Abrahamإبراهيم

Ibrâhîm

Abraham (Ibrâhîm) est l'un des prophètes les plus présents du Coran : 69 mentions dans 25 sourates, et une sourate, la quatorzième, porte son nom. L'islam voit en lui l'ami de Dieu (khalîl Allâh), le croyant droit (hanîf) qui a brisé les idoles et survécu au feu, le père de nombreux prophètes et, avec son fils Ismaël, le bâtisseur de la Maison sacrée de La Mecque. Il est la référence commune des trois monothéismes.

  • 69

    Mentions dans le Coran

  • 63

    Versets

  • 25

    Sourates

Les grandes étapes

  1. Un père idolâtreAbraham interroge son père et son peuple sur leurs statues (6:74, 19:42).
  2. Les astresL'étoile, la lune, le soleil : il se tourne vers le Créateur des cieux et de la terre (6:76-6:79).
  3. Les idoles briséesSeul dans le temple, il met les statues en pièces, sauf la plus grande (21:57-21:58).
  4. Le feuJeté au bûcher, il est sauvé : « O feu, sois fraîcheur » (21:68-21:69).
  5. La séparation et l'émigrationIl quitte les siens et part vers son Seigneur (19:48, 37:99) ; Loth l'accompagne (29:26).
  6. Le roi et la résurrectionIl confond un roi et demande à voir comment Dieu ressuscite les morts (2:258, 2:260).
  7. Hâjar et IsmaëlSelon la tradition, il établit Hâjar et Ismaël dans la vallée de La Mecque (14:37).
  8. Les hôtes et l'annonce d'IsaacDes envoyés lui annoncent un fils et la ruine du peuple de Loth (11:69-11:76).
  9. La MaisonAvec Ismaël, il élève les assises de la Kaaba (2:127, 22:26).
  10. L'appel au pèlerinageIl reçoit l'ordre d'annoncer le Hajj aux gens (22:27).
  11. Le songe de l'immolationIl se voit immoler son fils, qui se soumet (37:102).
  12. Le rachatDieu rachète l'enfant « d'une immolation généreuse » (37:105-37:107).
  13. La naissance d'Isaac, sa postéritéIsaac est annoncé comme prophète ; la prophétie reste dans la descendance (37:112, 57:26).
  14. Un nom resté dans la postérité« Paix sur Abraham » (37:108-37:109) ; les croyants suivent sa religion (16:123).

Qui est Abraham (Ibrâhîm) en islam ?

Abraham, en arabe Ibrâhîm, est un prophète (nabî) et un messager (rasûl) d'Allah, honoré par les musulmans, les juifs et les chrétiens. Le Coran le nomme 69 fois, ce qui en fait, après Moïse, l'un des prophètes les plus cités, et la tradition le range parmi les cinq messagers dits « doués de fermeté » avec Noé, Moïse, Jésus et Muhammad : Dieu a pris d'eux « un engagement solennel » (33:7). Il est aussi, avec Noé, celui à qui Allah a donné une descendance porteuse de « la prophétie et le Livre » (57:26).

Le Coran ne donne pas sa généalogie. Il mentionne son père, appelé Âzar (6:74). Les commentateurs ne s'accordent pas : pour beaucoup d'anciens, c'est le nom du père, que la Bible appelle Térah ; d'autres y voient un surnom, un titre, ou un oncle ou tuteur, car le mot « père » (ab) en arabe couvre ces sens. Ahmadou M. Kanté rappelle cette divergence dans Abraham face à son peuple. La Bible situe sa naissance à Our, en Mésopotamie ; la tradition islamique reprend en général ce cadre, puis fait émigrer Abraham vers la Syrie-Palestine, l'Égypte et enfin le Hedjaz. Ces localisations viennent de la tradition et de la Bible, non du texte coranique.

Abraham est le père de nombreux prophètes : Ismaël, ancêtre des Arabes selon la tradition, et Isaac, père de Jacob et des prophètes d'Israël. Il est aussi l'oncle de Loth, qui « crut en lui » (29:26). Pour la vue d'ensemble, voir les prophètes de l'islam et le lexique pour nabî et rasûl.

