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Aïd El Adha : Le sacrifice d’Abraham

Selon l’islam, le Coran est le point terminal de la Révélation pour cette humanité. Il se présente de fait comme la récapitulation et la synthèse des messages antérieurs, et maints récits bibliques y sont relatés de façon condensée et allusive. Le caractère sibyllin du « Livre », on va s’en rendre compte, apparaît nettement dans l’épisode du sacrifice d’Abraham.

Cet épisode, évoqué dans la sourate 37, ressort au thème coranique de l’épreuve (balâ’), qui agit comme une véritable pédagogie spirituelle à l’adresse des croyants et à fortiori des prophètes : l’élection et l’investiture ont pour passage obligé la purification. Abraham (Ibrâhîm en arabe) a été choisi comme « ami intime de Dieu » (khalîl Allâh) parce qu’il a subi avec succès maintes épreuves1. L’une des plus intenses fut sans doute ce songe au cours duquel le patriarche se vit en train d’immoler son fils :

– « Ô mon fils, je vois en rêve que je t’égorge. Qu’en penses-tu ? »

– « Père, répondit le fils, fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras, si Dieu veut, parmi ceux qui supportent [l’épreuve] » (Cor. 37 : 102).

Tous les traducteurs rendent ce passage au temps passé (« Ô mon fils, j’ai vu en rêve que… »), mais il importe de restituer le présent employé dans le texte arabe, car celui-ci a pour fonction de susciter l’instantanéité de la vision d’Abraham. Si l’on nous permet l’image, celui-ci vit la vision en direct, non en différé.

Les commentateurs insistent sur la dimension onirique de la scène – absente du récit biblique -, et Ibn ‘Arabî, le grand maître du soufisme souligne que c’est en fait un bélier qui est apparu à Abraham durant son sommeil, mais sous les traits de son fils. Cependant, Abraham n’a pas interprété, « transposé » dit l’arabe, cette vision car, selon l’avis des commentateurs, le songe ou la vision des prophètes relève de la révélation (wahy), et est perçu par eux comme une réalité immédiate.

En effet : « Lorsqu’ils se furent tous deux abandonnés à la volonté divine (aslamâ) et qu’Abraham eut couché son fils le front contre terre, Nous l’appelâmes : ” Ô Abraham, tu as ajouté foi à la vision ! ” C’est ainsi que nous rétribuons les êtres doués d’excellence (103-105) ». En réalité, la vision qu’a reçue Abraham ne lui intimait pas d’immoler matériellement son fils, mais de le consacrer à Dieu. Nous rejoignons ici la tradition judaïque2.

– « Voici certes l’épreuve évidente » (106) : épreuve suprême de soumission à Dieu que de se croire contraint d’égorger son fils ! Selon certains soufis, l’épreuve consistait à donner son vrai sens à la vision. Ils font remarquer que l’enfant est le symbole de l’âme. C’est donc son “moi” que Dieu demande à Abraham d’immoler, cette âme prophétique élevée, certes, mais encore capable d’amour pour un autre que Dieu. Or, afin d’être investi pleinement de l’intimité divine, Abraham doit vider son coeur de tout attachement aux créatures. D’ailleurs, l’épisode du sacrifice suit immédiatement un passage où l’on voit Abraham détruire les idoles adorées par son peuple (84-98). Dans son cas, la réalisation ultime de l’Unicité (tawhîd) supposait la destruction de tout penchant naturel, de tout résidu égotique, forme subtile d’idolâtrie.

