Jean-Baptisteيحيى

Yahyâ · dans la Bible : Jean le Baptiste

Yahya (Jean-Baptiste) est le fils de Zacharie et un prophète nommé cinq fois dans le Coran. Il naît d'un père âgé et d'une mère stérile, reçoit la sagesse dès l'enfance et incarne la piété, la chasteté et la douceur.

  • 5

    Mentions dans le Coran

  • 5

    Versets

  • 4

    Sourates

Les grandes étapes

  1. La prière de ZacharieZacharie, vieux et sans enfant, demande une descendance (3:38, 19:3 à 19:6).
  2. L'annonceLes anges lui annoncent Yahya, « confirmateur d'une parole d'Allah » (3:39).
  3. Le nom sans homonymeDieu donne lui-même le nom, qu'on n'avait pas porté avant lui (19:7).
  4. La naissanceDieu donne Yahya à Zacharie et guérit son épouse (21:90).
  5. Le Livre et la sagesseDieu lui ordonne de tenir fermement au Livre et lui donne la sagesse enfant (19:12).
  6. Tendresse, pureté et piétéPieux, dévoué à ses parents, ni violent ni désobéissant (19:13 et 19:14).
  7. La paix sur luiPaix le jour de sa naissance, de sa mort et de sa résurrection (19:15).
  8. La rencontre du voyage nocturneLe Prophète le rencontre avec Jésus au deuxième ciel, selon les hadiths.

Qui est Yahya (Jean-Baptiste) en islam ?

Yahya (يحيى) est l'un des vingt-cinq prophètes nommés dans le Coran. La tradition musulmane l'identifie à Jean-Baptiste, le prédicateur du Jourdain des Évangiles, fils du prêtre Zacharie. Le Coran le nomme cinq fois, dans cinq versets de quatre sourates : Al-Imran (3:39), Al-Anam (6:85), Maryam (19:7 et 19:12) et Al-Anbiya (21:90).

Son nom se rattache à la racine de la vie : les commentateurs y voient le sens d'« il a vécu », parce que Dieu lui a donné la vie alors que sa mère était stérile et son père très âgé. Le Coran dit peu de choses de lui, mais il le dit avec éloge. Il est présenté dans la même série que Jésus et Élie, tous « du nombre des gens de bien » (6:85).

Les hadiths le placent aux côtés de Jésus dans le voyage nocturne : d'après Bukhari et Muslim, le Prophète les rencontre au deuxième ciel et les salue comme « fils de tante maternelle », leurs mères étant parentes. Voir l'Isrâ' et le Mi'râj.

L'annonce de sa naissance et le nom sans homonyme

L'histoire de Yahya commence par une prière, celle de son père. Zacharie, vieux et sans enfant, demande une descendance. Les anges l'appellent pendant qu'il prie debout dans le sanctuaire : « Voilà qu'Allah t'annonce la naissance de Yahya, confirmateur d'une parole d'Allah. Il sera un chef, un chaste, un prophète et du nombre des gens de bien » (3:39).

La sourate Maryam reprend l'annonce : « O Zacharie, Nous t'annonçons la bonne nouvelle d'un fils. Son nom sera Yahya. Nous ne lui avons pas donné auparavant d'homonyme » (19:7). Les commentateurs comprennent le mot de deux façons. Pour les uns, personne n'avait porté ce nom avant lui : Dieu l'a choisi Lui-même. Pour d'autres, il ne faut pas lire « homonyme » mais « égal » : nul n'avait atteint avant lui un tel rang, si bien que Dieu prépare le mérite de l'enfant avant sa naissance. Les deux lectures soulignent que le nom est un don.

La sourate Al-Anbiya résume l'événement en deux gestes : Dieu exauce Zacharie, lui donne Yahya et guérit son épouse (21:90). Voir la page de Zacharie pour la prière, l'étonnement et le signe du silence.

Un portrait en quatre mots : confirmateur, chef, chaste, prophète

Le verset 3:39 donne quatre qualités à Yahya, et chaque mot a été commenté.