Abraham et son père : la recherche de Dieu et les astres

Le Coran raconte d'abord un chercheur de vérité. Abraham dit à son père : « Prends-tu des idoles comme divinités ? Je te vois, toi et ton peuple, dans un égarement évident » (6:74). Il lui parle avec douceur et insistance : « O mon père, pourquoi adores-tu ce qui n'entend ni ne voit, et ne te profite en rien ? » (19:42), « il m'est venu de la science ce que tu n'as pas reçu ; suis-moi, donc, je te guiderai sur une voie droite » (19:43). Le père le menace de lapidation et le chasse ; Abraham répond : « Paix sur toi. J'implorerai mon Seigneur de te pardonner » (19:46-19:47).

L'épisode des astres suit un raisonnement par étapes. Abraham observe une étoile, la lune, puis le soleil et dit chaque fois « Voilà mon Seigneur ! », avant de constater qu'ils disparaissent : « Je n'aime pas les choses qui disparaissent » (6:76). Il conclut : « Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé (à partir du néant) les cieux et la terre » (6:79). Les commentateurs se partagent sur le sens de la scène : un cheminement réel de jeunesse, une manière de mettre son peuple devant l'absurdité de ses divinités, ou une démonstration par l'absurde. Cheikh Khaled Bentounès la lit comme un cheminement intérieur, de la lumière la plus faible à la plus forte, dans son récit Histoire des prophètes : Abraham, où il rapporte aussi des récits de la tradition populaire sur la naissance d'Abraham dans une caverne, qui ne figurent pas dans le Coran.

Le Coran insiste sur la méthode : Abraham pose des questions plus qu'il n'assène. « Que sont ces statues auxquelles vous vous attachez ? », demande-t-il, et le peuple répond : « Nous avons trouvé nos ancêtres les adorant » (21:52-21:53). Ailleurs : « Vous entendent-elles lorsque vous [les] appelez ? » (26:72). Pour Kanté, ces échanges fondent une démarche rationnelle et critique que le Coran offre en modèle.

Les idoles brisées et le feu : le miracle d'Abraham

Abraham passe de la parole à l'acte. « Par Allah ! Je ruserai certes contre vos idoles une fois que vous serez partis » (21:57). Il met les statues en pièces, « hormis [la statue] la plus grande » (21:58). Interrogé, il renvoie la question : « C'est la plus grande d'entre elles que voici, qui l'a fait. Demandez-leur donc, si elles peuvent parler » (21:63). Les accusateurs se ravisent un instant et avouent : « Tu sais bien que celles-ci ne parlent pas » (21:65). Abraham répond : « Adorez-vous donc, en dehors d'Allah, ce qui ne saurait en rien vous être utile ni vous nuire non plus ? » (21:66). La sourate 37 reprend la scène : « Adorez-vous ce que vous-mêmes sculptez, alors que c'est Allah qui vous a créés, vous et ce que vous fabriquez ? » (37:95-37:96).

La réponse du peuple est la violence : « Brûlez-le. Secourez vos divinités si vous voulez faire quelque chose (pour elles) » (21:68). Allah ordonne alors : « O feu, sois pour Abraham une fraîcheur salutaire » (21:69). Le Coran ajoute : « Ils voulaient ruser contre lui, mais ce sont eux que Nous rendîmes les plus grands perdants » (21:70) ; ailleurs, « Allah le sauva du feu » (29:24), et Abraham et Loth sont conduits « vers une terre que Nous avions bénie pour tout l'univers » (21:71).

Les détails du bûcher viennent de la tradition. Un récit rapporté par al-Bukhârî, d'après Ibn 'Abbâs, dit que la parole d'Abraham au moment d'être jeté au feu fut « Allah nous suffit, Il est le meilleur garant » (hasbunâ Allâh wa ni'ma l-wakîl), que le Prophète Muhammad reprendra lui-même devant la menace de ses ennemis. Des commentateurs identifient le roi persécuteur à Nimrod, nom biblique que le Coran ne donne pas. Ahmadou M. Kanté lit l'épisode comme un miracle du récit lui-même, où la logique d'Abraham précède l'intervention divine, dans Abraham face au feu.

Le roi, la résurrection et l'émigration

Le Coran garde d'autres échanges d'Abraham. Avec un roi qui prétendait, lui aussi, donner la vie et la mort, il lance un défi : « Puisqu'Allah fait venir le soleil du Levant, fais-le donc venir du Couchant » ; l'autre « resta confondu » (2:258). Les commentateurs voient en ce roi le même souverain que dans le récit du feu, ou un autre de la même époque : le texte ne le dit pas.

