Le henné en islamالحناء

Le henné est une poudre végétale qui colore la peau, les ongles et les cheveux d'un rouge orangé. Le Prophète en a recommandé l'usage pour teindre les cheveux blancs, et les femmes musulmanes l'utilisent depuis des siècles comme parure. Voici ce qu'en dit la tradition, ce qui fait débat chez les savants, et comment éviter le henné noir, dangereux pour la santé.

Qu'est-ce que le henné ?

Le henné (hinnâ' en arabe) est une poudre obtenue en séchant et en broyant les feuilles d'un arbuste, Lawsonia inermis, qui pousse dans les régions chaudes et sèches. Mélangée à un liquide, elle forme une pâte que l'on applique sur la peau ou les cheveux. Après quelques heures de pose, elle laisse une couleur qui va de l'orangé au rouge brun, et qui s'efface en une à trois semaines sur la peau.

Son usage est très ancien, bien antérieur à l'islam : on en trouve des traces dans l'Égypte antique, en Inde et dans tout le Proche-Orient. Au Maghreb, il fait partie du paysage. Dans sa série sur le Maghreb à travers ses plantes, Mehdi Bennani rappelle que le henné y occupe une place unique parmi les plantes tinctoriales, pour la peau comme pour les cheveux, et qu'il est cultivé dans les oasis du Tafilalet, du Touat, de Gabès et de Nefta, dans le Souss et autour d'Azemmour.

On distingue le henné naturel, qui ne colore qu'en rouge orangé, des produits vendus sous le nom de henné noir ou de henné de couleur, qui contiennent souvent des colorants chimiques (voir plus bas).

Que dit l'islam du henné ?

Le henné apparaît dans les hadiths à propos des cheveux blancs. Selon un hadith rapporté par Muslim, quand le père d'Abû Bakr fut amené au Prophète, les cheveux et la barbe tout blancs, celui-ci demanda de changer cette couleur en évitant le noir. Un autre hadith, rapporté par Abû Dâwûd, at-Tirmidhî et an-Nasâ'î, cite le henné et le katam (une autre plante tinctoriale) comme les meilleures teintures pour les cheveux blancs. Anas rapporte qu'Abû Bakr se teignait avec ces deux plantes (Muslim).

Les savants en tirent que teindre ses cheveux blancs est recommandé, pour l'homme comme pour la femme, et que le henné en est le moyen privilégié. La pratique s'est transmise : dans sa biographie d'Ibn Sîrîn, le célèbre interprète des rêves, Amina Belhriti relève que les sources anciennes le décrivent se teignant les cheveux au henné.

La teinture noire fait en revanche débat. Pour une grande partie des savants, elle est déconseillée ou interdite, sur la base du hadith cité plus haut ; d'autres l'autorisent, dans certains cas ou en général. Le henné naturel, qui ne donne jamais du noir, n'est pas concerné.

Enfin, le henné n'est pas un tatouage. Le tatouage permanent (wachm), qui fait pénétrer une encre sous la peau, est interdit par la majorité des savants ; le henné, qui reste en surface et disparaît, est admis par tous.

Le henné sur les mains : ce que disent les savants pour les femmes

Pour les femmes, le henné sur les mains, les ongles et les pieds est une parure (zîna), et elle est permise par l'ensemble des écoles. Une partie des savants la recommande même pour la femme mariée, qui se pare pour son époux. Un hadith rapporté par Abû Dâwûd et an-Nasâ'î, dont la chaîne est discutée, évoque d'ailleurs une main de femme qui aurait dû être reconnue à ses ongles teints.

Quelques règles reviennent chez les savants. Les motifs décoratifs, très visibles, relèvent de la parure : la majorité demande de les montrer avec mesure en dehors du cercle familial, comme les autres ornements. Pendant les règles, il n'y a aucune interdiction de mettre du henné, contrairement à une idée répandue. En revanche, la femme en deuil de son mari, pendant sa période de viduité ('idda), s'abstient de toute parure, henné compris, selon un hadith rapporté par Abû Dâwûd.

Dans de nombreux pays musulmans, le henné accompagne les grands moments : fêtes de l'Aïd, naissances et surtout mariage. La « nuit du henné », la veille des noces, réunit les femmes autour de la mariée, dont on décore les mains et les pieds. C'est une tradition culturelle, et non une obligation religieuse. Oumma a raconté la cérémonie de henné organisée au Maroc lors d'une visite officielle, signe de la place qu'elle garde dans la culture marocaine. Sur le reste des usages du mariage, voir notre page mariage et famille.

Le henné pour les hommes : cheveux, barbe et mains

Pour les hommes, les savants distinguent deux usages.

Sur les cheveux et la barbe, le henné est permis, et même recommandé pour teindre les poils blancs, d'après les hadiths cités plus haut. C'est une pratique courante, du Maghreb au sous-continent indien, où l'on voit souvent des barbes rousses chez les hommes âgés.

