Qui est Isaac (Ishâq) en islam ?
Isaac, en arabe Ishâq, est le fils d'Abraham et de sa femme Sarah, le demi-frère d'Ismaël, le père de Jacob et, par lui, l'ancêtre de Joseph et des prophètes d'Israël. Pour les musulmans, il est prophète (nabî) : le Coran le range parmi ceux à qui Dieu a fait une révélation (4:163) et que les croyants reconnaissent sans distinction (2:136, 3:84). Il est le « Yitzhaq » de la Bible, nom que la Genèse relie au rire de Sarah.
Le Coran le nomme 17 fois, mais toujours en peu de mots : il n'y a pas de sourate à son nom, ni de récit suivi. Il apparaît dans des listes de prophètes (6:84), dans la généalogie de Joseph (12:6, 12:38) et dans le récit de l'annonce de sa naissance. C'est pourquoi cette page distingue ce que dit le texte, ce qu'en disent les grands commentateurs (al-Tabarî, Ibn Kathîr, al-Qurtubî), et ce qui relève de la tradition ou de la Bible, non du Coran.
L'annonce de la naissance d'Isaac
Le Coran commence l'histoire d'Isaac avant sa naissance. Des envoyés rendent visite à Abraham : « Salâm ! » Il leur offre « un veau rôti » (11:69). Leurs mains ne le touchent pas ; il prend peur, et ils le rassurent : « N'aie pas peur, nous sommes envoyés au peuple de Lot » (11:70). Ils lui annoncent « un garçon plein de savoir » (15:53, 51:28). Les commentateurs voient ici l'annonce d'Isaac, nommé en 11:71. Abraham s'étonne : « M'annoncez-vous cette nouvelle alors que la vieillesse m'a touché ? » (15:54), et on lui répond : « Ne sois donc pas de ceux qui désespèrent » (15:55).
Sa femme, âgée, s'exclame : « Malheur à moi ! Vais-je enfanter alors que je suis vieille et que mon mari, que voici, est un vieillard ? C'est là vraiment une chose étrange ! » (11:72). Les envoyés répondent : « T'étonnes-tu de l'ordre d'Allah ? Que la miséricorde d'Allah et Ses bénédictions soient sur vous, gens de cette maison ! » (11:73). Le verset précédent dit : « Sa femme était debout, et elle rit alors ; Nous lui annonçâmes donc (la naissance d')Isaac, et après Isaac, Jacob » (11:71). Le verbe « rire » a donné lieu à plusieurs lectures : joie ou stupéfaction, ou, selon d'anciens commentateurs rapportés par al-Tabarî, un autre sens du verbe arabe. La naissance est donc annoncée avec celle de Jacob, petit-fils d'Abraham.
La même visite annonce le sort du peuple de Loth (29:31). Abraham remercie plus tard : « Louange à Allah, qui en dépit de ma vieillesse, m'a donné Ismaël et Isaac. Certes, mon Seigneur entend bien les prières » (14:39). Mustapha Cherif fait de cet accueil des envoyés le modèle de l'hospitalité, dans Abraham/Ibrahim, réapprendre à vivre ensemble. Cheikh Khaled Bentounès, dans Histoire des prophètes : Abraham, place la naissance d'Isaac après l'épreuve du sacrifice, selon la version islamique qu'il suit.
Un prophète, serviteur « puissant et clairvoyant »
Le Coran reconnaît clairement la mission d'Isaac : « Nous lui fîmes la bonne annonce d'Isaac comme prophète d'entre les gens vertueux » (37:112), « Et Nous le bénîmes ainsi que Isaac » (37:113). Il est cité avec ses père et fils : « Et rappelle-toi Abraham, Isaac et Jacob, Nos serviteurs puissants et clairvoyants. Nous avons fait d'eux l'objet d'une distinction particulière : le rappel de l'au-delà » (38:45-38:46). Une formule revient dans plusieurs sourates : « Nous lui donnâmes Isaac et Jacob, et plaçâmes dans sa descendance la prophétie et le Livre » (29:27). Elle signifie que la prophétie et les Écritures reposent désormais sur cette famille.
Les récompenses sont décrites ensemble : « Et Nous lui donnâmes Isaac et, de surcroît Jacob, desquels Nous fîmes des gens de bien. Nous les fîmes des dirigeants qui guidaient par Notre ordre. Et Nous leur révélâmes de faire le bien, d'accomplir la prière et d'acquitter la Zakât » (21:72-21:73). Le mot traduit « de surcroît » (nâfila) fait de Jacob un don supplémentaire : Abraham avait demandé un fils, Dieu lui donne un petit-fils par-dessus.
La chaîne se poursuit avec Joseph, qui dit : « J'ai suivi la religion de mes ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob » (12:38). Un hadith rapporté par al-Bukhârî dit que le Prophète a désigné Joseph comme « le noble, fils du noble, fils du noble, fils du noble : Joseph fils de Jacob fils d'Isaac fils d'Abraham ».
Isaac est-il le fils du sacrifice ?
Le récit du sacrifice ne nomme pas le fils d'Abraham (37:99-37:107). L'annonce d'Isaac vient ensuite (37:112), ce qui incline de nombreux commentateurs vers Ismaël. Mais l'avis qui retient Isaac existe depuis les premiers siècles. Selon l'exposé d'Ibn Kathîr, des rapports lui sont attribués de Compagnons et de Successeurs, et al-Tabarî penche pour cette lecture, qui est aussi celle de la Genèse (chapitre 22), où Isaac est nommé.
Pour l'avis Ismaël, Ibn Kathîr avance que la Genèse elle-même parle du « fils unique » et que, à ce moment, Ismaël était le seul. Ahmadou M. Kanté prolonge l'argument d'après la langue du texte coranique dans Le sacrifice d'Abraham dans la Bible et le Coran (2/2) et compare avec la Genèse dans la première partie. Le débat n'a pas d'enjeu de foi : la page Ismaël et la page Abraham détaillent les arguments. Sur la fête qui en garde le souvenir, voir l'Aïd al-Adha.
Isaac dans la lignée des prophètes et dans la tradition
Isaac est un maillon entre trois générations. Jacob, sur son lit de mort, demande à ses fils ce qu'ils adoreront ; ils répondent : « la divinité de tes pères, Abraham, Ismaël et Isaac » (2:133). Jacob annonce à Joseph que Dieu parfera Son bienfait sur lui « tout comme Il l'a parfait auparavant sur tes deux ancêtres, Abraham et Isaac » (12:6).
Le Coran ne raconte rien de sa vie d'adulte. La Genèse, elle, rapporte qu'Isaac épousa Rébecca, qu'ils eurent des jumeaux, Ésaü et Jacob, et qu'il mourut à 180 ans. La tradition islamique reprend en général ces éléments sans qu'ils soient établis par le Coran : elle fait vivre Isaac en Palestine et rattache à Hébron (al-Khalîl) les tombes d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Cette précision relève de la tradition locale et de la Bible, pas du texte coranique.
Le Coran tient les deux branches ensemble : l'une mène aux prophètes d'Israël, jusqu'à Moïse et Jésus, l'autre à Muhammad. Jean Abd-al-Wadoud Gouraud rappelle, dans L'Aïd al-Adha et le monothéisme abrahamique, qu'Ismaël et Isaac sont ainsi pères, respectivement, de la lignée d'Arabie et de la lignée d'Israël. Samir Arbache situe les traditions de ces deux branches dans Histoire des religions abrahamiques.