Abraham demande aussi à voir : « Seigneur ! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts. » Dieu répond : « Ne crois-tu pas encore ? » « Si ! dit Abraham ; mais que mon cœur soit rassuré » (2:260). Il reçoit l'ordre de prendre quatre oiseaux, de les diviser sur des monts séparés puis de les appeler : ils reviennent « en toute hâte ». Les anciens commentateurs, dont al-Tabarî, y voient l'illustration de la résurrection ; plusieurs soulignent que cette demande n'exprime pas un doute mais le désir de passer de la certitude de la science à celle de la vue.

Vient ensuite la séparation. « Je me sépare de vous, ainsi que de ce que vous invoquez, en dehors d'Allah, et j'invoquerai mon Seigneur » (19:48) ; « Moi, je pars vers mon Seigneur et Il me guidera » (37:99). Le Coran ne dit pas où Abraham se rend. La Bible parle d'un départ d'Our vers Harrân, puis Canaan ; Kanté évoque la région du Châm. Le Coran précise le fruit de cette rupture : « Puis, lorsqu'il se fut séparé d'eux et de ce qu'ils adoraient en dehors d'Allah, Nous lui fîmes don d'Isaac et de Jacob ; et de chacun Nous fîmes un prophète » (19:49).

Les hôtes d'Abraham, Sarah et la naissance d'Isaac

Des envoyés d'Allah rendent visite à Abraham. Le Coran raconte la scène en trois endroits : « Nos émissaires sont, certes, venus à Abraham avec la bonne nouvelle, en disant : Salâm ! Il dit : Salâm !, et il ne tarda pas à apporter un veau rôti » (11:69). Leurs mains ne touchent pas la nourriture : il se méfie, et ils le rassurent : « N'aie pas peur, nous sommes envoyés au peuple de Lot » (11:70). Ils lui annoncent « un garçon plein de savoir » (15:53, 51:28). Abraham répond avec étonnement, car la vieillesse l'a touché ; les envoyés disent : « Ne sois donc pas de ceux qui désespèrent » (15:55) et il leur rétorque : « Et qui désespère de la miséricorde de son Seigneur, sinon les égarés ? » (15:56).

Sa femme, que la tradition nomme Sarah, s'étonne à son tour : « Vais-je enfanter alors que je suis vieille et que mon mari, que voici, est un vieillard ? » (11:72). Les envoyés répondent : « T'étonnes-tu de l'ordre d'Allah ? » (11:73). C'est l'annonce d'Isaac, « et après Isaac, Jacob » (11:71).

La même visite annonce la destruction du peuple de Loth. Abraham intercède : « Mais Lot s'y trouve ! » (29:32), puis « discuta avec Nous (en faveur) du peuple de Lot » (11:74). Le Coran le décrit alors comme « longanime, très implorant et repentant » (11:75) et conclut : « O Abraham, renonce à cela ; car l'ordre de ton Seigneur est déjà venu » (11:76). Mustapha Cherif voit dans cet accueil le modèle de l'hospitalité sacrée dans Abraham/Ibrahim, réapprendre à vivre ensemble.

Hâjar, Ismaël et la Kaaba : Abraham à La Mecque

Le Coran relie Abraham à la Maison sacrée. Allah lui indique son emplacement : « Quand Nous indiquâmes pour Abraham le lieu de la Maison (la Kaaba) [en lui disant] : Ne M'associe rien ; et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour, pour ceux qui s'y tiennent debout et pour ceux qui s'y inclinent et se prosternent » (22:26). Puis : « Et fais aux gens une annonce pour le Hajj. Ils viendront vers toi, à pied, et aussi sur toute monture » (22:27). Abraham et son fils Ismaël élèvent ensemble les assises de la Maison : « O notre Seigneur, accepte ceci de notre part ! Car c'est Toi l'Audient, l'Omniscient » (2:127). Le « lieu où Abraham se tint debout » (maqâm Ibrâhîm) devient lieu de prière (2:125).