« Confirmateur d'une parole d'Allah » (musaddiq bi-kalimatin min Allâh) désigne, pour la majorité des commentateurs, celui qui reconnaît et atteste Jésus, que le Coran appelle « parole » de Dieu en 3:45. Yahya serait ainsi le premier à croire en lui.

« Chef » (sayyid) dit son autorité morale auprès des siens : un guide pour son peuple, que son rang n'empêche pas d'être humble. « Chaste » (hasûr) veut dire qu'il se retient des désirs ; certains y voient un renoncement au mariage, d'autres une maîtrise de soi, et le Coran n'en fait pas une obligation pour les croyants. « Prophète » (nabî) dit qu'il reçoit la révélation, et « du nombre des gens de bien » le place dans la lignée d'Élie et de Zacharie.

Ces quatre mots ne composent pas une biographie, mais un caractère : l'attestation, l'autorité, la retenue, la mission.

Une sagesse reçue dès l'enfance

Le passage le plus riche est dans la sourate Maryam. Dieu s'adresse à lui : « O Yahya, tiens fermement au Livre » (19:12). Le Livre est ici la Thora, la Loi des Fils d'Israël, dont Yahya est chargé de maintenir la pratique. Le verset ajoute que Dieu lui donne « la sagesse alors qu'il était enfant ».

Le texte poursuit : « ainsi que la tendresse de Notre part et la pureté. Il était pieux, et dévoué envers ses père et mère ; et ne fut ni violent ni désobéissant » (19:13 et 19:14). Les mots disent une douceur de caractère (hanân), une pureté intérieure (zakât), une piété sans excès et le respect des parents. L'absence de violence (« ne fut ni violent ») est notable : le portrait de Yahya est celui d'un prophète de douceur.

Les exégètes rapportent que, tout enfant, il aurait refusé de jouer en disant qu'il n'avait pas été créé pour cela. Cette anecdote appartient à la tradition, non au Coran, mais elle illustre ce que le verset appelle la sagesse reçue dans l'enfance.

La paix sur lui, trois fois

Le dernier verset de ce portrait est une salutation : « Que la paix soit sur lui le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité vivant ! » (19:15). Trois moments, qui sont les trois seuils de l'existence : la naissance, la mort, la résurrection.

Dans la sourate Maryam, Jésus reçoit une formule presque identique, avec « sur moi » (19:33) : « Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant ». Les deux enfants sont ainsi placés sous la même paix à trois moments de l'existence. Les commentateurs voient dans cette symétrie le signe d'une proximité voulue par Dieu entre deux figures nées de façon extraordinaire.

La paix annoncée « le jour où il mourra » ne dit pas comment Yahya est mort. Le Coran se tait sur sa fin, et la tradition prend le relais.

Yahya et Jésus : une même époque, une même mission

Le Coran range Yahya parmi les prophètes qui ont précédé ou accompagné Jésus. Il est le fils de celui qui a gardé Marie (3:37), et la naissance de l'un prépare celle de l'autre.

La tradition les présente comme contemporains. Le voyage nocturne en témoigne : au deuxième ciel, Jean et Jésus sont ensemble, juste après Adam, que le Prophète rencontre au premier. Mohamed Chtatou rappelle cette vision dans Muhammad, le Sceau des Prophètes, où il note que le Prophète y conversa avec Abraham, Moïse, David, Salomon, Jean le Baptiste et Jésus.

Un hadith rapporté par Ahmad et Tirmidhî, jugé authentique par plusieurs savants, dit que Dieu ordonna à Yahya cinq choses à transmettre aux Fils d'Israël : adorer Dieu sans rien Lui associer, accomplir la prière, jeûner, faire l'aumône et invoquer beaucoup Dieu. On y retrouve le fond des piliers que le Prophète Muhammad enseignera à sa communauté.

