L'Aïd el-Adhaعيد الأضحى

L'Aïd el-Adha, ou « fête du sacrifice », est la seconde grande fête de l'islam. Elle a lieu le 10 du mois de Dhou al-Hijja, au lendemain du jour d'Arafat, et commémore l'épreuve d'Abraham, prêt à sacrifier son fils avant que Dieu ne le remplace par un bélier. On l'appelle aussi Aïd el-Kébir, « la grande fête ».

Aïd el-Kébir 2027 →

Qu'est-ce que l'Aïd el-Adha ?

L'Aïd al-Adha est la fête du sacrifice. Elle tombe le dixième jour de Dhou al-Hijja, le mois du pèlerinage, au lendemain du rassemblement des pèlerins sur le mont Arafat. Dans son article, Azzedine Gaci rappelle que le calendrier musulman compte deux fêtes majeures : l'Aïd al-Fitr, « la petite fête » qui conclut le Ramadan, et l'Aïd al-Adha, « la grande fête » (Aïd el-kébir, ou Tabaski en Afrique de l'Ouest).

La fête est liée au Hajj : elle en marque la conclusion, et le sacrifice est l'un de ses rites à Mina. Les musulmans qui ne sont pas en pèlerinage la célèbrent à leur tour partout dans le monde. Sa date suit la lune : le calendrier lunaire avance de dix à onze jours chaque année dans le calendrier civil (voir notre page sur le calendrier hégirien). Elle est fixée à partir de l'annonce du premier jour de Dhou al-Hijja par l'Arabie saoudite, et confirmée environ dix jours avant la fête.

Elle dure trois jours dans la tradition, même si, en France, la grande majorité des familles la vivent surtout le premier jour. La fête est placée sous le signe de la soumission à Dieu, de la reconnaissance, du partage et de l'attention portée aux plus fragiles.

Le sacrifice d'Abraham : que raconte le Coran ?

Le Coran relate l'épisode dans la sourate 37 (versets 100 à 111). Abraham, que le Coran nomme « ami intime de Dieu » (khalîl Allâh), voit en songe qu'il immole son fils. Il lui en parle, et le fils répond : « Père, fais ce qui t'est ordonné. Tu me trouveras, si Dieu le veut, parmi ceux qui supportent [l'épreuve] » (verset 102). Au moment où tous deux se sont soumis, Dieu appelle Abraham : il a tenu la vision pour vraie, et l'enfant est racheté par un « sacrifice solennel ».

Eric Geoffroy, dans son analyse, replace ce récit dans le thème coranique de l'épreuve (balâ'), qui purifie les élus avant de les investir. Il note que le Coran ne nomme pas le fils et que les commentateurs musulmans se partagent entre Ismaël, fils d'Abraham et d'Agar, lié à La Mecque et à certains rites du Hajj, et Isaac. Ahmadou M. Kanté défend dans une étude comparée de la Bible et du Coran l'hypothèse d'Ismaël.

Pour beaucoup de maîtres spirituels, le sens du récit dépasse l'animal : Abraham doit se défaire de tout attachement, même légitime, pour se tourner vers Dieu seul. Le Coran le dit lui-même à propos des offrandes : « Ni leur chair ni leur sang n'atteindront Dieu ; mais ce qui L'atteindra de votre part, c'est la piété » (sourate 22, verset 37).

Le sacrifice est-il obligatoire ? Les règles de l'animal

Azzedine Gaci résume les positions des écoles dans son article. La majorité des savants y voit une tradition prophétique très recommandée (sunna confirmée) pour ceux qui en ont les moyens ; pour l'école hanafite, c'est une obligation. Nul n'a à s'endetter pour l'accomplir.

Le sacrifice se fait le matin de l'Aïd, après la prière de la fête : un animal tué avant ne compte pas comme sacrifice, même si sa chair reste licite. Sont admis : ovins (mouton, brebis, bélier), caprins, bovins et camélidés. L'animal doit avoir l'âge requis et être sans défaut visible : ni malade, ni très maigre, ni borgne, ni boiteux, ni vieux. Un groupe de sept familles au plus peut s'associer pour un bovin.

Le geste doit épargner à l'animal toute souffrance inutile : couteau bien aiguisé, ne pas l'exposer devant la bête, ne pas l'assommer. Il est confié au chef de famille ou à un mandataire. La viande se répartit traditionnellement en trois parts : un tiers aux pauvres, un tiers aux amis et voisins, un tiers à la famille.

Sur la substitution par un don, les avis divergent : la tradition juridique classique insiste sur l'abattage de l'animal, tandis que Gaci note que certains savants admettent d'y substituer un don, comme le proposent aujourd'hui des associations caritatives. Sami Bibi invite, dans une réflexion, à penser l'esprit de partage de la fête dans le monde actuel.