– « Nous le rachetâmes par un sacrifice solennel » (107), car l’enjeu est immense. Un bélier venant, selon la tradition, du paradis, et conduit sur terre par l’ange Gabriel pour le sacrifice, se substitue au fils : grâce à ce transfert, Dieu rachète à Abraham toute sa descendance, prophétique et autre, afin de mieux la préserver et la bénir. Ainsi, « Nous perpétuâmes [le souvenir d’Abraham] parmi les générations postérieures (108). Paix sur Abraham ! » (109) : après la soumission (islâm) vient la paix (salâm). L’animal, être pur parce qu’il connaît par intuition directe son Créateur, à l’instar des règnes minéral et végétal (Ibn ‘Arabî), peut en effet prendre la place d’un humain pur, prophète et fils de prophète. Par son sacrifice consenti, il permet aux « fils d’Adam » – et pas seulement d’Abraham – de régénérer leurs énergies vitale et spirituelle.

En aucun endroit de ce récit, le Coran ne mentionne si le fils offert en oblation est Ismaël, père des Arabes, fils de la servante Agar jalousée par Sara, ou Isaac, son frère cadet, père des Juifs. Cette imprécision a partagé les auteurs musulmans, chacun tirant argument de façon opposée des mêmes passages coraniques en faveur d’Isaac ou d’Ismaël. Dans une perspective islamique, il était tentant d’identifier la victime du sacrifice à Ismaël.

En effet, celui-ci a aidé Abraham à bâtir la Kaaba de La Mecque (Cor. 2 : 125-127), et certains rites actuels du Pèlerinage (Hajj), tels que la lapidation de Satan, trouvent leur fondement dans le sacrifice qui aurait eu lieu à Mina, un des sites du Hajj. Pourtant, la plupart des commentateurs ne cèdent pas à cette tentation, et étalent au grand jour les divergences d’opinion. Voici un bel exemple du pluralisme régnant au sein de la pensée musulmane médiévale.

Il n’empêche que la commémoration du sacrifice d’Abraham, actualisée chaque année par le sacrifice d’animaux, est devenue la « grande fête » (al-‘îd al-kabîr) des musulmans, célébrée le 10 de Dhû l-Hijja, mois du Pèlerinage. Le Hajj, ceux qui l’ont accompli le savent bien, est une épreuve : répétition du Jugement dernier, il est mort à ce monde et résurrection.

À l’instar de la bête, le pèlerin est l’offrande sacrificielle dont le parcours rituel permet à la communauté musulmane, et au-delà à l’humanité, de se régénérer. Si le sacrifice animal garde aujourd’hui toute sa pertinence, et si le partage et le don de la viande perpétuent « l’hospitalité sacrée » d’Abraham, il importe de ne pas perdre de vue le sens premier du sacrifice : la purification intérieure.

Pour qui connaît le Coran, l’ambiguïté du discours divin à propos d’Isaac et d’Ismaël est délibérée. Elle rappelle celle qui plane sur le récit coranique de la crucifixion ou la non-crucifixion du Christ3, lequel, selon les chrétiens, s’est sacrifié sur la croix pour le rachat de l’humanité. Enfin, le silence coranique sur l’identité du fils sacrifié – ou sanctifié -, au regard du contexte actuel, peut être perçu comme une source tantôt de rivalité et d’inimitié, tantôt de proximité voire d’intimité entre juifs et musulmans. Ne serait-ce pas dans le dépassement de l’ego, vrai sens du sacrifice abrahamique, que les uns et les autres parviendront à restaurer une harmonie séculaire mise à mal par des développements politiques récents ?

Notes :

1. Voir Cor. 2 : 124.
2. Voir par exemple Exode 13 : 2.
3. Cf. Cor. 4 : 157.

19 commentaires

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  1. Je ne suis pas musulman, ni croyant d’une autre religion.
    Autant la portée symbolique du sacrifice d’Abraham me paraît intéressante, telle que décrite, par exemple, plus bas dans cette page par @etiennedolet (26 août 2018 à 10 h 23 min), autant cette histoire d’un dieu qui a l’idée étrange de demander à un homme d’immoler son fils me laisse perplexe.

    Et penser qu’au 21e siècle un Dieu demande à ses fidèles (exige ?) de lui sacrifier des moutons me semble un déni d’intelligence. Faut-il perpétuer un rite qui pouvait avoir du sens il y a deux millénaires, mais dont la barbarie gratuite ne me paraît pas correspondre aux besoins spirituels de l’homme d’aujourd’hui ?