Yahya dans les Évangiles, et ce que le Coran ne dit pas

Dans les Évangiles, Jean baptise dans le Jourdain, appelle à la repentance, annonce celui qui vient après lui et baptise Jésus (Matthieu 3). Il est arrêté par Hérode Antipas pour lui avoir reproché son mariage, puis décapité à la demande de la fille d'Hérodiade (Marc 6, Matthieu 14). Luc ajoute sa naissance : Zacharie et Élisabeth, déjà âgés, reçoivent un fils six mois avant Jésus (Luc 1).

Le Coran n'en retient pas ces épisodes. Il ne parle ni du baptême, ni du Jourdain, ni de sa mort violente. Sa vocation y est celle d'un prophète qui confirme la Thora et prépare la venue de Jésus. Les exégètes rapportent des récits sur sa vie : qu'il vivait de façon austère, qu'il pleurait par crainte de Dieu, qu'il fut tué à cause de sa franchise, parfois par un roi irrité par ses reproches. Ibn Kathîr cite plusieurs versions de sa mort, dont la plupart viennent des traditions juives et chrétiennes ; elles sont à lire comme telles, sans valeur de dogme.

Il y a donc une différence de fond : l'Évangile fait de Jean un précurseur dont le baptême prépare celui de Jésus, tandis que le Coran en fait un prophète à part entière, honoré pour sa sagesse, sa pureté et sa piété, sans mentionner de baptême.

Sa mémoire : le sanctuaire de Damas et la piété populaire

La mémoire musulmane a gardé à Yahya un lieu. La tête du prophète Yahya serait conservée dans la mosquée des Omeyyades de Damas : Eric Geoffroy note dans le culte des saints au Proche-Orient qu'elle aurait été découverte fortuitement lors des travaux sous le calife al-Walîd (m. 715), et que la baraka de ce sanctuaire irrigue l'immense édifice. Saïd Branine y fait allusion dans Damas, la perle de l'Orient, qui évoque la tombe du prophète Yahia à l'intérieur de la salle de prière.

Ce sanctuaire a donné naissance à des pratiques. Dans la deuxième partie de sa série, Eric Geoffroy rapporte que certains cheikhs de Damas affirment que le « conseil des saints » se réunit en esprit auprès de Yahya (partie 2). Dans la troisième, il note que les femmes de Damas font lire un mawlid lorsque le vœu fait au Nabi Yahya a été exaucé (partie 3). Dans la quatrième, que les disciples d'une voie soufie viennent invoquer Dieu « auprès de sayyidna Yahya » à la fin du dhikr du vendredi (partie 4). Alep et Damas se disputent d'ailleurs la relique, ce qui montre l'attachement populaire à ce prophète.

Ces usages relèvent de la dévotion locale, sur laquelle les savants sont partagés ; ils ne sont pas dans le Coran. Ce que la tradition retient en premier lieu est un modèle de jeunesse pieuse : sage dès l'enfance, doux avec ses parents, détaché sans dureté. Pour comprendre sa place, on peut lire en parallèle la page sur les prophètes en islam et celle de Zacharie.

Jean-Baptiste : les thématiques

Chaque question avec les articles qu'Oumma y a consacrés.

Un nom sans homonyme

Dieu donne Lui-même le nom de Yahya, que nul n'avait porté ou égalé avant lui (19:7).

Le portrait de 3:39

Confirmateur d'une parole d'Allah, chef, chaste, prophète et du nombre des gens de bien : les quatre qualités commentées par les exégètes.

La sagesse dès l'enfance

« Tiens fermement au Livre » : Yahya reçoit la sagesse enfant, avec la tendresse, la pureté et la piété (19:12 à 19:14).

La paix sur Yahya et sur Jésus

Deux salutations presque identiques (19:15 et 19:33) à la naissance, à la mort et à la résurrection.

Yahya et le voyage nocturne

Le Prophète rencontre Jean et Jésus au deuxième ciel, présentés comme cousins.

Jean-Baptiste dans les Évangiles

Le baptême du Jourdain et la décapitation par Hérode : ce que le Coran ne reprend pas.

Le sanctuaire de Damas et la piété populaire

La tête de Yahya dans la mosquée des Omeyyades, les vœux exaucés, le conseil des saints et le dhikr du vendredi.

