bas, un texte d'Oumma de Lyess Chacal, « L'illusion du monde dans le Coran », propose une lecture de l'épreuve terrestre.
Pour aller plus loin, voir les pages sur les prophètes, sur Jonas et sur Joseph, qui illustrent aussi la patience.