    D’autre part je regrette que les autorités françaises autorisent en cette occasion “dans le but de garantir le libre exercice des pratiques religieuses”, une méthode d’abattage contraire à la loi. Je ne fais pas de sentimentalisme excessif mais je pense que la dignité de l’homme est d’éviter d’infliger toute souffrance inutile, tant à ses semblables qu’au monde animal.

    • @mistigris
      votre propos complète très judicieusement ce que j’ai exposé précédemment.
      je n’ai pas souhaité développer cette partie du mythe, afin de ne pas alourdir ma proposition, mais je partage entièrement votre point de vue (pour ne pas dire votre indignation).
      Le mythe d’Abraham peut être compris comme une volonté d’abolir la barbarie qui affligait encore le comportement des humains vivant dans cette époque.
      Il implique à mes yeux en tous cas, une notion évidente, de progrès.
      quel progrès y a-t-il à prolonger de manière opérative, ce vestige douloureux de notre passé ?
      A mon sens aucun. et pour aller encore plus loin, cela me parait en totale contradiction avec le sens profond du message !
      En quoi les hommes sont-ils fondés pour prendre le vivant (d’innocentes créature animales)comme victime expiatoire de leur propres turpitudes ?
      Ce peu de considération pour le maillon qui nous a précédemment porté, m’a toujours scandalisé.
      Que serions nous sans eux. Ils nous tout appris.
      Grace aux oiseaux, nous construisons des avions, grâce aux lapins et autres renards, nous savons creuser des galeries, et aux poissons des sous-marins etc… etc.
      Nous touchons le fond de l’ingratitude, lorsque nous utilisons leurs noms pour nous insulter entre nous, c’est quand même un comble !!!
      D’ailleurs je remarque à cet égard, que cette vision dégradante a été reprise par tous les fachos de la terre.
      Dans leur volonté d’avilir, de délégitimer leurs opposants, voire les ennemis qu’ils avaient eux même désignés, ils n’ont eu de cesse de chercher à les déshumaniser en utilisant des noms d’animaux.
      Les nazis ont fait très fort sur ce terrain, puisqu’ils ont cherché délibérément à nier la dimension humaine des Juifs, en les traitants de rats, de vermine, de sous-hommes ??? de dégénérés, de serpents etc… etc .
      Le comble de l’horreur (s’il y a un comble dans ce domaine) fut atteint à Ravensbruck, lorsque la devise du camp (de femmes) fut connue ” traitez comme de la boue, et elles deviendrons de la boue”
      Les Islamos-Fascistes n’ont rien à apprendre des nazis, puisque délibérément ils utilisent les mêmes méthodes. (la , il est question de porc, de singes, etc .. etc..) les animaux sont différents, mais la volonté reste la même !
      déshumaniser, pour discréditer !
      Pour revenir sur le terrain des “mythes” , les juifs et les chrétiens, ont me semble-t-il, franchi cette étape (sacrificielle) de manière à peine plus pacifique.
      Les pains azymes, les hosties, peuvent s’adapter au 21ème siècle.
      L’égorgement des moutons, non !
      sur ce point je vous suis totalement !!!
      cordialement

  2. J’entends bien toutes ces théories sur la signification de l’Aid, merci oumma et tous les intervenants à ce sujet pour leur contribution. Il n’en demeure pas moins qu’il est interdit d’égorger un animal au sein de son domicile en France, aller à l’abattoir communale? Honnêtement ce n’est pas une fête mais un calvaire pour beaucoup de musulmans. L’Aid el kébir est une sunna moutaakada, c’est à dire sans obligation formelle mais suppose des conditions pour l’être. Ne pourrions nous pas trouver une solution qui ferait qu’on a obligation de sortir l’équivalent de la valeur d’un mouton sans avoir à le tuer, mais en faire profiter des familles au Maghreb ou ailleurs à des musulmans dans le monde en leur envoyant la somme d’argent équivalente à la valeur d’un mouton duquel eux pourront mieux en profiter, est ce possible?
    D’avance merci de vos réponses.

