Que signifie niqab ?
Niqâb (نقاب) vient de la racine n-q-b, « percer, faire une ouverture » : le niqab est le voile de visage percé à hauteur des yeux. Il se porte en général avec un vêtement long et ample, souvent appelé jilbâb ou abaya, et parfois avec des gants. En français, le débat public a popularisé l'expression voile intégral.
Il ne faut pas le confondre avec la burqa, vêtement d'Afghanistan et du Pakistan qui couvre la tête et le corps d'une seule pièce et cache aussi les yeux derrière une grille de tissu. Le hijab, au sens courant, ne couvre que les cheveux et le cou, et le khimar descend jusqu'au buste sans cacher le visage.
Le mot n'appartient pas au vocabulaire du Coran. On le trouve dans la Sunna et dans les traités de droit, qui en discutent le statut à partir de la question plus large de la 'awra, les parties du corps que la femme doit couvrir.
Que disent le Coran et la tradition ?
Les partisans de l'obligation s'appuient surtout sur le verset qui demande aux femmes des croyants « de ramener sur elles leurs grands voiles » (sourate 33, verset 59) : une partie des commentateurs anciens, dont un avis attribué à Ibn 'Abbâs, l'ont compris comme le fait de couvrir le visage en ne laissant voir qu'un œil. Ils citent aussi le verset 53 de la même sourate, qui demande de parler aux épouses du Prophète « derrière un rideau ».
Les partisans de la permission lisent le verset 31 de la sourate 24, qui autorise les femmes à montrer de leurs atours « ce qui en paraît » (sourate 24, verset 31) : selon une explication également rapportée d'Ibn 'Abbâs, il s'agit du visage et des mains. Marwan Sinaceur souligne dans À propos du voile : ce que dit vraiment le Coran que le jilbâb est un manteau et qu'aucun verset ne mentionne le visage.
Un hadith rapporté par Boukhari est cité par les deux camps : le Prophète interdit à la femme en état d'ihrâm de porter le niqab et des gants. Pour les uns, il montre que le niqab était porté à Médine ; pour les autres, que le visage découvert est la règle, puisqu'il l'est dans l'acte le plus sacré. Le mufti de Tunisie, Hamda Saïd, en tirait en 2015 cette conclusion : le niqab n'est ni une obligation ni une sunna confirmée.
Le niqab est-il obligatoire ? L'avis des écoles
Pour les hanafites et les malikites, le visage et les mains de la femme ne font pas partie de la 'awra : le niqab n'est donc pas obligatoire. Des hanafites tardifs l'ont toutefois recommandé là où ils craignaient la tentation (fitna). Pour les hanbalites, dans l'avis dominant de l'école, et pour une partie des chaféites, la femme doit couvrir son visage devant les hommes qui ne sont pas ses mahram. Les chiites ne l'exigent pas.
Les savants contemporains restent divisés. Le muhaddith syrien Nâsir ad-Dîn al-Albânî, pourtant proche des courants salafistes, tenait le voile du visage pour recommandé et non obligatoire, alors que les grandes autorités religieuses saoudiennes le jugent obligatoire. En Égypte, le grand imam d'Al-Azhar Mohammed Sayed Tantaoui a fait scandale en 2009 en demandant à une collégienne d'ôter son niqab, comme le raconte Yasser Khalil dans Égypte : l'interdiction du niqab sous les projecteurs. À l'inverse, 145 théologiens de La Réunion ont défendu la même année, dans une lettre à la France, le caractère religieux du niqab et la liberté de le porter.
Sur le terrain, le niqab reste très minoritaire, y compris dans les pays musulmans, et beaucoup de femmes qui le portent le décrivent comme un choix de piété plus que comme une obligation.
La loi de 2010 : le niqab interdit dans l'espace public en France
Après une mission parlementaire lancée en 2009, la France a adopté la loi du 11 octobre 2010 « interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public ». Elle ne nomme ni l'islam ni le niqab, mais vise la rue, les transports, les commerces et les services publics. Entrée en vigueur le 11 avril 2011, elle punit la contrevenante d'une amende de 150 euros au plus ou d'un stage de citoyenneté, et le fait d'imposer à autrui de se couvrir le visage d'un an de prison et de 30 000 euros d'amende.
Le nombre de femmes concernées a toujours été faible : à l'été 2009, Oumma faisait état de 367 cas recensés, et le ministère de l'Intérieur avançait un ordre de grandeur de deux mille. Un an après l'entrée en vigueur, 299 femmes avaient été verbalisées ; l'homme d'affaires Rachid Nekkaz a payé les amendes de nombreuses d'entre elles. Saisie par une jeune Française, la Cour européenne des droits de l'homme a validé la loi le 1er juillet 2014 (arrêt S.A.S. contre France), au nom de l'exigence du « vivre ensemble ».
La sociologue Agnès De Féo, qui a suivi des femmes en niqab pendant dix ans, juge dans son entretien avec Oumma que la loi a d'abord eu un effet incitatif, avant que le niqab ne devienne presque invisible en France. Henri Goldman et Fatima Zibouh analysent les arguments de ces interdictions dans Niqab : le sens d'une interdiction.
Le niqab ailleurs en Europe et dans le monde musulman
La Belgique a voté une interdiction comparable en 2011, et les Suisses ont approuvé par votation, en mars 2021, l'interdiction de dissimuler son visage dans les lieux publics. D'autres pays européens, comme l'Autriche et le Danemark, ont suivi.
Le débat existe aussi dans les pays musulmans. Le Maroc a interdit en janvier 2017 la fabrication et la vente de la burqa, sans interdire le niqab. La Tunisie a interdit l'accès des institutions publiques aux personnes en niqab en juillet 2019, après un double attentat à Tunis. En Égypte, le ministère de l'Enseignement supérieur a interdit en 2009 aux étudiantes en niqab l'accès à des locaux universitaires, une décision contestée en justice. À l'opposé, le niqab reste la tenue la plus courante des femmes dans une partie de la péninsule Arabique.
Ces mesures sont justifiées, selon les cas, par la sécurité, l'identification des personnes ou l'égalité entre les sexes, et contestées au nom de la liberté religieuse, y compris par des musulmans qui ne jugent pas le niqab obligatoire.










