Naissance et prénoms en islamالولادة

L'arrivée d'un enfant est reçue en islam comme un bienfait de Dieu, qu'on remercie et qu'on accompagne de gestes simples : une invocation, un prénom choisi avec soin, une 'aqîqa et, pour les garçons, la circoncision. Cette page rappelle ce que la tradition recommande, ce qui est obligatoire et ce sur quoi les savants ne s'accordent pas.

Comment l'islam accueille-t-il un nouveau-né ?

La naissance est d'abord une grâce que l'on reçoit avec gratitude. Le croyant remercie Dieu, et l'entourage félicite les parents par des formules simples, comme barakallahoufik (« que Dieu te bénisse »). La reconnaissance occupe une place centrale dans la morale musulmane : dans son étude sur la reconnaissance et l'ingratitude, Ahmadou M. Kanté distingue la gratitude envers Dieu et celle que l'on doit à ses semblables, deux dimensions qui se retrouvent au berceau, entre remerciement du Créateur et reconnaissance envers les parents. Voir aussi le shukr dans le lexique.

La tradition rapporte plusieurs gestes de bienvenue. On murmure parfois l'appel à la prière (adhân) à l'oreille du nouveau-né, pour que ses premières paroles entendues soient celles de la foi. Les savants discutent de la solidité des récits qui fondent cet usage, mais il est très répandu. On pratique aussi le tahnîk, qui consiste à frotter le palais du bébé avec un peu de datte mâchée, geste que la tradition prophétique rapporte et que l'on confie volontiers à une personne pieuse de l'entourage. Ces gestes sont recommandés, jamais obligatoires, et chaque famille les vit selon sa culture.

L'islam rappelle surtout que l'enfant est un dépôt dont les parents répondent : il a droit à la vie, à un nom, à la filiation, à l'allaitement et à l'éducation. Le Coran dit que les mères allaitent leurs enfants deux années complètes pour qui veut un allaitement entier (sourate 2, verset 233). Il condamne aussi, sans ambiguïté, la pratique antéislamique qui consistait à mettre à mort des enfants par crainte de la misère (sourate 17, verset 31).

Comment choisir un prénom musulman ?

Le prénom est le premier droit de l'enfant sur ses parents. Les savants recommandent un nom dont le sens est beau, facile à porter et qui ne prête pas à la moquerie. La tradition rapporte que le Prophète a changé des noms de sens fâcheux, et déconseille ceux qui évoquent le mal, l'orgueil ou la malédiction. Elle cite aussi comme particulièrement aimés des noms composés avec « serviteur de », comme Abdallah ou Abderrahmane, c'est-à-dire « serviteur de Dieu » et « serviteur du Miséricordieux ».

L'islam encourage ainsi plusieurs familles de prénoms : ceux des prophètes (Ibrahim, Mûsâ, Îsâ, Yûsuf, Maryam) ; ceux des Compagnons et des figures marquantes de l'histoire musulmane ; ceux qui expriment une qualité (Karim, Salim, Najat) ; et les noms de servitude construits à partir des beaux noms de Dieu, que le Coran invite à invoquer (sourate 7, verset 180). On ne nomme pas un enfant du nom de Dieu lui-même sans le préfixe « serviteur de ».

Rien n'oblige à choisir un prénom arabe. Un prénom d'une autre langue est permis dès lors que son sens ne contredit pas la foi. Les familles musulmanes de France font d'ailleurs des choix très divers. Nabil Mati, dans son article sur les prénoms arabo-musulmans en France, rappelle, à partir des données de l'Insee et des travaux du sociologue Baptiste Coulmont, que la part des prénoms d'origine arabe donnés à la naissance est plus faible qu'on ne le dit souvent et que beaucoup de parents issus de l'immigration choisissent des prénoms « internationaux ». Le choix se fait donc entre trois considérations : le sens, la transmission familiale et la vie de l'enfant dans la société où il grandit.

Le prénom se donne dès la naissance ou, selon la tradition, au plus tard le septième jour, souvent en même temps que la 'aqîqa.

Qu'est-ce que la 'aqîqa ?

La 'aqîqa est le sacrifice d'un animal à l'occasion d'une naissance, en remerciement à Dieu. La tradition la situe le septième jour, et c'est aussi le moment où l'on donne officiellement son prénom à l'enfant. La viande est cuite et partagée avec la famille, les voisins et les personnes dans le besoin. Il ne s'agit pas d'une fête de prestige mais d'un acte de gratitude et de solidarité.

Sur son statut, les écoles se divisent. Pour la majorité des savants, notamment chez les chaféites et les hanbalites, c'est une sunna confirmée. Les malikites la tiennent pour recommandée, et les hanafites pour permise, sans la rendre obligatoire. Le nombre d'animaux diffère aussi : beaucoup de juristes prescrivent deux têtes de petit bétail pour un garçon et une pour une fille, quand les malikites en comptent une pour chacun. Si le septième jour est passé, plusieurs savants autorisent à la faire plus tard ; si l'on n'en a pas les moyens, elle n'est pas due.