Sa prière pour la cité est l'une des plus célèbres : « O mon Seigneur, fais de cette cité un lieu sûr » (14:35), puis : « O notre Seigneur, j'ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée, afin qu'ils accomplissent la Salât. Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d'une partie des gens. Et nourris-les de fruits » (14:37). Avec Ismaël, il demande aussi : « Envoie l'un des leurs comme messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse » (2:129), invocation que la tradition rattache à la venue du Prophète Muhammad.

Le Coran ne raconte pas comment la famille d'Abraham est arrivée dans cette vallée. Le récit vient de hadiths rapportés par al-Bukhârî d'après Ibn 'Abbâs : Abraham laisse Hâjar et leur nourrisson Ismaël près de l'emplacement de la future Maison, avec un peu d'eau et de dattes. Hâjar demande : « Est-ce Dieu qui te l'a ordonné ? » ; il répond oui, et elle dit : « Alors Il ne nous abandonnera pas. » Quand l'eau manque, elle court sept fois entre Safa et Marwa ; la source de Zamzam jaillit près de l'enfant. La course (le sa'y) est reprise dans le pèlerinage. Bentounès retrace cet épisode dans son récit, qui le relie au thème de l'âme en quête de vérité. Voir aussi la Kaaba, La Mecque et le Hajj.

L'épreuve du sacrifice et l'Aïd al-Adha

Le Coran dit l'épreuve en quelques versets. Abraham part « vers son Seigneur » et demande une descendance vertueuse (37:99-37:100). Allah lui fait « la bonne annonce d'un garçon longanime » (37:101). Quand l'enfant est en âge de l'accompagner, Abraham lui dit : « Je me vois en songe en train de t'immoler. Vois donc ce que tu en penses. » Le fils répond : « O mon cher père, fais ce qui t'est commandé : tu me trouveras, s'il plaît à Allah, du nombre des endurants » (37:102). Quand tous deux se sont soumis, Allah l'appelle : « Abraham ! Tu as confirmé la vision » (37:104-37:105). C'était « l'épreuve manifeste » (37:106), et l'enfant est racheté par « une immolation généreuse » (37:107). L'annonce d'Isaac vient ensuite (37:112).

Le nom du fils n'est pas donné par le texte. Les savants se partagent depuis les premiers siècles : al-Tabarî penche pour Isaac, comme la Bible ; Ibn Kathîr, qui expose les deux avis, retient Ismaël, notamment parce qu'Isaac n'est annoncé qu'après l'épisode ; al-Qurtubî rapporte les deux lectures. Des rapports remontent à des Compagnons dans les deux sens. Les articles d'Oumma discutent le point : Ahmadou M. Kanté défend Ismaël dans Le sacrifice d'Abraham dans la Bible et le Coran (1/2) et (2/2). Voir aussi les pages Ismaël et Isaac.

Pour Eric Geoffroy, l'épisode illustre le thème de l'épreuve (balâ') : Dieu ne veut pas la vie de l'enfant mais le détachement du cœur (Aïd El Adha : le sacrifice d'Abraham). Les musulmans commémorent ce rachat par l'Aïd al-Adha, le dixième jour du mois du pèlerinage, en sacrifiant un animal et en partageant la viande. Une tradition rapportée d'Ibn 'Abbâs rattache aussi la lapidation des stèles à Mina au souvenir d'Abraham repoussant Satan. Jean Abd-al-Wadoud Gouraud relie l'Aïd à l'unité des Révélations dans L'Aïd al-Adha et le monothéisme abrahamique.

L'ami de Dieu, le hanîf, le guide des hommes

Le Coran donne à Abraham plusieurs titres. Il est l'ami de Dieu : « Allah avait pris Abraham pour ami privilégié » (4:125), d'où son surnom al-Khalîl, que porte aussi la ville d'Hébron en arabe. Il est le hanîf, celui qui se détourne de l'erreur pour se tourner vers Dieu seul (3:67, 6:161). Il est un « guide parfait » (littéralement une umma à lui seul, notent Ibn Kathîr et d'autres), « soumis à Allah, voué exclusivement à Lui » (16:120), « reconnaissant pour Ses bienfaits » (16:121). Il est « très véridique » (19:41), « plein de sollicitude et indulgent » (9:114), et celui qui « a tenu parfaitement » sa mission (53:37).

