Que signifie 'idda ?
La 'idda (عدة), écrite aussi idda ou iddat, est le délai d'attente imposé à la femme après la fin de son mariage, par divorce ou par veuvage, avant qu'elle puisse en contracter un nouveau. Le français juridique parle de délai de viduité.
Le mot vient de la racine ʿ-d-d, qui signifie « compter » : on la retrouve dans 'adad, « nombre », et dans l'ordre coranique « comptez la période » (sourate 65, verset 1). La 'idda est donc, au sens propre, la période que l'on compte. Le mot apparaît dans les sourates 33 et 65, et la chose est réglée en détail dans la sourate 2.
Cette notion appartient au droit de la famille, aux côtés du nikâh, le mariage, et du talâq, la répudiation. L'ensemble de ces règles est présenté sur la page Mariage et famille en islam.
Que dit le Coran sur la 'idda ?
Le Coran distingue plusieurs situations. Pour la femme divorcée qui a ses règles : « Et les femmes divorcées doivent observer un délai d'attente de trois menstrues » (sourate 2, verset 228). Le même verset ajoute qu'elle ne doit pas cacher une grossesse et que le mari peut la reprendre pendant ce délai s'il veut la réconciliation.
Pour la veuve : « celles-ci doivent observer une période d'attente de quatre mois et dix jours » (sourate 2, verset 234). Pour la femme ménopausée ou qui n'a pas encore de règles, le délai est de trois mois, et pour la femme enceinte, il prend fin avec la naissance : « quant à celles qui sont enceintes, leur période d'attente se terminera à leur accouchement » (sourate 65, verset 4).
Enfin, la femme divorcée avant que le mariage ait été consommé n'a pas de délai : « vous ne pouvez leur imposer un délai d'attente » (sourate 33, verset 49). Elle a droit en revanche à la moitié du mahr s'il avait été fixé (sourate 2, verset 237).
Trois cycles : règles ou périodes de pureté ?
Le mot que Hamidullah traduit par « menstrues » est qurû', pluriel de qur', un terme arabe qui peut désigner aussi bien les règles que la période de pureté entre deux règles. Les écoles se sont partagées. Pour les malikites et les chaféites, il s'agit de trois périodes de pureté ; pour les hanafites et les hanbalites, de trois menstruations, ce qui allonge un peu le délai. L'article de la Mosquée El Feth Une musulmane peut-elle épouser un non-musulman ? prend précisément cet exemple pour montrer comment naissent les divergences entre juristes.
Autre cas discuté : la veuve enceinte. La majorité des savants applique le verset 4 de la sourate 65 et fait finir sa 'idda à l'accouchement, même s'il survient peu après le décès. Une minorité, dont un avis attribué à Ali, retenait le plus long des deux délais. Pour la femme qui obtient la séparation par rachat (khul'), la majorité garde trois cycles, tandis qu'un autre avis, retenu notamment par une partie des hanbalites, se contente d'un seul.
À quoi sert la 'idda et que fait-on pendant ce délai ?
Les juristes lui reconnaissent plusieurs buts : s'assurer qu'aucune grossesse n'est en cours, pour que la filiation de l'enfant soit claire ; laisser au couple divorcé le temps de se réconcilier ; marquer le respect dû au mariage et, en cas de veuvage, le deuil.
Dans un divorce révocable, l'épouse reste au domicile conjugal, et le mari continue de l'entretenir : « Ne les faites pas sortir de leurs maisons, et qu'elles n'en sortent pas » (sourate 65, verset 1). Le mari peut reprendre la vie commune (raj'a) sans nouveau contrat tant que le délai court. Une fois la 'idda achevée, il faut un nouveau mariage.
Pour la veuve, la 'idda s'accompagne du deuil (ihdâd). Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, une croyante ne porte pas le deuil plus de trois jours pour un mort, sauf pour son mari, pour qui il dure quatre mois et dix jours. Elle évite alors parure, parfum et sorties sans nécessité, et reste en principe dans le domicile conjugal. Pendant toute 'idda, une demande en mariage ne peut se faire que par allusion, et le contrat attend la fin du délai (sourate 2, verset 235).
La 'idda aujourd'hui
Le droit français a connu lui aussi un délai de viduité : une femme ne pouvait se remarier que 300 jours après la dissolution de son mariage. Ce délai a été supprimé par la loi du 26 mai 2004 sur le divorce. La 'idda reste donc, en France, une règle religieuse, que les couples et les imams appliquent au divorce religieux qui accompagne parfois le divorce civil.
Les outils changent, pas la règle. L'application britannique de mariage religieux présentée par Oumma en 2025, MyNikahNow, affiche ainsi un compte à rebours de la 'idda après un divorce et la prolonge jusqu'à l'accouchement en cas de grossesse, comme l'explique sa fondatrice Maimouna Ahmed dans un entretien.



