Talâq

طلاق

Prononciation : ṭalāq · Autres graphies : talaq, répudiation, divorce

Définition

Talâq : Dissolution du mariage par la volonté de l'époux. Le Coran l'encadre par un délai d'attente ('idda) et des étapes de réconciliation. La femme peut obtenir la dissolution par d'autres voies, comme le khul' (divorce par rachat) ou le recours à un juge. Les législations nationales varient beaucoup.

Que signifie talaq ?

Talaq (طلاق, translittéré ṭalâq) vient de la racine ṭ-l-q, qui exprime l'idée de détacher, de délier, de laisser aller. On dit d'une chamelle qu'elle est tâliq quand elle est libre de son entrave, et itlâq signifie « libération ». En droit musulman, le mot désigne la rupture du lien conjugal à l'initiative du mari. Les traductions françaises hésitent entre répudiation, qui souligne le caractère unilatéral de l'acte, et divorce, plus neutre.

Le talaq n'est qu'une des formes de séparation. Le fiqh distingue aussi le khul', demandé par l'épouse, et la dissolution prononcée par un juge. Pour l'ensemble des règles du mariage, de la dot (mahr) au divorce, voir la page Mariage et famille en islam.

Une parole attribuée au Prophète, rapportée par Abû Dâwûd, dit que parmi les choses licites, la plus détestée d'Allah est le divorce. Son authenticité est discutée par les spécialistes du hadith, mais elle est très souvent citée, y compris sur Oumma, pour rappeler que le talaq est un dernier recours.

Le talaq dans le Coran et la sourate At-Talâq

La sourate 65, révélée à Médine, s'intitule At-Talâq, « le Divorce ». Elle s'ouvre ainsi : « Quand vous répudiez les femmes, répudiez-les conformément à leur période d’attente prescrite; et comptez la période » (sourate 65, verset 1). Elle demande de ne pas chasser l'épouse du domicile pendant ce délai, de prendre deux témoins intègres au moment de la reprise ou de la séparation (verset 2) et fixe le délai de la femme enceinte à l'accouchement (verset 4).

La sourate 2 pose les autres règles. Le délai d'attente, l'idda, est de trois cycles, pendant lesquels le mari peut reprendre son épouse s'il veut la réconciliation (sourate 2, verset 228). Le verset 229 précise que ce divorce révocable n'est permis que deux fois, et ouvre à la femme la possibilité de « se racheter ». Le verset 230 règle le cas du troisième divorce. Le Coran recommande enfin, en cas de mésentente, d'envoyer « un arbitre de sa famille à lui, et un arbitre de sa famille à elle » (sourate 4, verset 35).

Talaq révocable, définitif et « triple talaq »

Le premier et le deuxième talaq sont dits révocables (raj'î) : pendant l'idda, le mari peut reprendre la vie commune sans nouveau contrat. Si le délai expire sans reprise, la séparation devient définitive (bâ'in) ; les ex-époux peuvent se remarier, mais avec un nouveau nikah et une nouvelle dot. Après le troisième talaq, le remariage n'est possible que si la femme a épousé un autre homme et que ce mariage a pris fin. Les juristes condamnent le mariage arrangé dans le seul but de contourner cette règle (tahlîl).

Les écoles appellent « talaq conforme à la sunna » une formule unique, prononcée pendant une période de pureté sans rapport sexuel. Le talaq prononcé pendant les règles, ou trois fois en une seule séance, est jugé blâmable (bid'a). Les quatre écoles sunnites le tiennent pourtant pour valide, et comptent le triple talaq comme trois. Un récit rapporté par Muslim, d'Ibn 'Abbâs, indique que trois répudiations en une fois comptaient pour une seule du vivant du Prophète, sous Abou Bakr et au début du califat d'Omar, avant qu'Omar ne les fasse compter pour trois. Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim s'en sont servis pour défendre l'avis minoritaire d'un seul talaq, que reprennent aujourd'hui plusieurs codes de la famille.

L'épouse peut-elle demander le divorce ?

Oui, par trois voies. Le khul' permet à la femme d'obtenir la séparation en restituant tout ou partie de sa dot, sur la base du verset 229 de la sourate 2 ; la tradition rapporte que le Prophète l'accorda à l'épouse de Thâbit ibn Qays, qui ne lui reprochait rien mais ne pouvait plus vivre avec lui. Le contrat de mariage peut aussi déléguer à l'épouse le droit de prononcer elle-même le talaq (tafwîd). Enfin, le juge peut prononcer la séparation (tatlîq), notamment pour préjudice, absence prolongée ou défaut d'entretien. Les malikites, majoritaires au Maghreb, sont les plus larges sur ce point.

Les codes modernes ont beaucoup restreint le talaq unilatéral. En Tunisie, le divorce n'est prononcé que par un juge, comme le rappelle Khalid Chraibi dans Pour la réforme du droit musulman de la famille. En Inde, la Cour suprême a invalidé le triple talaq en 2017 et le gouvernement l'a ensuite érigé en délit.