Il est surtout l'homme éprouvé : « Quand ton Seigneur eut éprouvé Abraham par certains commandements, et qu'il les eut accomplis, le Seigneur lui dit : Je vais faire de toi un exemple à suivre pour les gens » (2:124). Ibn 'Abbâs, rapporté par al-Tabarî, y voyait notamment dix pratiques de la fitra (nettoyage et purification). Le Prophète, selon al-Bukhârî et Muslim, a dit qu'Abraham s'était circoncis à quatre-vingts ans. Sa soumission est résumée dans 2:131 : « Quand son Seigneur lui avait dit : Soumets-toi, il dit : Je me soumets au Seigneur de l'Univers. »

Le Coran le propose en exemple, avec une réserve : « Vous avez eu un bel exemple en Abraham et en ceux qui étaient avec lui » quand ils désavouèrent l'idolâtrie, « exception faite de la parole d'Abraham [adressée] à son père » (60:4), c'est-à-dire de sa promesse de demander pardon pour lui, que le Coran explique par une promesse faite avant de comprendre que son père était un ennemi d'Allah (9:114). Les « feuilles d'Abraham et de Moïse » sont aussi mentionnées (53:37, 87:19). Les musulmans le citent à chaque prière : la formule de bénédiction sur le Prophète, dite dans le tashahhud, demande à Dieu de bénir Muhammad « comme Tu as béni Abraham et la famille d'Abraham ». Selon les récits du Mi'râj, le Prophète l'a rencontré au ciel, adossé à la Maison peuplée (al-Bayt al-Ma'mûr).

Abraham, père commun : juifs, chrétiens et musulmans

Le Coran fait d'Abraham la référence commune sans l'enfermer dans une communauté : « Abraham n'était ni Juif ni Chrétien. Il était entièrement soumis à Allah (Musulman). Et il n'était point du nombre des Associateurs » (3:67). La Thora et l'Évangile « ne sont descendus qu'après lui » (3:65). Les plus proches de lui sont « ceux qui l'ont suivi, ainsi que ce Prophète-ci, et ceux qui ont la foi » (3:68). Le Coran ordonne de suivre « la religion d'Abraham » (3:95, 16:123), à entendre comme le pur monothéisme, et rappelle que c'est lui qui a nommé les croyants « Musulmans » (22:78). Le mot « musulman » est ici pris dans son sens premier de « soumis à Dieu ».

Les récits coranique et biblique se recoupent et divergent. Le texte biblique ne rapporte ni l'épisode des idoles brisées ni celui du feu (on en trouve des versions dans des commentaires juifs plus tardifs) ; elle situe le sacrifice sur une montagne de la terre de Moriah, avec Isaac, après l'envoi d'Agar et d'Ismaël dans le désert. Le Coran développe la recherche de Dieu, fait d'Abraham le bâtisseur de la Kaaba avec Ismaël et ne nomme pas le fils du sacrifice. Le Coran se présente comme confirmant les Écritures antérieures et rectifiant ce qui s'y est écarté. Samir Arbache situe ces traditions dans leur cadre oriental dans Histoire des religions abrahamiques.

Pour plusieurs auteurs d'Oumma, la figure d'Abraham invite au dialogue plus qu'à la rivalité : Cheikh Khaled Bentounès voit en lui l'aïeul d'une même famille spirituelle aux trois branches, et Mustapha Cherif y trouve un point de rencontre autour de l'hospitalité et de la fraternité. D'autres rappellent que le Coran demande de ne pas diviser la religion révélée à Noé, Abraham, Moïse et Jésus (42:13). Poursuivre avec Isaac, Jacob et Ismaël.

Abraham : les thématiques

Chaque question avec les articles qu'Oumma y a consacrés.

La quête de Dieu et les astres

Abraham observe l'étoile, la lune et le soleil avant de se tourner vers le Créateur des cieux et de la terre (6:75-79) : un raisonnement que les auteurs lisent comme un cheminement intérieur.

Face à son peuple : la raison contre l'idolâtrie

Questions, ruse des statues brisées, dialogue avec son père : Abraham engage la discussion avec sa raison avant de s'en séparer.

Le feu devenu fraîcheur

Condamné au bûcher, Abraham est sauvé par la parole de Dieu au feu (21:68-70).