  3. Quand est-ce qu’on va commencer à étudier le Coran avec un peu de rationalité, comme il le demande ?
    Il est impossible de conclure à travers le seul Coran qu’il y a eu dans cette affaire d’égorgement un “ordre” divin. Si cela était le cas, Ibrahim, l’ami de Dieu, n’aurait pas demandé son avis à son fils. Il est vraisemblable que le patriarche avait entendu les récits de certains potentats orientaux qui sacrifiaient leurs premiers-nés à leurs dieux, notamment Baal et Moloch, et qu’il avait fait un cauchemar. Son erreur est d’avoir pris à son compte l’avis de son fils encore immature (“Fait ce qui t’a été ordonné”), alors que le Coran dit que jamais Dieu ne peut être l’auteur d’un ordre de cette nature. Lisons donc ce qu’il dit dans la sourate 6 :
    – 6:137 De même, les divinités [allégées] de nombreux associateurs leur ont fait miroiter [l’idée] d’immoler leurs enfants, de façon à les anéantir [eux-mêmes] et pour adultérer leur mode de vie . Si Dieu l’avait voulu, ils ne l’auraient pas fait. Laisse-les donc, eux et ce qu’ils inventent.
    – 6:140 Perdus sont ceux qui, dans leur sottise et sans [véritable] savoir, ont tué leurs propres enfants et qui ont déclaré illicite la [source de] revenus que Dieu leur a dispensée, en affabulant au sujet de Dieu. Ils se sont égarés et n’ont pas été [bien] guidés.
    Mais, bien sûr, la plupart des gens vont préférer l’écoute des hadiths et des sornettes soufies.
    Par ailleurs, comment peut-on sensément croire qu’un dieu qui donne l’ordre d’un sacrifice humain accepte de se faire arnaquer avec un mouton !!

  4. l’aid el adha est une obligation du coran et n’a rien a voir avec ibrahim ni sounnate errassoul. le verset 196 de la sourate 2 el baqarra est on ne peut plus clair. Il est recommandé aux musulmans de faire le péléribbage, si vous en etes empeché, alors un sacrifice qui vous soit facile.
    وَأَتِمُّوا الْحَجَّ وَالْعُمْرَةَ لِلَّهِ فَإِنْ أُحْصِرْتُمْ فَمَا اسْتَيْسَرَ مِنَ الْهَدْيِ وَلاَ تَحْلِقُوا
    رُءُوسَكُمْ حَتَّىٰ يَبْلُغَ الْهَدْيُ مَحِلَّهُ فَمَنْ كَانَ مِنْكُمْ مَرِيضًا أَوْ بِهِ أَذًى مِنْ رَأْسِهِ فَفِدْيَةٌ مِنْ
    صِيَامٍ أَوْ صَدَقَةٍ أَوْ نُسُكٍ فَإِذَا أَمِنْتُمْ فَمَنْ تَمَتَّعَ بِالْعُمْرَةِ إِلَى الْحَجِّ فَمَا اسْتَيْسَرَ مِنَ الْهَدْيِ
    فَمَنْ لَمْ يَجِدْ فَصِيَامُ ثَلاَثَةِ أَيَّامٍ فِي الْحَجِّ وَسَبْعَةٍ إِذَا رَجَعْتُمْ تِلْكَ عَشَرَةٌ كَامِلَةٌ ذَٰلِكَ لِمَنْ
    لَمْ يَكُنْ أَهْلُهُ حَاضِرِي الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ وَاتَّقُوا اللَّهَ وَاعْلَمُوا أَنَّ اللَّهَ شَدِيدُ الْعِقَابِ
    [2:196] Accomplissez pour Dieu le Hajj et la `Umra. Si vous en êtes empêchés, faites
    une offrande qui vous soit facile, et ne rasez pas vos têtes avant que l’offrande ne soit
    parvenue à sa destination. Quiconque parmi vous est malade ou souffre d’une affection de
    la tête, doit compenser par un jeûne, une aumône ou un rite d’adoration. Puis, quand vous
    êtes bien portant, quiconque progresse de la `Umra au Hajj doit faire une offrande qui lui
    est facile, et s’il ne peut pas, qu’il jeûne trois jours pendant le Hajj et sept une fois de
    retour, soit un total de dix. Ceci est pour ceux dont la famille n’est pas présente à la Masjid
    Al-Harâm. Prémunissez-vous de Dieu, et sachez que Dieu est sévère en punition.