Jean-Baptiste dans le Coran : versets choisis

  • Coran

    « Alors, les Anges l’appelèrent pendant que, debout, il priait dans le Sanctuaire: «Voilà qu’Allah t’annonce la naissance de Yahya, confirmateur d’une parole d’Allah. Il sera un chef, un chaste, un prophète et du nombre des gens de bien». »

    Sourate 3 (Al-Imran), verset 39 →
  • Coran

    « De même, Zacharie, Jean-Baptiste, Jésus et Elie, tous étant du nombre des gens de bien. »

    Sourate 6 (Al-Anam), verset 85 →
  • Coran

    « «O Zacharie, Nous t’annonçons la bonne nouvelle d’un fils. Son nom sera Yahya [Jean]. Nous ne lui avons pas donné auparavant d’homonyme». »

    Sourate 19 (Maryam), verset 7 →
  • Coran

    « … «O Yahya, tiens fermement au Livre (la Thora)!» Nous lui donnâmes la sagesse alors qu’il était enfant, »

    Sourate 19 (Maryam), verset 12 →
  • Coran

    « ainsi que la tendresse de Notre part et la pureté. Il était pieux, »

    Sourate 19 (Maryam), verset 13 →
  • Coran

    « et dévoué envers ses père et mère; et ne fut ni violent ni désobéissant. »

    Sourate 19 (Maryam), verset 14 →
  • Coran

    « Que la paix soit sur lui le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité vivant! »

    Sourate 19 (Maryam), verset 15 →
  • Coran

    « Nous l’exauçâmes, lui donnâmes Yahya et guérîmes son épouse. Ils concouraient au bien et Nous invoquaient par amour et par crainte. Et ils étaient humbles devant Nous. »

    Sourate 21 (Al-Anbiya), verset 90 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Toutes les mentions de Jean-Baptiste

Jean-Baptiste est nommé 5 fois, dans 5 versets de 4 sourates (décompte du Quranic Arabic Corpus).

Voir les 5 versets, sourate par sourate
  • Sourate 3, Al-Imran : 39
  • Sourate 6, Al-Anam : 85
  • Sourate 19, Maryam : 7, 12
  • Sourate 21, Al-Anbiya : 90

Questions fréquentes

Qui est Yahya en islam ?+

Yahya est un prophète, fils de Zacharie, que la tradition identifie à Jean-Baptiste. Le Coran le décrit comme chef, chaste, pieux et dévoué à ses parents (3:39, 19:12 à 19:15).

Yahya est-il Jean-Baptiste ?+

Oui, la tradition musulmane identifie Yahya à Jean-Baptiste, fils du prêtre Zacharie. Le Coran ne mentionne pas le baptême ni la mort rapportés par les Évangiles.

Que veut dire « confirmateur d'une parole d'Allah » ?+

Pour la majorité des commentateurs, c'est celui qui atteste Jésus, que le Coran appelle « parole » de Dieu (3:39, 3:45).

Pourquoi Yahya n'a-t-il pas eu d'homonyme ?+

Dieu a choisi ce nom Lui-même (19:7). Les exégètes comprennent que personne ne l'avait porté avant, ou que nul n'avait atteint avant lui son rang.

Comment Yahya est-il mort selon l'islam ?+

Le Coran ne le dit pas, il annonce seulement la paix sur lui « le jour où il mourra » (19:15). Les récits d'exégètes parlent d'un meurtre, d'après des traditions d'Israël.

Où se trouve la tombe de Yahya ?+

La tradition populaire la place à Damas, dans la mosquée des Omeyyades, et Alep se la dispute. Le Coran n'en dit rien.

Yahya et Jésus se sont-ils rencontrés ?+

Le Coran ne le raconte pas. Les hadiths disent que le Prophète les rencontre ensemble au deuxième ciel lors du voyage nocturne, et que leurs mères étaient parentes.

Que dit Yahya sur le baptême dans le Coran ?+

Rien : le Coran ne mentionne pas de baptême. Il parle de sagesse reçue enfant, de pureté, de tendresse et de piété filiale.

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