Les dix premiers jours de Dhou al-Hijja et le jour d'Arafat

La fête est précédée de dix jours que le Prophète a présentés comme les plus aimés de Dieu pour les bonnes œuvres : « Il n'y a pas de jours où les bonnes actions soient plus aimées de Dieu que ces dix jours », hadith rapporté par Boukhari. Le Dr Mohamed Chtatou détaille, dans son article sur la signification de ces jours, les actes recommandés : dhikr, istighfâr (demande de pardon), prière, lecture du Coran, aumône, bonté envers la famille et, pour ceux qui le peuvent, jeûne.

Le takbîr (« Allahou akbar, Allahou akbar, lâ ilâha illa Llâh, Allahou akbar wa li-Llâhi l-hamd ») se récite abondamment durant cette période, à voix haute pour les hommes, à voix basse pour les femmes. Beaucoup de musulmans qui ne sont pas en pèlerinage jeûnent aussi le neuvième jour, jour d'Arafat, où les pèlerins se tiennent sur la plaine d'Arafat, temps fort de l'invocation et du pardon.

Un article plus ancien, Les dix premiers jours de Dhul-Hijja, rappelle que ce mois est sacré depuis l'avant-islam : on y suspendait les guerres. Le dixième jour, on procède à la prière de l'Aïd, puis au sacrifice, avant les visites et les repas de famille.

L'Aïd el-Kébir en France : date, abattage et partage

En France, la date du premier jour de la fête est annoncée par le Conseil français du culte musulman (CFCM), qui s'est jusqu'ici aligné sur l'Arabie saoudite. Elle est donc connue une dizaine de jours à l'avance seulement. Gaci rappelle que plus de 100 000 moutons sont abattus en France à cette occasion, et que la tradition demande au chef de famille d'accomplir lui-même l'abattage si la loi du pays l'autorise, sinon de mandater quelqu'un.

Le sacrifice est encadré par la réglementation sanitaire et celle de la protection animale : il se fait dans un abattoir agréé ou un lieu d'abattage autorisé pour l'occasion, ce qui exige de se renseigner à l'avance auprès de sa mosquée, de sa mairie ou de la préfecture. Beaucoup de familles passent par un boucher, à condition de vérifier que l'animal a bien été abattu après la prière de l'Aïd, ce qui n'est pas toujours le cas dans les grandes surfaces.

Quels que soient les choix pratiques, l'esprit de la fête demeure le partage : une part pour les voisins, une part pour les nécessiteux, un repas pour la famille. Les horaires de prière permettent de connaître l'heure du lever du soleil, repère du début de la prière de l'Aïd ; Gaci précise que celle-ci commence une vingtaine de minutes environ après le lever du soleil.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l'Aïd el-Fitr et l'Aïd el-Adha ?+

L'Aïd el-Fitr, ou petite fête, clôt le Ramadan le 1er du mois de Chawwâl. L'Aïd el-Adha, ou grande fête, a lieu le 10 de Dhou al-Hijja, à la fin du pèlerinage, et commémore le sacrifice d'Abraham. Seule la seconde comporte le sacrifice d'un animal.

Pourquoi sacrifie-t-on un mouton pour l'Aïd ?+

Pour commémorer le geste d'Abraham, dont le fils a été remplacé par un bélier selon le récit coranique. Le sacrifice est avant tout un acte de reconnaissance et de partage : la viande est répartie entre les pauvres, les proches et la famille.

Le sacrifice du mouton est-il obligatoire ?+

Pour la majorité des savants, c'est une sunna confirmée, recommandée à qui en a les moyens. Pour l'école hanafite, c'est une obligation. Nul n'est tenu de s'endetter pour l'accomplir.

À quel moment faut-il faire le sacrifice ?+

Après la prière de l'Aïd, le matin du dixième jour de Dhou al-Hijja. Un animal abattu avant la prière ne compte pas comme sacrifice rituel. Selon les écoles, l'abattage peut avoir lieu le jour de l'Aïd et les jours qui suivent.

Quels animaux peut-on sacrifier ?+

Un ovin (mouton, brebis, bélier), un caprin (chèvre, bouc), un bovin (vache, taureau, veau) ou un camélidé. L'animal doit avoir l'âge requis, être en bonne santé et ne présenter aucun défaut grave. Sept personnes au plus peuvent s'associer pour un bovin.

Que fait-on de la viande ?+

La tradition la partage en trois : un tiers pour les pauvres et les nécessiteux, un tiers pour les amis et voisins (musulmans ou non), un tiers pour la famille. Ce découpage est recommandé, non obligatoire.

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