  5. Le père des prophètes Ibrahim (Abram) a eu son premier fils Ismaël à l’age de 80 ans.

    Son cœur s’est partagé entre l’amour de son fils et celle d’Allah, chose qui ne devrait pas être pour ce prophète l’ami d’Allah.

    Allah lui a fait le test, égorger son fils, le père des prophètes avait réussi le test, Allah lui avait offert un mouton à la place de son fils.

    Ismaël veut dire dans la langue du prophète Ibrahim (Abram) : El a entendu la prière de Ibrahim)
    Abram veut dire Ab (père) ram (bien aimé).

  6. Salam KCM
    Je partage exactement ton avis. sur cette partie de la sourate ” les rangées”
    Je voudrais te poser une question,
    dans la version arabe de la sourate “Le pélérinage” y a t’il vraiment mentionner un sacrifice animal “bête de cheptel” dans le verset 34 et 36 ? y a t’il une deuxième lecture à avoir ?

    car dans le verset 37. il est mentionné, “Ni leurs chairs ni leurs sangs n’atteindront Allah, mais ce qui L’atteint de votre part c’est la piété.Ainsi vous les a-t-Il assujettis afin que vous proclamiez la grandeur d’Allah, pour vous avoir mis sur le droit chemin. Et annonce la bonne nouvelle aux bienfaisants.”

    est ce donc un rite non obligatoire de sacrifier un animal lors du grand pélerinage ? ou est une parabole dans le sens de se purifier intérieurement à l’instar d’un animal ( soumit à Allah ) et de nourrir le mendiant de sa pureté, de sa foi ? n’y a t’il pas une symbolique à cette sourate ? n’y a t’il pas un sens caché qui nécessiterait une lecture du coeur ( de l’âme ) et non des yeux uniquement ?

    Que la paix soit sur toi

  7. samson
    Oui, un peu comme vous sionistes vous avez sous-titré la réalité palestinienne pour en faire une colonie hébraico-américaine.

    Quant au noble Quran, ne vous inquiétez pas il demeurera intouchable alors que votre Torah factice (composée 400 ans après la mort de Moïse) vous aura enfoncé encore plus dans le mensonge blasphématoire. Dieu vous a envoyé des miracles (la mer fendue en deux par exemple), qu’avez-vous fait? Vous avez adoré un veau… parlons-en du grand n’importe quoi métaphysique.

