Que signifie khitan ?
Khitân (ختان) est le mot arabe pour la circoncision. Il vient de la racine kh-t-n, et le verbe khatana signifie « circoncire ». Le geste consiste à retirer le prépuce, en tout ou en partie : comme le rappelle le médecin Abdallah Thomas Milcent, l'important, du point de vue religieux, est d'en enlever une partie, pas forcément la totalité.
Selon les pays, la pratique porte d'autres noms. Au Maghreb, on parle souvent de tahâra, la « purification ». En Turquie, on dit sünnet et en Indonésie sunat, deux mots tirés de sunna, signe que la circoncision y est vue d'abord comme une tradition du Prophète. Le français l'appelle parfois, à tort, « baptême » : l'historien Michel Renard rappelle, dans Les grands impératifs religieux dans la vie du musulman, qu'elle n'a pas la valeur d'un sacrement et n'est pas le mode d'entrée dans la communauté musulmane.
Le khitân s'inscrit parmi les gestes qui entourent l'enfance, avec le choix du prénom et la 'aqîqa. Ils sont présentés sur la page Naissance et prénoms en islam.
Que disent le Coran et la tradition ?
Le Coran ne parle pas de la circoncision. L'article d'Oumma La circoncision le rappelait dès 2000, en citant le passage de la Genèse où Dieu en fait le signe de l'alliance avec Abraham. C'est par Abraham que la tradition musulmane la rattache à la foi. Le Coran demande de suivre sa voie : « Suis la religion d'Abraham qui était voué exclusivement à Allah » (sourate 16, verset 123). Des commentateurs, à la suite d'Ibn 'Abbâs, comptent aussi la circoncision parmi les commandements par lesquels Dieu éprouva Abraham (sourate 2, verset 124). Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, Abraham se circoncit lui-même à quatre-vingts ans.
Un autre hadith, rapporté par Boukhari et Muslim, range la circoncision parmi les cinq pratiques de la [fitra](/islam/lexique/fitra/), la nature originelle de l'être humain, avec le rasage du pubis, la taille de la moustache, la coupe des ongles et l'épilation des aisselles. La circoncision relève donc de la propreté et de l'hygiène autant que de la mémoire d'Abraham, ce qui explique qu'elle soit partagée avec le judaïsme.
La circoncision est-elle obligatoire en islam ?
Les écoles juridiques se partagent en deux groupes. Pour les chaféites et les hanbalites, la circoncision masculine est obligatoire (wâjib), notamment parce qu'elle conditionne la pureté rituelle. Pour les hanafites et les malikites, c'est une sunna fortement recommandée, que l'on ne délaisse pas sans raison. Le Dr Milcent, dans Quel spécialiste consulter pour me faire circoncire ?, présente ainsi la circoncision comme une tradition prophétique et non une obligation.
Dans les faits, l'écart entre les deux avis compte peu : la quasi-totalité des familles musulmanes fait circoncire ses garçons, et les savants des deux groupes en parlent comme d'un marqueur fort de l'appartenance à la communauté. Pour aucun d'eux, en revanche, un homme non circoncis ne cesse d'être musulman, et sa prière reste valide.
À quel âge, et comment se pratique-t-elle ?
Aucun texte ne fixe d'âge. Les chaféites recommandent le septième jour après la naissance ; d'autres juristes préfèrent attendre que l'enfant soit plus grand, et tous demandent qu'elle soit faite avant la puberté. Selon les régions, on circoncit un nourrisson, un garçon de sept ans ou un préadolescent : l'article La circoncision situe l'usage courant entre sept jours et treize ans. Le chiffre de 21 jours, souvent cherché, vient en réalité de la 'aqîqa, que la tradition situe le septième, le quatorzième ou le vingt et unième jour.
En France, le Dr Milcent conseille de circoncire le plus tôt possible : le geste est plus simple, la cicatrisation plus rapide et l'enfant n'en garde pas de souvenir. Il recommande un opérateur expérimenté, de préférence sous anesthésie locale, et précise que la circoncision pour motif religieux n'est pas remboursée par l'Assurance maladie, contrairement à celle qui répond à un motif médical comme le phimosis.
Dans de nombreuses familles, la circoncision donne lieu à une fête : repas, habits traditionnels, chants au Maghreb ; en Turquie, le garçon est vêtu d'un costume de prince pour le sünnet düğünü, la « noce de la circoncision ». Ces usages sont culturels et varient d'un pays à l'autre.
Et pour le converti adulte ?
La circoncision n'est pas une condition pour devenir musulman : la profession de foi, la chahada, suffit. Les savants sont divisés sur ce qu'il convient de conseiller ensuite à l'homme converti. Beaucoup la recommandent, d'autres l'en dispensent s'il craint pour sa santé. Michel Renard rapporte que, selon le savant Muhammad Hamidullah, elle n'est pas obligatoire pour les convertis adultes.
Le même article cite le témoignage du Dr Philippe Grenier, élu député de Pontarlier en 1896 et souvent présenté comme le premier député musulman de France, qui raconte avoir accepté la circoncision lors de sa conversion, sur le conseil de celui qui l'initiait au rite malikite. Le Dr Milcent, lui, conseille aux convertis de s'armer de patience, la cicatrisation étant plus longue chez l'adulte. Voir aussi la page Se convertir à l'islam.
Circoncision et débats en Europe
La circoncision religieuse a été contestée en Europe au nom de l'intégrité physique de l'enfant. En juin 2012, après les complications subies par un garçon musulman de quatre ans, un tribunal de Cologne l'a jugée illégale en l'assimilant à une blessure corporelle. La décision a soulevé la protestation des communautés juive et musulmane et des Églises, et en décembre 2012 le Bundestag a adopté une loi qui l'autorise sous conditions médicales, par 434 voix contre 100. En 2016, une juge anglaise a refusé à un père musulman séparé de faire circoncire ses deux fils contre l'avis de leur mère. En France, la circoncision masculine est légale.
Elle ne doit pas être confondue avec l'excision, la mutilation génitale des filles. Pratique antérieure à l'islam, surtout présente dans certaines régions d'Afrique, elle repose sur des hadiths dont la majorité des savants jugent la chaîne faible, comme le rappelle Malika Hamidi dans L'excision en Europe : amalgames et responsabilités. Elle cite la fatwa de Rachid Ridâ dès 1904 et la condamnation prononcée au Caire en 2006 par le grand mufti d'Égypte Ali Gomaa et d'autres savants. L'excision est interdite et pénalement réprimée en France.