Le talaq en France

En France, le mariage religieux n'a pas de valeur légale et ne peut être célébré qu'après le mariage civil. Un talaq prononcé par le mari ne dissout donc pas un mariage passé à la mairie : seul un jugement de divorce le fait. En sens inverse, des femmes mariées seulement religieusement restent parfois « bloquées » quand le mari refuse de prononcer le talaq. En janvier 2019, le Conseil théologique des imams du Rhône a rappelé qu'un divorce prononcé par un tribunal est valide pour un couple musulman, même si le mari le rejette, et créé une commission de médiation pour ces cas.

Le débat existe aussi chez les savants européens. En 2005, Ian Hamel racontait comment l'imam de Genève avait proposé au Conseil européen de la fatwa d'exiger des témoins pour toute répudiation, et un juriste français d'aller jusqu'à imposer le passage devant un juge : deux positions alors très minoritaires.

Dans le Coran

  • Coran

    « O Prophète! Quand vous répudiez les femmes, répudiez-les conformément à leur période d’attente prescrite; et comptez la période; et craignez Allah votre Seigneur. Ne les faites pas sortir de leurs maisons, et qu’elles n’en sortent pas, à moins qu’elles n’aient commis une turpitude prouvée. Telles sont les lois d’Allah. Quiconque cependant transgresse les lois d’Allah, se fait du tort à lui-même. Tu ne sais pas si d’ici là Allah ne suscitera pas quelque chose de nouveau! »

    Sourate 65, verset 1 →
  • Coran

    « Et les femmes divorcées doivent observer un délai d’attente de trois menstrues; et il ne leur est pas permis de taire ce qu’Allah a créé dans leurs ventres, si elles croient en Allah et au Jour dernier. Et leurs époux seront plus en droit de les reprendre pendant cette période, s’ils veulent la réconciliation. Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. Et Allah est Puissant et Sage. »

    Sourate 2, verset 228 →
  • Coran

    « S’il divorce avec elle (la troisième fois) alors elle ne lui sera plus licite tant qu’elle n’aura pas épousé un autre. Et si ce (dernier) la répudie alors les deux ne commettent aucun péché en reprenant la vie commune, pourvu qu’ils pensent pouvoir tous deux se conformer aux ordres d’Allah. Voilà les ordres d’Allah, qu’Il expose aux gens qui comprennent. »

    Sourate 2, verset 230 →
  • Coran

    « Si vous craignez le désaccord entre les deux [époux], envoyez alors un arbitre de sa famille à lui, et un arbitre de sa famille à elle. Si les deux veulent la réconciliation, Allah rétablira l’entente entre eux. Allah est certes, Omniscient et Parfaitement Connaisseur. »

    Sourate 4, verset 35 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Mariage et famille

Questions fréquentes

Dire trois fois « je divorce » suffit-il pour divorcer en islam ?+

Pour les quatre écoles sunnites, trois talaq prononcés d'un coup sont valides et comptent pour trois, même si l'acte est jugé blâmable. Ibn Taymiyya, Ibn al-Qayyim et plusieurs codes de la famille modernes n'en comptent qu'un, en s'appuyant sur un récit rapporté par Muslim. En France, ces paroles n'ont de toute façon aucun effet sur un mariage civil, que seul un juge peut dissoudre.

Un divorce prononcé sous la colère est-il valable ?+

La majorité des juristes estiment que le talaq prononcé dans une colère ordinaire est valide, et qu'il ne l'est pas quand la colère fait perdre la conscience de ce que l'on dit. Ibn al-Qayyim a consacré un traité à la question et distingue trois degrés de colère, seul le premier n'empêchant pas la validité. Dans le doute, les fidèles consultent un imam ou un mufti.

Trois mois sans rapports, est-ce un divorce en islam ?+

Non, aucun texte classique ne prévoit qu'une absence de rapports pendant trois mois vaille divorce. Le Coran parle de l'ilâ', le serment de se priver de sa femme, et lui fixe un délai de quatre mois (sourate 2, verset 226) : passé ce délai, le mari doit reprendre la vie conjugale ou divorcer. Les trois mois sont la durée de l'idda pour la femme qui n'a pas de règles.

Une femme peut-elle divorcer en islam ?+

Oui. Elle peut demander le khul', une séparation obtenue en renonçant à tout ou partie de sa dot, faire jouer une clause du contrat qui lui délègue le droit de divorcer, ou saisir un juge pour préjudice, absence ou défaut d'entretien. Les motifs admis varient selon les écoles, les malikites étant les plus larges, et selon les codes de la famille de chaque pays.

Que dit la sourate At-Talâq ?+

La sourate 65, At-Talâq (« le Divorce »), compte 12 versets révélés à Médine. Elle demande de respecter le délai d'attente, de ne pas faire sortir l'épouse de son domicile pendant ce temps, de prendre deux témoins, de loger et d'entretenir la femme enceinte jusqu'à l'accouchement et de rémunérer l'allaitement. Ses versets 2 et 3, sur l'issue que Dieu donne à celui qui Le craint, sont souvent récités hors de ce contexte.

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Voir aussi