    • @Abou

      L’anthropologie a plus que démontré que la fuite d’Egypte était une invention. L’économie égyptienne n’en n’a pas souffert, et les traces de foyers dans les désert sont absentes. On en déduit généralement que Moïse est un personnage mythique, comme Abraham.
      Cet article a d’ailleurs le mérite d’analyser des symboles, sans se référer à une éventuelle historicité des faits décrits. Dans l’AT, ils étaient d’ailleurs abominables. Un père égorgeant son fils dans un accès de démence, mais stoppé in extremis par le Tout Puissant (ou son épouse, au vu de son état d’ébriété?).
      Bref, à la place du pauvre Isaac de la Bible, je me serais enfui dans la minute, de peur d’une éventuelle récidive.
      A part ça, René Girard a passablement bien analysé la mécanique sacrificielle. Je ne suis pas d’accord avec tout, (entre autres, le mimétisme d’appropriation), mais ça fonctionne quand même bien.
      Sinon, vous vous hasardez à dater l’AT. … et la fuite d’Egypte… Sur quelles bases? Vous évoquez aussi les miracles, à savoir des mythes récurrents issus généralement de catastrophes singulières, dont on tente aujourd’hui de reconstituer l’origine et la nature. Pour les plaies d’Egypte, on sait qu’il s’agissait d’une éruption volcanique. La “mer coupée en deux” correspondrait à un phénomène de reflux des eaux par vent très fort, mais ailleurs. Tous les mythes ont une origine, et se transmettent ensuite durant des millénaires. Celui du Déluge, par exemple, qui a parcouru la planète durant des milliers d’années.
      C’est toujours le problème de la croyance. Quand on vérifie, on l’invalide. Mais la foi se nourrit de la contestation des faits. Ca explique le succès des sectes.

      • @patrice
        oui, la réalité historique des mythes, des légendes, des personnages, reste très discutable, c’est le moins que l’on puisse dire !!!
        néanmoins “les mythes nous rongent, mais tiennent bon” comme le chante E.Mitchel
        Quelle est la raison de leur persistance ?
        L’inconscient collectif de l’humanité a souhaité les conserver dans sa “mémoire longue”, et chaque génération continue de les aborder avec le regard de son époque.
        Pour beaucoup,ils sont devenus des symboles.
        Des symboles, que chacun s’approprie à sa manière (ce qui est le propre des symboles)
        Les mystiques y voient une intervention transcendante (l’Éternel) les autres un simple témoignage de l’évolution des consciences.
        Ce qui conduit nécessairement à des approches différentes, toutes aussi respectables, les unes que les autres.
        Dans la vision humaniste, voire philosophique, le mythe d’Abraham est considéré comme un point de passage.
        Un passage qui témoigne de la lente progression de l’Homme.
        Le contexte “sacrificiel” de l’époque dans lequel se situe ce psychodrame, est extrêmement barbare , et violent.
        Le mythe le rendra “archaïque”
        En décidant de rompre avec ce passé , Abraham par son geste, fait franchir à l’Humanité, un pas que beaucoup jugent décisif , puisqu’il a souhaité préserver sa spiritualité (son fils) qui est son avenir, au détriment d’un animal, (un mouton) représentant le maillon qui l’a précédemment porté.
        Ce sera le prix à payer pour s’inscrire dans une nouvelle perspective d’évolution et de progrès.
        C’est bien (de mon point de vue) cette vision progressiste de l’humanité, constituant un des fondements de l’humanisme, qui conduira K.Marx à exprimer cette conviction
        “l’Homme mérite que l’on espère en lui ”
        cordialement

        • @Etienne Dollet

          On est d’accord, comme d’habitude. Girard analysait le sacrifice animal en en faisant une sublimation du sacrifice humain. On est en plein dans le sujet. Reste le fait que célébrer un attrape nigauds prête un peu à sourire.
          Ceci dit, le père Noël….
          A part ça, je suis assez pessimiste concernant l’avenir de l’humanité. Ca me rappelle un peu : “Le livre XIII de Bokonon avait un titre fort long: “A la lumière du dernier million d’années d’histoires de l’humanité, peut-on encore concevoir quelque espoir pour cette espèce?”. Le livre lui même ne comportait en revanche qu’un seul mot: “Non” ”
          Je crois que c’était dans “Tous à Zanzibar”, mais je n’en suis pas sur. Brunner, Vonnegut? C’est dur de vieillir. Au fait, on est en quelle année? 76? Boutin! Il va faire chaud. Je crains le pire pour le Bordeaux à venir. Vous imaginez du Bordeaux à 15°? Mais quelle époque de mairde, boutin! Je crois bien que je vais retourner au moyen age, comme les radicos secs.
          Bref.