Hâjar, Ismaël et Zamzam

Un récit de la tradition place Hâjar et son fils dans la vallée de La Mecque, où jaillit Zamzam ; la course entre Safa et Marwa en garde le souvenir.

La Kaaba et la station d'Abraham

Abraham et Ismaël élèvent les assises de la Maison et reçoivent l'ordre de la purifier ; le maqâm Ibrâhîm reste un lieu de prière.

Le sacrifice : Ismaël ou Isaac ?

Le Coran tait le nom du fils (37:99-113) et les savants se partagent depuis les premiers siècles.

L'Aïd al-Adha, mémoire d'Abraham

La fête du sacrifice commémore le rachat de l'enfant et appelle au partage.

Hospitalité et fraternité

L'accueil des hôtes envoyés par Dieu (11:69, 51:24-27) fait d'Abraham un modèle de partage et de vivre ensemble.

Abraham et les trois monothéismes

Ni juif ni chrétien, mais soumis à Dieu (3:67) : la figure commune des trois traditions et ses lectures différentes.

Abraham dans le Coran : versets choisis

  • Coran

    « [Et rappelle-toi] quand ton Seigneur eut éprouvé Abraham par certains commandements, et qu’il les eut accomplis, le Seigneur lui dit: «Je vais faire de toi un exemple à suivre pour les gens». – «Et parmi ma descendance?» demanda-t-il. – «Mon engagement, dit Allah, ne s’applique pas aux injustes» »

    Sourate 2 (Al-Baqarah), verset 124 →
  • Coran

    « Et quand Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Maison: «O notre Seigneur, accepte ceci de notre part! Car c’est Toi l’Audient, l’Omniscient. »

    Sourate 2 (Al-Baqarah), verset 127 →
  • Coran

    « Abraham n’était ni Juif ni Chrétien. Il était entièrement soumis à Allah (Musulman). Et il n’était point du nombre des Associateurs. »

    Sourate 3 (Al-Imran), verset 67 →
  • Coran

    « Quand la nuit l’enveloppa, il observa une étoile, et dit: «Voilà mon Seigneur!» Puis, lorsqu’elle disparut, il dit: «Je n’aime pas les choses qui disparaissent». »

    Sourate 6 (Al-Anam), verset 76 →
  • Coran

    « Nous dîmes: «O feu, sois pour Abraham une fraîcheur salutaire». »

    Sourate 21 (Al-Anbiya), verset 69 →
  • Coran

    « Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit: «O mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses». (Ismaël) dit: «O mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants». »

    Sourate 37 (As-Saffat), verset 102 →
  • Coran

    « Qui est meilleur en religion que celui qui soumet à Allah son être, tout en se conformant à la Loi révélée et suivant la religion d’Abraham, homme de droiture? Et Allah avait pris Abraham pour ami privilégié. »

    Sourate 4 (An-Nisa’a), verset 125 →
  • Coran

    « Abraham était un guide (‘Umma) parfait. Il était soumis à Allah, voué exclusivement à Lui et il n’était point du nombre des associateurs. »

    Sourate 16 (An-Nahl), verset 120 →
  • Coran

    « Et quand Nous indiquâmes pour Abraham le lieu de la Maison (La Kaaba) [en lui disant]: «Ne M’associe rien; et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour, pour ceux qui s’y tiennent debout et pour ceux qui s’y inclinent et se prosternent». »

    Sourate 22 (Al-Hajj), verset 26 →
  • Coran

    « O notre Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée [la Ka’ba], – ô notre Seigneur – afin qu’ils accomplissent la Salât. Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d’une partie des gens. Et nourris-les de fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants? »

    Sourate 14 (Ibrahim), verset 37 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Toutes les mentions de Abraham

Abraham est nommé 69 fois, dans 63 versets de 25 sourates (décompte du Quranic Arabic Corpus).