Sur les mains et les pieds, à titre de décoration, la majorité des savants le déconseille fortement ou l'interdit, parce qu'il s'agit d'une parure propre aux femmes et que les hadiths blâment l'homme qui imite la femme dans ce qui lui est propre. Les avis varient selon les écoles et selon les usages locaux : là où le henné sur les mains n'est pas perçu comme féminin, certains savants se montrent plus souples.

Tous admettent en revanche le henné comme soin : sur une blessure, une crevasse, des pieds fatigués ou une peau irritée, il a été employé de longue date pour ses propriétés apaisantes, et la tradition rapporte que le Prophète le conseillait pour ce type de maux. Le marié qui reçoit une petite tache de henné dans la paume lors de certaines cérémonies suit, lui, une coutume locale dont le jugement dépend de l'école suivie.

Henné et ablutions : la prière reste-t-elle valide ?

C'est l'une des questions les plus posées. La réponse des savants est simple : le henné n'empêche pas les [ablutions](/islam/lexique/woudou/). Pour que le wudû' ou le ghusl soit valide, l'eau doit atteindre la peau et les ongles. Or le henné, une fois la pâte retirée, ne laisse qu'une couleur, qui imprègne la peau sans la recouvrir. La prière faite avec du henné est donc valide.

Il en va autrement de la pâte elle-même : tant qu'elle est sur la peau, elle forme une couche, et il faut la retirer avant les ablutions. C'est aussi ce qui distingue le henné du vernis à ongles classique, qui forme un film imperméable : avec du vernis, les ablutions ne sont pas valides, sauf à l'ôter. Certains vernis vendus comme « perméables » ou « halal » font débat, et beaucoup de savants restent prudents à leur sujet.

Pratiquement, beaucoup de femmes posent le henné juste après une ablution ou entre deux prières, pour ne pas devoir interrompre la pose. Sur les étapes des ablutions, voir notre page sur la prière.

Henné noir : attention à la PPD

Le henné naturel ne colore jamais en noir. Les tatouages temporaires noirs proposés sur les plages, dans les marchés ou en salon, vendus comme « henné noir », contiennent le plus souvent de la paraphénylènediamine (PPD), un colorant chimique utilisé dans certaines teintures capillaires, mais interdit en application directe sur la peau en Europe.

La PPD peut provoquer des réactions allergiques graves : rougeurs, cloques et brûlures quelques jours après l'application, parfois des cicatrices ou des taches durables. Surtout, elle peut rendre allergique à vie : la personne réagira ensuite à de nombreuses teintures pour cheveux, à certains textiles ou produits. Les enfants y sont particulièrement exposés. Les autorités sanitaires françaises mettent régulièrement en garde contre ces tatouages.

Quelques précautions simples : préférer une poudre de henné pur, dont la seule composition est Lawsonia inermis ; se méfier de tout henné qui noircit très vite ou sent l'ammoniaque ; faire un essai sur une petite zone ; consulter un médecin en cas de démangeaison ou de brûlure. Même le henné naturel peut, rarement, provoquer une allergie, et il est déconseillé chez les personnes atteintes d'un déficit en G6PD, en particulier les nourrissons.

Questions fréquentes

Le henné est-il permis en islam ?+

Oui. Le henné est admis par tous les savants pour les cheveux et, pour les femmes, sur les mains et les pieds. Les hadiths le recommandent même pour teindre les cheveux et la barbe blancs.

Peut-on faire la prière avec du henné ?+

Oui. Une fois la pâte retirée, le henné laisse une couleur qui ne forme pas de couche : l'eau des ablutions atteint la peau, et la prière est valide. Il faut seulement retirer la pâte avant les ablutions.

Un homme peut-il mettre du henné ?+

Sur les cheveux et la barbe, oui, et c'est même recommandé pour teindre les poils blancs. Sur les mains et les pieds à titre décoratif, la majorité des savants le déconseille ou l'interdit ; l'usage comme soin est admis.

Peut-on mettre du henné pendant les règles ?+

Oui. Aucun texte n'interdit le henné pendant les règles. Seule la femme en période de viduité après le décès de son mari s'abstient de parure, henné compris.

Le henné noir est-il dangereux ?+

Le henné noir vendu pour les tatouages temporaires contient souvent de la PPD, un colorant chimique qui peut provoquer brûlures, cicatrices et allergies à vie. Le henné naturel, lui, ne colore qu'en rouge orangé.

Combien de temps dure le henné sur la main ?+

Sur la peau, la couleur dure en général d'une à trois semaines, selon la qualité de la poudre, le temps de pose et la zone. Elle tient plus longtemps sur les paumes et les ongles.

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Pour approfondir : nos articles de fond

Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de Mehdi Bennani, Amina BELHRITI.