Dans son article sur la prière de consultation, Azzedine Gaci observe que la 'aqîqa fait partie des traditions musulmanes dont la pratique est revenue chez les musulmans de France, au même titre que le jeûne des six jours de Chawwâl. Beaucoup de familles aujourd'hui la réalisent en confiant l'achat et l'abattage à une association ou à un organisme qui distribue la viande à des familles pauvres. Les savants admettent cette solution quand elle respecte les conditions de l'abattage rituel (voir halal).

Que dit l'islam de la circoncision ?

La circoncision des garçons (khitân) est une pratique commune à tous les musulmans, rattachée à la tradition d'Abraham. Les savants divergent sur son statut : chez les chaféites et les hanbalites, elle est généralement obligatoire ; chez les hanafites et les malikites, elle est le plus souvent considérée comme une sunna, c'est-à-dire une tradition confirmée mais non obligatoire. Aucun texte ne fixe d'âge précis. Le médecin Abdallah Thomas Milcent, dans sa réponse à un lecteur, la présente comme une sunna et non un devoir, précise qu'elle est faite le plus souvent dans les premières semaines de vie et conseille d'en confier la réalisation à un professionnel de santé.

En pratique, on circoncit les nourrissons le plus tôt possible, parce que le geste est plus simple et la cicatrisation plus rapide. En France, la circoncision pour motif religieux n'est pas prise en charge par l'assurance maladie, au contraire d'une circoncision justifiée médicalement. Pour l'homme qui se convertit à l'âge adulte, les avis sont partagés : certains savants la recommandent, d'autres dispensent celui qui craint pour sa santé, et aucun ne la compte parmi les conditions pour devenir musulman (voir conversion).

La circoncision des filles, en revanche, est une pratique culturelle étrangère aux textes fondateurs. Les institutions religieuses de nombreux pays musulmans la condamnent aujourd'hui, et elle est interdite en France. Elle ne doit pas être confondue avec la circoncision masculine.

Pourquoi fête-t-on la naissance du Prophète ?

La question de la naissance revient chaque année autour du Mawlid, qui commémore la naissance du Prophète le douzième jour du mois de rabî' al-awwal. La date n'est pas formellement établie par les sources, mais la tradition dominante retient cette journée. Les musulmans ne s'accordent pas sur l'opportunité de la célébrer : certains y voient une innovation (bid'a), d'autres une expression légitime d'amour pour le Prophète, comme l'illustre une fatwa attribuée à al-Suyûtî citée par Oumma. L'auteur P.S.M., dans son texte sur la naissance du Prophète, invite à dépasser une lecture seulement intellectuelle de cet événement pour y retrouver un lien du cœur avec le Messager.

Le Mawlid a sa propre page dans le calendrier des fêtes : voir Achoura, Mawlid, nuit du Destin. On y retrouve les arguments des deux positions, sans trancher entre elles.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le prénom et la 'aqîqa ?+

Le prénom est donné à l'enfant dès sa naissance ou au plus tard le septième jour. La 'aqîqa est le sacrifice d'un animal, en remerciement à Dieu, dont la viande est partagée. Les deux se font souvent le même jour, mais le prénom est un droit de l'enfant alors que la 'aqîqa est une tradition dont le statut varie selon les écoles.

Faut-il un prénom arabe pour un enfant musulman ?+

Non. Aucun texte ne l'exige. L'islam demande un prénom au sens convenable, ni orgueilleux ni péjoratif, et recommande les noms de prophètes, de Compagnons ou de qualités. Un prénom d'une autre langue est permis s'il respecte ces conditions.

La 'aqîqa est-elle obligatoire ?+

Pour la majorité des savants, c'est une tradition confirmée (sunna) et non une obligation ; les hanafites la jugent simplement permise. Ceux qui n'ont pas les moyens de la réaliser n'en sont pas tenus.

À quel âge circoncire un garçon ?+

Aucun texte ne fixe d'âge. Dans la pratique, on circoncit le plus souvent dans les premières semaines ou les premiers mois, parce que le geste est plus simple et la cicatrisation plus rapide. La réalisation doit être confiée à un professionnel de santé.

Que se passe-t-il le septième jour après la naissance ?+

Selon la tradition, le septième jour on donne officiellement son prénom à l'enfant, on réalise la 'aqîqa et, selon l'usage de certains pays, on rase la tête du bébé. Si la date est passée, plusieurs savants autorisent à le faire plus tard.

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Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de Nabil Mati, Dr. Abdallah Thomas Milcent, Azzedine Gaci, Ahmadou M. Kanté.