Qui est Zacharie (Zakariyyâ) en islam ?
Zacharie, en arabe Zakariyyâ (زكريا), est l'un des vingt-cinq prophètes nommés dans le Coran. Il y apparaît sept fois, dans six versets de quatre sourates : Al-Imran, Al-Anam, Maryam et Al-Anbiya. Le texte ne donne ni sa généalogie ni sa ville : il le montre au service du sanctuaire, âgé, sans enfant, et profondément attaché à la prière.
Il correspond au Zacharie de l'Évangile de Luc, le prêtre du Temple, époux d'Élisabeth et père de Jean-Baptiste. Le Coran ne nomme pas l'épouse. Il faut distinguer cet homme du prophète biblique Zacharie, auteur d'un livre de l'Ancien Testament : la tradition musulmane ne les confond pas, et le Coran ne parle que de l'homme du sanctuaire.
Son fils Yahya est lui-même prophète, et sa protégée Marie est la mère de Jésus. Zacharie se tient ainsi à l'entrée de deux histoires, que le Coran raconte côte à côte. Il est aussi cité parmi « les gens de bien », avec Jean-Baptiste, Jésus et Élie (6:85).
Zacharie et Marie : le gardien du sanctuaire
Dans la sourate Al-Imran, Dieu rappelle l'élection de la famille de 'Imrân (3:33). La femme de 'Imrân avait voué à Dieu l'enfant qu'elle portait, puis donne naissance à une fille, Marie (3:35 et 3:36). Dieu l'agrée « du bon agrément » et en confie la garde à Zacharie (3:37).
Le Coran dit comment s'est décidée cette garde : les prêtres « jetaient leurs calames pour décider qui se chargerait de Marie », et se disputaient (3:44). Les commentateurs racontent que le sort est tombé sur Zacharie. Certains récits ajoutent qu'il était le mari d'une tante maternelle de Marie, ce qui le rendait proche de la famille ; le hadith du voyage nocturne dit d'ailleurs que Jean et Jésus sont « fils de tante maternelle ». C'est une donnée de la tradition, non du Coran.
Le verset décrit alors la scène qui ouvre toute l'histoire. Chaque fois que Zacharie entre auprès de Marie dans le sanctuaire (le mihrâb), il trouve de la nourriture près d'elle. Il demande d'où elle vient, et elle répond : « Cela me vient d'Allah ». La suite du verset ajoute que Dieu donne la nourriture à qui Il veut sans compter (3:37). Les exégètes précisent que cette nourriture venait hors saison, des fruits d'été en hiver et d'hiver en été.
Ahmadou M. Kanté revient sur cet épisode dans son article Comment Marie est-elle célébrée dans le Coran ?, où il décrit le rôle de Zacharie comme tuteur de Marie et le lien entre ce qu'il voit près d'elle et sa propre demande. Soufiane Zitouni cite le même verset dans Ramadhan : le mois du non-agir par excellence comme l'image d'un abandon confiant à Dieu.
L'invocation secrète d'un vieil homme
C'est devant ce signe que Zacharie prie. L'enseignement tient en peu de mots : celui qui voit Dieu pourvoir à une jeune fille retirée dans un sanctuaire comprend que rien n'est impossible à Dieu, même un enfant donné à un couple âgé. « Alors, Zacharie pria son Seigneur, et dit : « O mon Seigneur, donne-moi, venant de Toi, une excellente descendance. Car Tu es Celui qui entend bien la prière » » (3:38).
La sourate Maryam s'ouvre sur ce récit, présenté comme « un récit de la miséricorde de ton Seigneur envers Son serviteur Zacharie » (19:2). Il invoque son Seigneur « d'une invocation secrète » (19:3), c'est-à-dire à voix basse, sans témoin. Il dit sa faiblesse : « mes os sont affaiblis et ma tête s'est enflammée de cheveux blancs ». Il rappelle qu'il n'a jamais été déçu en priant Dieu. Il craint le comportement de ceux qui hériteront de lui, et son épouse est stérile. Il demande un descendant qui hérite de lui et de la famille de Jacob, et qui soit agréable à Dieu (19:4 à 19:6).
L'héritage dont il parle est, pour la majorité des commentateurs, celui de la prophétie et de la science, non celui des biens : un hadith bien connu dit que les prophètes ne laissent pas d'héritage matériel. Dans la sourate Al-Anbiya, la même prière tient en une phrase : « Ne me laisse pas seul, Seigneur, alors que Tu es le meilleur des héritiers » (21:89).
L'annonce de Yahya et l'étonnement de Zacharie
La réponse vient pendant qu'il prie debout dans le sanctuaire, par la voix des anges : « Voilà qu'Allah t'annonce la naissance de Yahya, confirmateur d'une parole d'Allah. Il sera un chef, un chaste, un prophète et du nombre des gens de bien » (3:39). La sourate Maryam précise : « Son nom sera Yahya. Nous ne lui avons pas donné auparavant d'homonyme » (19:7).