  8. Le coran parle d’égorger et non pas d’immoler afin de . L’immolation en Islam est interdite.
    Le sacrifice, comme tous les actes d’adoration, ne doit être pratiqué que pour Allah et il est interdit de le pratiquer pour un autre que Lui qui qu’il soit.
    Celui qui partique un sacrifie pour un autre qu’Allah en voulant par cela l’adorer et le glorifier a commis un acte d’association majeure le faisant sortir de l’Islam.

    L’imam Nawawi (mort en 676) a dit : « Sache que le sacrifice pour celui qui est adoré est comme la prosternation. Ces deux choses sont parmi les formes de glorification et d’adoration qui sont uniquement pour Allah qui est le seul à mériter d’être adoré.
    Celui qui égorge pour un autre qu’Allah parmi les vivants ou les objets comme une idole en voulant par cela le glorifier et l’adorer alors la bête sacrifiée est interdite à la consomation et ceci est un acte de mécréance comme si il s’était prosterné pour un autre qu’Allah en voulant l’adorer ».
    (Al Majmou’ Charh Al Mouhadhab vol 8 p 385)
    D’après ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit : « Allah maudit (1) celui qui égorge un animal pour un autre que lui, Allah maudit celui qui donne asile à un innovateur, Allah maudit celui qui maudit ses parents (2), Allah maudit celui qui change les limites des terrains (3) ».
    (Rapporté par Mouslim dans son Sahih n°1978)
    Le sacrifice d’Abraham avait deux utilités : Une mise à l’épreuve et une leçon. D’une part, Dieu voulant éprouver la foi d’Abraham, lui fit voir en rêve le sacrifice de son fils. Abraham obéit et s’apprête à mettre en exécution l’ordre de son Seigneur. D’autre part, Dieu voulut nous indiquer le caractère abominable de l’acte. C’est pourquoi, juste au moment où Abraham failli poser le couteau sur la gorge de l’enfant, un ange l’empêcha et lui présenta un bélier à la place de l’enfant.

        • immoler
          verbe transitif
          1.
          Religion
          Tuer en sacrifice à une divinité.
          Immoler une victime sur l’autel.
          synonymes : sacrifier
          2.
          au figuré littéraire
          Abandonner (qqch.) dans un esprit de sacrifice ou d’obéissance.
          Immoler ses intérêts à son devoir.

          Il existe cependant des expressions comme “s’immoler par le feu”, en référence à un suicide rituel, mais dans ce cas, on précise le procédé employé.
          S’agissant des sacrifices d’animaux, Girard pense qu’ils se sont substitués aux sacrifices humains, au sein des sociétés évoluées. Le but était d’apaiser les tensions entre la population et le pouvoir. (la fameuse mécanique dite “du bouc émissaire”). Ceci dit, la peine de mort remplit aujourd’hui cette fonction barbare.

    • Ca pourrait expliquer l’internement d’Abraham à Clermont-sur-Oise, durant dix longues années, et la plainte d’Isaac pour tentative de meurtre.
      Désolé, je transpose juste en 2018.
      Ceci dit, Jeanne d’Arc, par exemple, ne serait plus brûlée par Margareth Thatcher, en 2018. Elle serait internée à Clermont avec Abraham, pour schizophrénie aggravée. Idem pour Bernadette Soubirous, la mères des porteuses de hidjab, mais avec une croix, comme Sœur Thérèse.com.
      Ceci dit, je me demande si on n’avait pas à faire à une contamination par l’ergot de seigle, qui contient de l’acide lysergique (le fameux LSD).
      Ceci étant posé, si Dieu vous conseille d’égorger votre enfant, je vous déconseille de passer à l’acte. Je n’aime pas trop les enfants, mais 15 ans de cabane, ça fait long, quand on n’a plus que quelques années à vivre.
      Bref. Mieux vaut assassiner des animaux. Au moins, ils ne portent pas plainte.

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