Voir les 63 versets, sourate par sourate
  • Sourate 2, Al-Baqarah : 124, 125, 126, 127, 130, 132, 133, 135, 136, 140, 258, 260
  • Sourate 3, Al-Imran : 33, 65, 67, 68, 84, 95, 97
  • Sourate 4, An-Nisa’a : 54, 125, 163
  • Sourate 6, Al-Anam : 74, 75, 83, 161
  • Sourate 9, At-Tawbah : 70, 114
  • Sourate 11, Hud : 69, 74, 75, 76
  • Sourate 12, Yusuf : 6, 38
  • Sourate 14, Ibrahim : 35
  • Sourate 15, Al-Hijr : 51
  • Sourate 16, An-Nahl : 120, 123
  • Sourate 19, Maryam : 41, 46, 58
  • Sourate 21, Al-Anbiya : 51, 60, 62, 69
  • Sourate 22, Al-Hajj : 26, 43, 78
  • Sourate 26, As-Shuaraa : 69
  • Sourate 29, Al-Ankabut : 16, 31
  • Sourate 33, Al-Ahzab : 7
  • Sourate 37, As-Saffat : 83, 104, 109
  • Sourate 38, Sad : 45
  • Sourate 42, As-shoura : 13
  • Sourate 43, Azzukhruf : 26
  • Sourate 51, Ad-Dariyat : 24
  • Sourate 53, An-Najm : 37
  • Sourate 57, Al-Hadid : 26
  • Sourate 60, Al-Mumtahanah : 4
  • Sourate 87, Al-Ala : 19

Questions fréquentes

Qui est Abraham (Ibrâhîm) dans l'islam ?+

Abraham est un prophète et messager d'Allah, appelé l'ami de Dieu (khalîl Allâh). Le Coran le présente comme un croyant droit (hanîf), ni juif ni chrétien, qui a rejeté l'idolâtrie, élevé la Kaaba avec son fils Ismaël et subi l'épreuve du sacrifice. Il est le père de nombreux prophètes.

Que s'est-il passé quand Abraham a été jeté dans le feu ?+

Selon le Coran, son peuple voulait le brûler après qu'il eut brisé les idoles. Allah dit au feu d'être pour Abraham « une fraîcheur salutaire » (21:69), et il en sortit indemne. Les détails (le roi nommé Nimrod, la catapulte) viennent de la tradition, non du Coran.

Quel fils Abraham devait-il sacrifier : Ismaël ou Isaac ?+

Le Coran ne nomme pas le fils (37:99-113). Ibn Kathîr et de nombreux commentateurs pensent qu'il s'agit d'Ismaël ; al-Tabarî et d'autres retiennent Isaac, comme la Bible. Les savants des deux avis sont nombreux et le débat n'est pas clos.

Quel est le lien entre Abraham et la Kaaba ?+

Le Coran dit qu'Abraham et Ismaël ont élevé les assises de la Maison (2:127) et qu'Allah a indiqué à Abraham son emplacement (22:26). Il a aussi reçu l'ordre d'appeler les gens au pèlerinage (22:27). Le maqâm Ibrâhîm, où il se tint debout, est un lieu de prière (2:125).

Pourquoi Abraham est-il appelé « l'ami de Dieu » ?+

Le Coran dit : « Allah avait pris Abraham pour ami privilégié » (4:125). Les commentateurs y voient la récompense de sa soumission totale et des épreuves traversées (2:124). C'est le seul prophète que le Coran qualifie ainsi ; la tradition donne à Moïse le titre de kalîm Allâh, « celui à qui Dieu a parlé ».

Que commémore l'Aïd al-Adha ?+

L'Aïd al-Adha, la fête du sacrifice, commémore le rachat du fils d'Abraham par un animal (37:107). Il a lieu le dixième jour du mois de dhû l-hijja, à la fin du pèlerinage. Les musulmans sacrifient un animal et en partagent la viande, notamment avec les plus démunis.

Abraham est-il le père des Arabes et des Juifs ?+

Selon la tradition, oui : Ismaël est l'ancêtre des Arabes du Hedjaz et Isaac, père de Jacob, l'ancêtre des prophètes d'Israël. Pour l'islam, Abraham est avant tout un modèle de foi (3:68) : les plus proches de lui sont ceux qui l'ont suivi, non ceux qui en descendent par le sang.

Qu'est-ce que la « religion d'Abraham » en islam ?+

C'est le monothéisme pur (hanîfiyya) : adorer Dieu seul, sans associé, et se soumettre à Lui. Le Coran ordonne de la suivre (3:95, 16:123) et affirme qu'Abraham n'était ni juif ni chrétien mais soumis à Allah (3:67).

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