Zacharie s'étonne : « O mon Seigneur, comment aurais-je un garçon maintenant que la vieillesse m'a atteint et que ma femme est stérile ? » (3:40, 19:8). L'étonnement n'est pas un manque de foi : il dit l'écart entre l'ordre naturel et ce que Dieu annonce. Dieu répond : « Ainsi sera-t-il ! Ton Seigneur a dit : Ceci m'est facile. Et avant cela, Je t'ai créé alors que tu n'étais rien » (19:9).
La sourate Al-Anbiya résume l'événement : « Nous l'exauçâmes, lui donnâmes Yahya et guérîmes son épouse. Ils concouraient au bien et Nous invoquaient par amour et par crainte. Et ils étaient humbles devant Nous » (21:90). Les exégètes lisent « guérîmes son épouse » comme la levée de la stérilité.
Le signe du silence
Zacharie demande un signe : « Seigneur, donne-moi un signe » (3:41). Dans la sourate Al-Imran, la réponse est : « pendant trois jours tu ne pourras parler aux gens que par geste. Invoque beaucoup ton Seigneur ; et glorifie-Le, en fin et en début de journée ». Dans la sourate Maryam : « tu ne pourras pas parler aux gens pendant trois nuits tout en étant bien portant » (19:10).
Les deux formulations se complètent : trois jours et trois nuits, en parfaite santé. Les exégètes comprennent que Zacharie ne pouvait plus parler aux hommes, mais gardait la liberté d'invoquer et de louer Dieu : la langue retenue pour les gens servait la prière.
Il sort du sanctuaire et fait signe à son peuple : « Priez matin et soir » (19:11). Même muet, il enseigne. Le signe est donc à la fois une preuve pour lui et un rappel pour son peuple.
Zacharie, Marie et Jésus : deux annonces qui se répondent
Le Coran place les annonces de Yahya et de Jésus côte à côte, dans la sourate Al-Imran comme dans la sourate Maryam. Dans les deux cas, un message divin annonce une naissance que rien ne laissait attendre : à un vieil homme et à une femme stérile, puis à une vierge. La première annonce prépare à la seconde. Si Dieu peut donner un enfant à Zacharie, Il peut aussi le donner à Marie.
Yahya est présenté comme « confirmateur d'une parole d'Allah » (3:39) : pour la majorité des commentateurs, il atteste Jésus, appelé « parole » de Dieu en 3:45. Le récit de la sourate Al-Imran les enchaîne sans rupture : Zacharie prie auprès de Marie, puis les anges parlent à Marie elle-même (3:42 à 3:47).
Cette proximité est aussi dans la tradition : d'après Bukhari et Muslim, lors du voyage nocturne, le Prophète rencontre au deuxième ciel Jean et Jésus, qu'on lui présente comme cousins. Voir l'Isrâ' et le Mi'râj.
Ce que la tradition retient, et la version de l'Évangile
Chez Luc (chapitre 1), Zacharie est un prêtre du Temple, de la division d'Abia, marié à Élisabeth, descendante d'Aaron. L'ange Gabriel lui apparaît pendant le service de l'encens, lui annonce un fils nommé Jean et, parce qu'il doute, le rend muet jusqu'à la naissance. Le Coran garde la même trame : l'annonce, l'étonnement d'un homme âgé, un silence qui est un signe. Il en change la durée (trois jours ou trois nuits) et ne présente pas ce silence comme une sanction, mais comme le signe demandé par un croyant.
Un hadith rapporté par Muslim dit que Zacharie était charpentier : un prophète vivait de son travail. Sur la fin de sa vie, certains récits d'exégètes disent qu'il fut tué par des opposants d'Israël, sans que le Coran ni un hadith solide ne le dise. Les savants distinguent ce qui est dit par le texte de ce qui vient des récits d'Israël, et traitent ceux-ci avec prudence.
La mémoire populaire garde aussi ses lieux. Eric Geoffroy note, dans le culte des saints au Proche-Orient, que le prophète Zakariyyâ, père de Yahya, tient dans la grande mosquée d'Alep un rôle comparable à celui de Yahya dans la mosquée des Omeyyades de Damas, à un moindre degré.
La leçon d'une prière persévérante
Ce que la tradition retient surtout, c'est l'exemple de la prière sans lassitude : Zacharie prie en secret, sans dissimuler sa faiblesse, rappelle à Dieu qu'il ne l'a jamais déçu et espère contre l'évidence. Son invocation est souvent citée comme modèle de du'â, la prière de demande faite avec confiance.
Le Coran en donne lui-même le portrait moral : « Ils concouraient au bien et Nous invoquaient par amour et par crainte. Et ils étaient humbles devant Nous » (21:90). Les trois attitudes sont celles de la foi mûre : l'élan vers le bien, l'espérance et la crainte, l'humilité.
Pour situer Zacharie parmi les autres envoyés, voir la page Les prophètes en islam.



